William Bourdon, avocat et président de Sherpa
Dans un précédent article, nous avions relayé la plainte que formaient ces ouvriers et ces associations
Vers le rapportVers le site de Sherpa
Vers le site de la Criirad
l'article de JDE du 05/04/07
En moins de quatre ans, Jacqueline Gaudet a perdu son mari, son père et sa mère, tous morts d'un cancer. Sa famille, expatriée en Afrique, a vécu et travaillé pendant des années sur le site de la mine d'uranium de Mounana au Gabon exploitée jusqu'en 1999 par la Comuf, une filiale du groupe nucléaire français Areva. En 2000, après le décès de son père d'un cancer dû au radon, elle avertit la Comuf qui refuse toute prise en charge. Par la suite, on lui fait savoir qu'elle n'est pas assurée pour les maladies professionnelles par la Caisse des Français de l'étranger mais par la Caisse gabonaise, dont elle n'a toujours pas de nouvelles.
L'histoire de Jacqueline Gaudet fait parti d'une dizaine de témoignages recueillis dans le cadre d'un rapport d'enquête rendu public mercredi 4 avril par l'association de juristes Sherpa, en coopération avec la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad), Médecins du Monde et plusieurs associations. Selon l'enquête, 283 travailleurs du site de Mounana font actuellement état de problèmes pulmonaires, soit plus de 50% des salariés. Ce rapport qui fait suite à une enquête similaire menée en 2005 à Arlit, au Niger, dénonce «de graves manquements aux obligations élémentaires de l'entreprise en matière de formation et de prévention des risques propres à l'exploitation de l'uranium». Sont également pointés du doigt «l'existence d'un risque connu» et «le maintien volontaire dans l'ignorance des salariés».
Autre sujet d'inquiétude: la pollution de l'air, de l'eau et l'impact sur l'environnement de l'activité de ces mines. «Au Niger, soit Areva laissait sur place les résidus radioactifs, soit elle les entreposait à l'air libre dans le désert, à quelques kilomètres des villes et des nomades», a dénoncé Bruno Chareyron, responsable de laboratoire à la Criirad.
L'association Sherpa dit à présent disposer de tous les éléments nécessaires pour engager une action en justice contre Areva. «Areva enregistre les inquiétudes de la population et a toujours fait le nécessaire en terme de veille environnementale et sanitaire», répond pour l'instant l'intéressé. «Nous sommes en phase de démarrage des choses concrètes, explique Yves Dufour, directeur «action solidarité» chez Areva. Il convient de prouver scientifiquement si ces maladies sont dues à l'activité professionnelle, ce dont nous doutons». D'où cette proposition du groupe nucléaire, en date du 16 mars dernier, de créer un «observatoire de la santé» près des sites miniers. «Il faut à présent créer un fonds d'indemnisation qui prenne en charge les victimes», commente Michel Brugière, directeur général de Médecins du Monde. Une idée «prématurée», juge Areva.
«Nous étions tellement inconscients des risques que nous fumions et mangions sur le lieu de travail. Comme nous ne portions jamais de gants de protection, on ingérait et on inhalait ce qui se trouvait sur nos mains et dans l’air ambiant», rapporte un ancien salarié du site, cité dans le rapport. «Vu le niveau de scolarisation des salariés, il était impossible d'appliquer le même mécanisme de formation aux salariés au Niger et au Gabon qu'au Canada ou en Europe, commente Yves Dufour. C'était aux médecins du travail de prévenir les salariés du risque et non à Areva. Malheureusement, la formation du personnel a débuté juste avant que la mine de Mounana ferme ses portes dans les années 1990. Nous ignorions nous même auparavant, vu l'état des recherches, le risque lié à cette activité.»
Le rapport ne fait pas état d'un nombre exact de décès pendant et après l’activité professionnelle. Il précise néanmoins: «Le travail au contact de ces matières radioactives sans masque, sans gants, sans information sur les risques et sans précautions élémentaires conduit à des risques de contamination très élevés». Réponse d'Areva: «les mesures techniques innovantes permettait de faire baisser les taux de radon dans les mines, rendant non nécessaire le port d'habits de protection».
Sceptique, l'avocat et président de Sherpa, William Bourdon prévient: «Il ne serait pas digne pour Areva d'avancer les mêmes arguments que les industriels lors du scandale de l'amiante il y a 30 ans».
