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Rapport intérimaire sur la protection des Grands Lacs
Présenté aux gouvernements du Canada et des États-Unis
I Introduction
Dans toute l'Amérique du Nord, l'eau est une question importante qui provoque souvent
des réactions émotives. La frontière entre le Canada et les États-Unis a été le site
de nombreuses controverses sur les ressources en eau limitrophes et transfrontalières et
a vu naître de nombreuses possibilités d'entreprises, de projets et d'autres efforts
coopératifs pour améliorer considérablement la vie des citoyens des deux pays.
L'histoire des relations canado-américaines est remplie d'exemples de coopérations en
matière de navigation, d'hydroélectricité, d'agriculture, de pêches et
d'améliorations majeures de la qualité de l'eau.
La dérivation de l'eau des Grands Lacs a suscité l'intérêt et parfois des
controverses entre les États-Unis et le Canada. Cette question, qui remonte au siècle
dernier, a été examinée pour la dernière fois par la Commission mixte internationale
au milieu des années 80. En 1996, la Commission a avisé les deux gouvernements
nationaux que les questions de dérivation et de consommation des ressources en eau dans
les Grands Lacs devaient être abordées de façon plus globale que jusqu'à présent.
Étant donné les récentes propositions qui visent à exporter de l'eau provenant des
Grands Lacs et d'autres régions des États-Unis et du Canada, les gouvernements ont
décidé de renvoyer à la Commission mixte internationale la question de l'utilisation de
l'eau le long de la frontière. Dans une lettre datée du 10 février 1999 (le
"Renvoi"; voir annexe 1), les représentants des gouvernements –après
avoir noté le nombre croissant de propositions visant à utiliser, à dériver et à
extraire des quantités accrues de ressources en eau limitrophes ou
transfrontalières– ont déclaré craindre que les mesures de conservation et les
principes de gestion actuels ne soient insuffisants pour garantir l'utilisation durable
des ressources en eau communes dans l'avenir. Dans ce contexte, ils ont demandé à la
Commission d'examiner, pour en faire rapport et formuler des recommandations, les
questions suivantes, qui peuvent influer sur les niveaux et les débits de l'eau dans les
bassins limitrophes et tranfrontaliers ainsi que sur les aquifères communs:
- les consommations actuelles et potentielles de l'eau,
- les dérivations actuelles et potentielles de l'eau vers l'intérieur et vers
l'extérieur des bassins transfrontaliers, y compris le prélèvement d'eau pour
l'exportation,
- les effets cumulatifs des dérivations et des extractions actuelles et potentielles de
l'eau, y compris son extraction en vrac pour l'exportation,
- les lois et politiques actuelles qui peuvent influer sur la durabilité des ressources
en eau dans les bassins limitrophes et transfrontaliers.
Les recommandations formulées dans le Renvoi demandaient à la Commission de
considérer en termes généraux des sujets comme les effets potentiels sur
l'environnement et d'autres éléments des dérivations et consommations de l'eau et, au
besoin, les conséquences des tendances et des conditions climatologiques. Le texte
complet du Renvoi se trouve à l'annexe 1.
Les gouvernements ont demandé à la Commission d'accorder la priorité à un examen du
bassin des Grands Lacs, mettant l'accent sur les effets potentiels de l'extraction en vrac
de l'eau, notamment les extractions destinées à l'exportation, et de formuler des
recommandations provisoires pour la protection des eaux des Grands Lacs. Ils ont demandé
que ces recommandations soient présentées dans les six mois suivants la demande et qu'un
rapport final soit déposé six mois plus tard. Ils ont en outre demandé à la Commission
d'inclure dans son rapport final des conseils sur les travaux supplémentaires qui
pourraient être requis pour mieux comprendre les conséquences de la consommation, de la
dérivation et de l'extraction de l'eau provenant des bassins limitrophes et
transfrontaliers et des aquifères communs situés ailleurs le long de la frontière.
Dans le présent rapport provisoire, on entend par "bassin des Grands Lacs"
les Grands Lacs, les voies interlacustres et la partie internationale du Saint-Laurent, de
même que leurs tributaires; on y inclut également le tronçon du Saint-Laurent situé
immédiatement en aval de la partie internationale du fleuve jusqu'à l'extrémité du lac
Saint-Pierre, sauf les tributaires de ce dernier tronçon (figure 1). Il s'agit de la
zone déjà étudiée par la Commission dans son rapport de 1985, Dérivation et
consommation des eaux des Grands Lacs.
Figure 1: Le bassin des Grands Lacs

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Immédiatement après avoir reçu le Renvoi, la Commission a formé une équipe
d'étude multidisciplinaire et binationale afin qu'elle procède aux études requises.
L'équipe se composait d'un nombre égal de membres de chaque pays. On leur a demandé de
travailler dans un esprit d'entente, en leurs capacités personnelles et professionnelles
et non comme des représentants de leurs pays ou organismes. La liste des membres de
l'équipe d'étude et des conseillers figure à l'annexe 2.
La Commission a procédé à un exercice de consultation publique à grande échelle et
a mis à la disposition du plus grand nombre possible l'information sur les travaux
effectués relativement à ce Renvoi. Une page a été créée sur le site Web de la
Commission mixte internationale (www.ijc.org) pour diffuser cette information et
encourager les discussions publiques durant la période d'étude. Au cours de la deuxième
moitié de mars 1999, huit audiences publiques ont été tenues dans l'ensemble du
bassin des Grands Lacs (annexe 3). En plus des 160 présentations données à
ces audiences, la Commission a reçu des centaines d'autres communications par écrit et
par courriel, principalement de gouvernements, de groupes d'intérêt et de riverains
préoccupés. La Commission a aussi mis en oeuvre des consultations avec les gouvernements
fédéraux, provinciaux et des États ainsi qu'avec des sources régionales et d'autres
sources pertinentes, entre autres une gamme d'experts réunis dans un atelier spécial
tenu à la fin de mars. D'autres importants projets de consultation publique sont prévus
pour le prochain volet des travaux du Renvoi.
Le présent rapport d'étape porte sur les questions soulevées dans le Renvoi. Il
débute par une description du réseau des Grands Lacs, des utilisations passées et
présentes de l'eau et des utilisations auxquelles on peut s'attendre dans l'avenir. Il
traite ensuite des effets cumulatifs de ces utilisations et des questions du changement
climatique, de l'eau souterraine et de la conservation. Il se poursuit par des
considérations liées aux instruments juridiques et de politiques, suivies de conclusions
et de recommandations provisoires. Il se termine par une brève description de la façon
dont la Commission procédera pour tenir compte du reste du contenu du Renvoi et pour
formuler ses recommandations finales.
L'annexe 4 présente un glossaire des termes utilisés dans le présent rapport.
II Le réseau des Grands Lacs
Le bassin des Grands Lacs est situé sur huit États et deux provinces et comprend
les lacs, les voies interlacustres, les tributaires et les nappes phréatiques qui
drainent la partie internationale du Saint-Laurent. Les eaux du bassin constituent un
élément essentiel du patrimoine naturel et culturel de la région, du Canada et des
États-Unis, ainsi que de la collectivité mondiale. Plus de 33 millions de personnes
vivent dans cette région. Couvrant 1 200 km (750 mi.) d'est en ouest, ces
mers d'eau douce ont contribué de façon cruciale au peuplement historique du bassin et
de la région avoisinante, à leur prospérité économique, à la culture et à la
qualité de vie qu'on y trouve ainsi qu'à leurs divers écosystèmes.
Les eaux des Grands Lacs ont beaucoup contribué à faire de la région l'un des
meilleurs endroits du monde où vivre et faire des affaires. L'eau contribue à la santé
et au bien-être de tous les résidents du bassin, pour son utilisation tant dans les
foyers que dans les secteurs manufacturiers et industriels, et ceux de la navigation, du
tourisme et du loisir, de la production d'énergie et de l'agriculture. Les Grands Lacs
représentent cependant plus qu'une ressource à consommer; ils abritent aussi une grande
variété de plantes et d'animaux et d'autres éléments du biote.
Les eaux des Grands Lacs sont en majeure partie une ressource non renouvelable. Elles
sont formées de nombreux aquifères (eau souterraine) qui se sont remplis au cours des
siècles, de l'eau qui s'écoule dans les tributaires des Grands Lacs et de l'eau qui
remplit les lacs eux-mêmes. Bien que le volume d'eau total des lacs soit énorme, en
moyenne, moins de 1 pour 100 de l'eau des Grands Lacs est renouvelée chaque
année par les précipitations, par l'eau de ruissellement et par l'apport des nappes
phréatiques.
Les niveaux des lacs sont déterminés par l'effet combiné des précipitations (la
principale source naturelle d'approvisionnement en eau des Grands Lacs), des apports
provenant de l'amont, des nappes phréatiques, de l'eau de ruissellement, de
l'évaporation, des dérivations vers l'intérieur et vers l'extérieur du réseau et de
la régulation des niveaux d'eau. En raison de la vaste superficie couverte par ces eaux,
les niveaux des Grands Lacs, même lorsque les variations des précipitations et du
ruissellement sont prononcées, demeurent remarquablement stables, la fluctuation normale
variant entre 0,3 m et 0,6 m (1 pi à 2 pi) au cours d'une année.