Vers le rapportVers le site de Sherpa
Vers le site de la Criirad
l'article de JDE du 05/04/07
En moins de quatre ans, Jacqueline Gaudet a perdu son mari, son père et sa mère, tous morts d'un cancer. Sa famille, expatriée en Afrique, a vécu et travaillé pendant des années sur le site de la mine d'uranium de Mounana au Gabon exploitée jusqu'en 1999 par la Comuf, une filiale du groupe nucléaire français Areva. En 2000, après le décès de son père d'un cancer dû au radon, elle avertit la Comuf qui refuse toute prise en charge. Par la suite, on lui fait savoir qu'elle n'est pas assurée pour les maladies professionnelles par la Caisse des Français de l'étranger mais par la Caisse gabonaise, dont elle n'a toujours pas de nouvelles.
L'histoire de Jacqueline Gaudet fait parti d'une dizaine de témoignages recueillis dans le cadre d'un rapport d'enquête rendu public mercredi 4 avril par l'association de juristes Sherpa, en coopération avec la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad), Médecins du Monde et plusieurs associations. Selon l'enquête, 283 travailleurs du site de Mounana font actuellement état de problèmes pulmonaires, soit plus de 50% des salariés. Ce rapport qui fait suite à une enquête similaire menée en 2005 à Arlit, au Niger, dénonce «de graves manquements aux obligations élémentaires de l'entreprise en matière de formation et de prévention des risques propres à l'exploitation de l'uranium». Sont également pointés du doigt «l'existence d'un risque connu» et «le maintien volontaire dans l'ignorance des salariés».
Autre sujet d'inquiétude: la pollution de l'air, de l'eau et l'impact sur l'environnement de l'activité de ces mines. «Au Niger, soit Areva laissait sur place les résidus radioactifs, soit elle les entreposait à l'air libre dans le désert, à quelques kilomètres des villes et des nomades», a dénoncé Bruno Chareyron, responsable de laboratoire à la Criirad.
L'association Sherpa dit à présent disposer de tous les éléments nécessaires pour engager une action en justice contre Areva. «Areva enregistre les inquiétudes de la population et a toujours fait le nécessaire en terme de veille environnementale et sanitaire», répond pour l'instant l'intéressé. «Nous sommes en phase de démarrage des choses concrètes, explique Yves Dufour, directeur «action solidarité» chez Areva. Il convient de prouver scientifiquement si ces maladies sont dues à l'activité professionnelle, ce dont nous doutons». D'où cette proposition du groupe nucléaire, en date du 16 mars dernier, de créer un «observatoire de la santé» près des sites miniers. «Il faut à présent créer un fonds d'indemnisation qui prenne en charge les victimes», commente Michel Brugière, directeur général de Médecins du Monde. Une idée «prématurée», juge Areva.
«Nous étions tellement inconscients des risques que nous fumions et mangions sur le lieu de travail. Comme nous ne portions jamais de gants de protection, on ingérait et on inhalait ce qui se trouvait sur nos mains et dans l’air ambiant», rapporte un ancien salarié du site, cité dans le rapport. «Vu le niveau de scolarisation des salariés, il était impossible d'appliquer le même mécanisme de formation aux salariés au Niger et au Gabon qu'au Canada ou en Europe, commente Yves Dufour. C'était aux médecins du travail de prévenir les salariés du risque et non à Areva. Malheureusement, la formation du personnel a débuté juste avant que la mine de Mounana ferme ses portes dans les années 1990. Nous ignorions nous même auparavant, vu l'état des recherches, le risque lié à cette activité.»
Le rapport ne fait pas état d'un nombre exact de décès pendant et après l’activité professionnelle. Il précise néanmoins: «Le travail au contact de ces matières radioactives sans masque, sans gants, sans information sur les risques et sans précautions élémentaires conduit à des risques de contamination très élevés». Réponse d'Areva: «les mesures techniques innovantes permettait de faire baisser les taux de radon dans les mines, rendant non nécessaire le port d'habits de protection».
Sceptique, l'avocat et président de Sherpa, William Bourdon prévient: «Il ne serait pas digne pour Areva d'avancer les mêmes arguments que les industriels lors du scandale de l'amiante il y a 30 ans».

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