Les conditions climatiques régissent les précipitations (et donc l'alimentation des
nappes phréatiques), le ruissellement et l'approvisionnement direct des lacs de même que
le taux d'évaporation. Ces éléments sont les principaux facteurs déterminants des
niveaux d'eau. Lorsque les extractions et la consommation à l'intérieur du bassin
demeurent relativement constantes, au cours des périodes chaudes et sèches, il y a
réduction des apports et augmentation de l'évaporation, ce qui se traduit par une baisse
des niveaux dans les lacs et des débits. Au cours des périodes pluvieuses et plus
froides, la situation inverse se produit : les niveaux sont plus élevés, et les
débits accrus. Entre 1918 et 1998, il y a eu plusieurs périodes au cours desquelles les
niveaux d'eau et les débits ont été extrêmement élevés ou extrêmement faibles. On a
connu des niveaux exceptionnellement bas au milieu des années 20 et 30 et au début
des années 60. Des niveaux élevés ont été enregistrés en 1929-1930, en 1952, en
1973-1974, en 1985-1986 et en 1997-1998. Selon des études sur les fluctuations des
niveaux d'eau, les Grands Lacs peuvent réagir relativement rapidement aux périodes de
précipitations, d'apport en eau et de températures au-dessus de la moyenne, au-dessous
de la moyenne ou extrêmes. En comparaison, les effets des mécanismes de régulation, des
dérivations et du dragage actuels sur les niveaux sont mineurs.
Les niveaux des Grands Lacs et les secteurs d'activité qui y sont liés sont
extrêmement sensibles à la variabilité climatique, comme l'illustre l'impact des
niveaux élevés enregistrés au début des années 50 et au milieu des
années 80 et celui des faibles niveaux connus dans les années 30 et au milieu
des années 60. La variabilité restera significative, que le changement climatique
causé par l'homme se superpose ou non aux fluctuations naturelles. L'année 1998-1999 a
fourni un exemple de la rapidité avec laquelle les niveaux d'eau peuvent changer en
réaction aux conditions climatiques; en effet, les niveaux des lacs Michigan et Huron ont
chuté de 57 cm (22 po) en 12 mois.
Des études ont conclu que les caractéristiques hydrologiques du réseau des Grands
Lacs sont le fruit à la fois des fluctuations naturelles et, dans une moindre mesure, de
l'intervention humaine. Des ouvrages de régulation exploités sous l'autorité de la
Commission mixte internationale ont été construits dans la rivière St. Mary au
point de décharge du lac Supérieur ainsi que dans le Saint-Laurent, en aval de
l'exutoire du lac Ontario. Les voies et canaux interlacustres ont été dragués afin de
faciliter le passage de navires à grand tirant d'eau; notamment, un projet de dragage a
abaissé le fond des lacs Michigan et Huron d'environ 40 cm (15,8 po). De plus,
des obstructions dans la rivière Niagara, y compris des remblais sur les deux côtés de
la rivière, ont élevé le niveau du lac Érié d'une hauteur cumulative d'environ
12 cm (4,8 po).
Des ouvrages de dérivation ont été construits afin d'amener de l'eau dans le réseau
des Grands Lacs à partir du réseau de la rivière Albany, dans le nord de l'Ontario, à
Longlac et Ogoki. Pour extraire de l'eau du réseau, on a également construit des
ouvrages à Chicago, et on utilise dans une moindre mesure le canal Érié. À l'heure
actuelle, une plus grande quantité d'eau est dérivée vers l'intérieur que vers
l'extérieur du réseau. On dérive également de l'eau autour des chutes
Niagara pour la production d'hydroélectricité. En outre, le canal Welland
dérive de l'eau du lac Érié vers le lac Ontario.
Les nappes phréatiques sont importantes pour l'écosystème des Grands Lacs parce
qu'elles constituent un réservoir qui réapprovisionne lentement les Grands Lacs par
écoulement de base dans les tributaires et par apport direct dans les lacs. Elles sont
également la source d'eau pour de nombreuses communautés humaines et fournit humidité
et nourriture aux plantes et autres éléments du biote.
De récentes études américaines ont estimé que les nappes phréatiques contribuent
de façon importante à l'approvisionnement global en eau du bassin des Grands Lacs et
qu'on leur doit environ 22 pour 100 de l'approvisionnement américain du lac
Érié, 33 pour 100 de l'approvisionnement du lac Supérieur,
35 pour 100 de l'approvisionnement du lac Michigan et 42 pour 100 de
l'approvisionnement des lacs Huron et Ontario. Dans la majeure partie de l'Ontario, la
contribution des nappes phréatiques au débit des cours d'eau est inférieure à
20 pour 100. Cette situation est due à la prédominance du limon et de l'argile
ou à une roche en place peu fracturée à la surface. Cependant, dans certaines parties
des bassins des lacs Érié et Ontario, où il y a du sable et du gravier à la surface,
la contribution des nappes phréatiques aux cours d'eau locaux peut atteindre
60 pour 100 ou plus.
Le bassin des Grands Lacs abrite une diversité de poissons, de mammifères, d'oiseaux
et d'autres éléments du biote. En raison de facteurs comme la pollution, l'agriculture,
la croissance urbaine, le déboisement, la surpêche, l'introduction d'espèces
envahissantes et d'autres problèmes liés à l'homme, l'écosystème du bassin a perdu un
certain nombre d'espèces et beaucoup d'habitat. L'impact global de ces changements n'est
pas encore clairement compris.
III Utilisations de l'eau dans le bassin des grands lacs
La Commission a effectué un examen préliminaire des données sur l'utilisation des
ressources en eau dans le bassin des Grands Lacs. Les données disponibles actuellement
datent de 1987 à 1993, mais la Commission s'attend à ce que celles de 1997 soient
disponibles pour son rapport final et rappelle que l'information sur l'utilisation de
l'eau contenue dans le présent rapport d'étape doit être considérée à la lumière de
ce facteur. Les utilisations de l'eau sont présentées selon deux catégories : la
consommation et l'extraction. Près de 90 pour 100 des prélèvements sont
effectués dans les lacs eux-mêmes, et les 10 pour 100 restants dans les
tributaires et nappes phréatiques (figure 2-A).
Consommation
Environ 5 pour 100 de l'eau prélevée dans les Grands Lacs est consommée et
donc perdue pour le bassin. Ce chiffre provient de la Regional Water Use Data Base - base
de données tenue par la Great Lakes Commission depuis 1988 pour le compte des États et
des provinces, dont la dernière mise à jour remonte à 1993. En 1993, la consommation
dans le bassin des Grands Lacs était estimée à 116 m3/s (4 096 pi3/s
), et les prélèvements à environ 2 493 m3/s (88 000 pi3/s
) (figure 2-B). La consommation faite en 1993 dans le bassin des Grands Lacs peut
être résumée de la façon suivante :
- Par pays : Au total, la consommation est de 36 pour 100 pour le Canada et
64 pour 100 pour les États-Unis, le chiffre par personne étant
approximativement le même dans les deux pays.
- Par administration : Le plus grand utilisateur est l'Ontario, avec
29 pour 100, suivi du Michigan, avec 22 pour 100; du Wisconsin, avec
21 pour 100; de l'Indiana, avec 7 pour 100; de l'État de
New York, du Québec et de l'Ohio, avec 6 pour 100 chacun; du Minnesota,
avec 2 pour 100; et de la Pennsylvanie et de l'Illinois, avec moins de
1 pour 100 chacun (figure 2-C).
- Par type d'utilisation de l'eau : L'utilisation la plus importante est
l'irrigation, avec 30 pour 100; ensuite viennent l'alimentation publique en eau
(26 pour 100), l'utilisation industrielle (25 pour 100), les centrales
thermoélectriques alimentées aux combustibles fossiles et les centrales nucléaires
(6 pour 100 chacune), l'auto-approvisionnement domestique
(4 pour 100), et l'abreuvement des bestiaux (3 pour 100) (Figure 2-D).
Figure 2: Utilisations de l'eau dans le bassin des Grands Lacs.

Le pourcentage des ressources en eau prélevées qui est consommé à l'intérieur du
réseau des Grands Lacs varie selon le type d'utilisation. Lorsque l'eau est utilisée
pour l'irrigation, environ 80 pour 100 de celle-ci est consommée. À
l'extrémité opposée de l'échelle, lorsque l'eau est utilisée pour la production
thermoélectrique, elle est consommée à moins de 1 pour 100. Le pourcentage de
l'eau qui retourne au bassin lorsqu'elle sert à l'alimentation publique et à des fins
industrielles - les autres catégories d'utilisation importante de l'eau - est de l'ordre
de 10 pour 100 pour chacune de ces catégories.
On ne dispose pas de données sur la consommation de l'eau souterraine. Cependant, les
prélèvements des nappes phréatiques sont d'environ 5 pour 100 de tous les
prélèvements effectués dans le bassin. Toutefois, ce chiffre ne réflète pas du tout
l'importance de l'eau souterraine pour la population du bassin. Par exemple, dans la
partie américaine du bassin, les nappes phréatiques sont la principale source d'eau pour
environ 3,3 millions des 17 millions de personnes qui sont desservies par les
services publics d'alimentation en eau de la région. C'est également la source
qu'utilise un grand nombre des 4,9 millions de personnes qui s'alimentent
elles-mêmes en eau. Les effets des prélèvements d'eau souterraine peuvent donc susciter
des préoccupations à l'échelle locale ou subrégionale, particulièrement en ce qui
concerne l'expansion urbaine, même si ces prélèvements n'ont pas d'effet majeur sur le
bilan hydrologique global du bassin.
D'après une analyse très préliminaire, la croissance des prélèvements et de la
consommation de l'eau dans le bassin semble avoir ralenti. Dans le rapport de 1985 de la
Commission mixte internationale intitulé Dérivation et consommation des eaux des
Grands Lacs, on a estimé que la consommation dans le bassin était de l'ordre de
82 m3/s (2 900 pi3/s ) à 159 m3/s
(5 600 pi3/s ) en 1980. Selon l'information provenant de la Regional
Water Use Data Base, en 1993, la consommation se situait encore près du milieu de cette
échelle, ce qui correspondrait à un ralentissement plus général de l'utilisation de
l'eau en Amérique du Nord. Le rapport final traitera davantage de ce sujet.
L'équipe d'étude de la Commission a élaboré des perspectives préliminaires quant
aux tendances de l'utilisation de l'eau et à leurs répercussions sur la demande
potentielle à venir. Ces perspectives sont tirées d'une simple extrapolation des
tendances établies au cours des décennies antérieures. Ce genre d'analyse comporte
beaucoup d'incertitude. Des facteurs comme les changements climatiques pourraient
favoriser une utilisation accrue de l'eau pour l'irrigation et à d'autres fins. Par
contre, les changements liés à la gestion de la demande en eau et à la conservation de
cette ressource pourraient aider à ralentir tout accroissement de la consommation à
l'intérieur du bassin. On poursuit les travaux pour définir l'ordre de grandeur et la
tendance de cette incertitude. Selon les résultats préliminaires, l'analyse des
tendances représente probablement le scénario du meilleur cas, et une augmentation de
l'utilisation de l'eau serait plus probable dans l'avenir qu'une diminution. Les
résultats de l'éÉquipe d'étude présentés ci-après s'étendent jusqu'à 2020-2021.
La Commission est d'avis que des projections qui iraient au-delà de deux décennies
doivent être considérées comme très hypothétiques.
- Utilisation pour l'énergie thermoélectrique
. Dans les centrales
thermoélectriques, l'eau est utilisée principalement pour refroidir les condenseurs et
les réacteurs. Aux États-Unis, les prélèvements d'eau à des fins de production
thermoélectrique sont restés relativement constants depuis 1985, et l'on prévoit qu'ils
demeureront proches de leurs niveaux actuels au cours des prochaines décennies. Au
Canada, les augmentations modestes devraient se poursuivre en raison de la croissance de
la population et de l'économie.
- Utilisation industrielle et commerciale
. Aux États-Unis, l'utilisation industrielle
et commerciale de l'eau a chuté en réaction aux lois sur la pollution de
l'environnement, aux progrès technologiques et au changement survenu dans la composition
industrielle, qui est passée de la production des métaux lourds vers des secteurs plus
axés sur les services. On constate une tendance similaire en Ontario; il est donc prévu
que l'utilisation combinée diminuera graduellement jusqu'en 2020.
- Utilisation domestique et publique
. Aux États-Unis, l'utilisation de l'eau à des
fins domestiques et publiques dans le bassin des Grands Lacs s'est généralement accrue
entre 1960 et 1995, et l'on s'attend à ce qu'elle augmente graduellement jusqu'en 2020.
Par contre, en raison des efforts énergiques de conservation de l'eau déployés en
Ontario, il est prévu que la légère tendance à la baisse observée ces dernières
années se poursuivra.
- Agriculture
. Aux États-Unis, l'utilisation de l'eau pour l'agriculture dans la
région des Grands Lacs a subi une hausse relativement constante entre 1960 et 1995. Au
Canada, le taux d'accroissement a été relativement plus élevé; les prévisions
combinées indiquent donc une augmentation substantielle d'ici l'an 2020.
- Utilisation totale de l'eau.
Si les tendances actuelles se poursuivent,
l'utilisation totale de l'eau dans la partie canadienne du bassin devrait s'accroître de
près de 20 pour 100 entre 1996 et 2021. Par contre, une petite diminution
d'environ 2 pour 100 est prévue dans la partie américaine du bassin entre 1995
et 2020, mais l'utilisation devrait recommencer à augmenter aux États-Unis après cette
période. Les prévisions combinées indiquent une légère augmentation d'environ
5 pour 100 pour l'ensemble du bassin entre 1995 et 2021. Il est bon de souligner
que ces résultats devraient être considérés uniquement comme une indication.
Figure 3: Prélèvement et consommation d'eau par secteur d'activité.
Extractions
Les extractions sont des quantités d'eau transportées à l'extérieur de leur bassin
d'origine par un moyen quelconque. Dans la présente partie, on discute des extractions
actuelles effectuées au moyen de dérivations, d'autres types d'extraction, notamment au
moyen de navires-citernes, de l'eau embouteillée et de l'eau des ballasts, ainsi que des
dérivations et autres extractions potentielles.
Dévivations actuelles. La figure 4, ainsi que les données du tableau 1,
présentent un résumé sur les ouvrages de dérivation d'eau vers l'extérieur du bassin
des Grands Lacs et vers le bassin même.
La dérivation de Chicago, qui part du lac Michigan vers le réseau hydrographique du
Mississippi, est la seule grande dérivation vers l'extérieur du bassin des Grands Lacs.
Les dérivations de Longlac et d'Ogoki, qui amènent de l'eau dans le lac Supérieur à
partir du réseau de la rivière Albany, située dans le nord de l'Ontario, sont les
seules grandes dérivations en direction du bassin. Ces deux dernières représentent
6 pour 100 de l'approvisionnement du lac Supérieur. À l'heure actuelle, on
dérive plus d'eau vers le bassin des Grands Lacs au moyen des dérivations de Longlac et
d'Ogoki qu'on en dérive hors du bassin à Chicago et au moyen de plusieurs petits
ouvrages situés aux États-Unis. Si les dérivations de Longlac et d'Ogoki n'étaient pas
en place, les niveaux d'eau seraient inférieurs de 6,0 cm (2,4 po) dans le lac
Supérieur, de 11 cm (4,3 po) dans les lacs Michigan et Huron, de 6,0 cm
(2,4 po) dans le lac Érié, et de 7,0 cm (2,8 po) dans le lac Ontario. En
plus de ces dérivations vers l'extérieur du bassin des Grands Lacs et vers le bassin
même, les canaux Welland et Érie dérivent de l'eau entre des sous-bassins des Grands
Lacs et sont considérés comme des dérivations intérieures au bassin.
Outre ces grands ouvrages de dérivation, il en existe aussi quelques petits. Au XIXe siècle,
un ouvrage de dérivation a été construit à Forresport, New York, pour dériver de
l'eau de la rivière Black, située dans le bassin des Grands Lacs, vers le canal Érié
et le réseau hydrographique de la rivière Hudson. Au cours de ce même siècle, on a
construit au Wisconsin le canal Portage, qui dérive les eaux de la rivière Wisconsin
(bassin du Mississippi) vers le bassin des Grands Lacs et crée une voie de transport
entre les deux bassins. Les canaux Érié et Portage sont utilisés de nos jours pour les
loisirs. Ces dernières années, les villes de London (Ontario) et de Détroit ont
prélevé de l'eau du lac Huron pour leurs services municipaux. London et Détroit
déchargent respectivement leurs effluents dans le lac Sainte-Claire et la rivière
Detroit. La Raisin River Conservation Authority, avec l'approbation de la Commission mixte
internationale, prélève de l'eau de la partie internationale du Saint-Laurent pour
maintenir les débits estivaux de la rivière Raisin. Les communautés de Pleasant
Prairie, au Wisconsin, et d'Akron, en Ohio, qui se trouvent à l'extérieur du bassin des
Grands Lacs, ont obtenu la permission, en vertu d'une loi américaine (la Water Resources
Development Act of 1986), de prélever de l'eau des Grands Lacs à condition d'en
retourner à terme un volume équivalent dans le bassin.
Figure 4: Dérivations actuelles dans le bassin des Grands Lacs

Tableau 1: Dérivations actuelles dans le bassin des Grands Lacs - Données

Autres extractions. Jusqu'à présent, le public s'est préoccupé principalement du
transport possible d'eau douce en vrac vers l'extérieur du bassin des Grands Lacs au
moyen de navires-citernes océaniques. Jusqu'à maintenant, aucun contrat n'a été
signé, et aucun commerce régulier n'a commencé à expédier de l'eau en vrac provenant
du bassin ou de l'ensemble de l'Amérique du Nord. Toutefois, depuis plus de deux
décennies, des entrepreneurs recherchent activement des marchés étrangers et tentent
d'obtenir des autorisations d'exportation auprès des administrations des côtes ouest et
est. L'Alaska, Terre-Neuve et le Québec examinent actuellement des propositions visant à
exporter de l'eau douce en vrac par navires-citernes océaniques. Jusqu'à ce jour, des
entreprises situées dans ces juridictions n'ont obtenu que de petits marchés d'eau
embouteillée.
La Commission a effectué une analyse préliminaire des statistiques sur l'eau
embouteillée. Les résultats montrent que le Canada est un exportateur net d'eau
embouteillée et que les États-Unis sont un importateur net de ce produit. Les données
disponibles suggèrent fortement que le secteur de l'eau embouteillée représente un
apport net d'eau vers le bassin de Grands Lacs. En 1998, 656 millions de litres
(173 millions de gallons) d'eau ont été importés par les deux pays combinés, et
301 millions de litres (79 millions de gallons) exportés.
On croit que l'importance du commerce d'autres types de boissons est semblable. Par
exemple, en 1998, 272 millions de litres (72 millions de gallons) d'eau
embouteillée ont été exportés aux États-Unis en provenance de l'ensemble du Canada.
Ce volume représente 33 pour 100 de toutes les exportations de boissons
provenant du Canada vers les États-Unis, comparativement à 44 pour 100 pour la
bière et à 19 pour 100 pour les boissons gazeuses. Étant donné l'importance
extrêmement réduite du commerce de l'eau embouteillée et d'autres boissons, il
semblerait à la fois peu commode et inutile de les traiter différemment de tout autre
produit qui comprend de l'eau ou dont le procédé de production utilise de l'eau.
En juillet 1999, la situation de l'eau embouteillée en Ontario a suscité l'intérêt
soudain des médias. Selon les rapports de ces derniers, le gouvernement de l'Ontario
avait délivré des permis autorisant le prélèvement à des fins d'embouteillage de
18 milliards de litres (4,8 milliards de gallons) d'eau par année provenant
presque entièrement de nappes phréatiques. Seulement 4 pour 100 environ de ce
volume est actuellement prélevé, ce qui représente un débit de 0,02 m3/s
(0,7 pi3/s ). Il semble que la majeure partie de cette eau demeure dans le
bassin des Grands Lacs. Bien que la Commission soit sensible à l'importance potentielle
de cette question pour les régimes locaux des nappes phréatiques, on ne croit pas pour
le moment qu'elle constitue un problème important pour les eaux des Grands Lacs.
L'eau de ballast, qui sert à stabiliser les vaisseaux lorsqu'ils ne transportent pas
de cargaison commerciale, a toujours été considérée comme un article non commercial.
Jusqu'à présent, il n'existe aucune preuve que l'on ait vendu à l'étranger de l'eau de
ballast prélevée dans le bassin des Grands Lacs. Il est à noter que, puisque la
qualité de l'eau n'entre pas en ligne de compte dans le prélèvement de l'eau de
ballast, c'est en partie pour cette raison que son évacuation peut entraîner
l'introduction d'espèces envahissantes, qui se retrouvent maintenant dans l'ensemble du
bassin. Au cours des neuf dernières années, la perte nette de ressources en eau
provenant du bassin de Grands Lacs par suite du prélèvement d'eau de ballast par les
navires équivaut à un débit de 0,02 m3/s (0,7 pi3/s ).
L'annexe 5 présente un résumé des propositions antérieures de dérivation et
d'extraction.
Possibilités de dérivations et d'extractions futures. La Commission est d'avis que la
période des grandes dérivations et des grands transferts d'eau est terminée aux
États-Unis et au Canada. Si l'on considère qu'il n'y aura pas de changements climatiques
importants, que l'on ne résoudra pas les problèmes techniques ni les nombreux problèmes
économiques et sociaux et que l'on n'abandonnera pas les principes nationaux actuels
d'éthique environnementale, le besoin de recourir à des tels transferts et dérivations
ne resurgira pas. Présentement, il ne semble pas y avoir de proposition active concernant
des projets de dérivation majeurs, soit vers vers l'extérieur du bassin, soit vers le
bassin même, et il n'y a pas de raison de croire que ces projets deviendront réalisables
des points de vue économique, environnemental et social dans un avenir prévisible.
Les méga-projets de dérivation poseraient de nombreux défis techniques. Même si la
majorité d'entre eux pourraient être surmontés, les coûts de tels projets de
dérivation, que ce soit au moyen de pipelines ou de canaux, demeurent énormes. Non
seulement il faut investir des capitaux dans la construction du projet, mais aussi il faut
trouver des fonds de fonctionnement et d'entretien pour le soutenir. Toutes les études
relatives aux projets de ce genre ont mis en évidence les coûts élevés de l'énergie
associés au pompage des eaux par-dessus des obstacles topographiques. Les méga-projets
de dérivation exigent en outre des droits de passage et de sécurité applicables aux
produits transportés qui seraient difficiles à obtenir. Les coûts environnementaux de
ces projets en termes de perturbation de l'habitat et de mouvement des espèces sont
énormes. Un projet semblable au projet actuel California Aqueduct représenterait
75 pour 100 de la consommation actuelle des ressources en eau du bassin des
Grands Lacs et aurait à première vue un impact environnemental majeur sur les ressources
aquatiques et terrestres.
Même si ces méga-projets de dérivation étaient techniquement réalisables, il
serait impossible pour les juridictions du bassin des Grands Lacs de garantir un
approvisionnement ininterrompu. Certaines parties intéressées du bassin des Grands Lacs,
comme les propriétaires riverains, pourraient accueillir avec bienveillance un moyen de
prélever de l'eau du bassin au cours des périodes où les niveaux sont extrêmement
élevés. La plupart des secteurs d'activité, y compris ceux qui touchent les
utilisations sans prélèvement, la navigation commerciale et la navigation de plaisance,
seraient fermement opposés à des prélèvements de ce genre durant la période
d'étiage, mais il serait difficile d'interrompre les dérivations au cours des
sécheresses en raison de la dépendance que celles-ci créent chez les bénéficiaires.
La Commission reconnaît qu'une fois que l'on aurait autorisé une dérivation vers une
région pauvre en eau, il serait très difficile de l'annuler par la suite.
À court terme, les pressions visant à extraire de petites quantités d'eau au moyen
de dérivations ou de pipelines viendront très probablement des communautés américaines
en développement juste à l'extérieur de la ligne de partage des eaux du bassin des
Grands Lacs. En Ontario, en raison de la géographie, ces pressions n'existent pas
actuellement, et il est peu probable qu'il y en ait dans l'avenir.
Sur un plus petite échelle, il est possible de transférer de l'eau en vrac au moyen
de camions et de navires-citernes. La géographie de la région est telle que le commerce
à longue distance d'eau en vrac provenant des Grands Lacs semble non viable
commercialement. De plus, d'autres pays ayant des approvisionnements en eau abondants sont
situés beaucoup plus près des marchés étrangers potentiels que les Grands Lacs. Même
la région frontalière entre la Californie et le Mexique pourrait être desservie plus
efficacement à partir du nord-ouest du Pacifique et de l'Alaska qu'à partir de
dérivations ou de navires-citernes qui prélèveraient de l'eau dans les Grands Lacs.
Le remorquage de grands sacs de toile remplis d'eau constitue une variante à
l'exportation d'eau douce par navire-citerne océanique. On utilise cette technique depuis
la fin de l'année 1997 pour fournir de l'eau provenant du continent à certaines des
îles grecques et à la partie turque de l'île de Chypre. Apparemment, ces dispositions
de court remorquage dans la Méditerranée ont réduit le coût de livraison de l'eau à
moins de 1 dollar par mètre cube, mais les limites du réseau des Grands Lacs
et du Saint-Laurent, de même que les plus longues distances à parcourir dans l'océan,
pourraient empêcher le recours à cette technologie dans le cas des Grands Lacs.
Dans le monde entier, d'importants efforts sont déployés pour trouver des solutions
de rechange rentables aux transferts de l'eau entre bassins. On utilise les eaux usées
domestiques et industrielles à de nombreuses fins, notamment pour l'arrosage des pelouses
et l'irrigation agricole. À mesure que la demande des services urbains
d'approvisionnement en eau augmente, les communautés cherchent à gérer la demande
plutôt qu'à augmenter les approvisionnements. Dans certaines régions, la mise en oeuvre
de techniques de conservation a réussi à réduire la demande de 50 pour 100.
Dans d'autres régions, les marchés des droits d'utilisation de l'eau ont modifié
l'utilisation de l'eau disponible, qui est passée d'une utilisation agricole à une
utilisation urbaine. Les techniques de dessalement de l'eau de mer deviennent de plus en
plus rentables. D'ici la fin de 2002, la ville de Tampa en Floride commencera à mélanger
de l'eau dessalée à l'eau douce à des coûts qui concurrencent ceux de la mise en
valeur de nouvelles sources d'eau douce.
IV Effets cumulatifs
L'intervention humaine a influé sur l'écosystème des Grands Lacs à l'échelle
locale et à l'échelle de l'ensemble du réseau, et les effets (répercussions) se
situent tant à court terme qu'à long terme. La Commission a identifié les effets
physiques fondamentaux (abiotiques ou non biotiques) des utilisations et des activités
humaines sur les niveaux d'eau actuels dans le bassin et elle s'efforce de déterminer les
effets qui découleront de ces changements ainsi que des changements éventuels sur les
éléments vivants de l'écosystème. La majeure partie de cette dernière analyse sera
réalisée au cours des prochains mois.
Les utilisations avec consommation actuelles ont fait baisser les niveaux des Grands
Lacs de moins de 1 cm (0,4 po) à 6 cm (2,4 po) (tableau 2).
D'autres activités humaines ont un effet beaucoup plus important. Les apports provenant
des dérivations de Longlac et d'Ogoki ont élevé les niveaux des lacs, et les débits
sortants dus aux dérivations entre bassins et intérieures au bassin les ont abaissés.
L'impact le plus marqué sur le niveau des lacs est lié aux travaux exécutés dans le
canal, sur les rivières St. Clair et Detroit; ces activités de dragage et de minage
du gravier ont abaissé les niveaux des lacs Michigan et Huron de 40 cm
(15,8 po). Les ordonnances d'approbation qui régissent l'exploitation des ouvrages
construits sur la rivière St. Marys et le Saint-Laurent déterminent les plages
souhaitables des niveaux d'eau pour les lacs Supérieur et Ontario afin d'éviter les
niveaux très faibles ou très élevés et leur impact sur les divers secteurs d'activité
des Grands Lacs.
Tableau 2: Impacts cummulatifs sur les nivaux des lacs et les dédits des rivières
>
Il y a des interactions entre ces changements, ce qui se traduit par des répercussions
cumulatives. Dans les écosystèmes, ces répercussions cumulatives mettent en jeu des
effets passés, présents et raisonnablement prévisibles qui sont rarement la simple
somme des changements.
L'effet des changements de niveaux sur l'ensemble de l'écosystème, en particulier sur
ses sous-systèmes lacustres et fluviaux, n'est pas encore bien compris. La Commission ne
sait pas s'il a été fait des évaluations des effets des dérivations sur l'ensemble de
l'écosystème, bien que certaines questions aient été examinées à plus petite
échelle.
Alors que les changements touchant les niveaux et les débits sortants des lacs sont
relativement faciles à déterminer, leurs répercussions se prêtent à une
interprétation. Par exemple, la construction des projets de production d'électricité et
de navigation sur le Saint-Laurent à la fin des années 50 a changé à jamais le
caractère du fleuve. D'aucuns allèguent que les changements environnementaux entraînés
par le projet ont causé des dommages incalculables. D'autres ont construit leur vie sur
l'assise du nouveau réseau fluvio-lacustre et seraient gravement affectés par un retour
aux conditions antérieures. En fait, les effets globaux du nouveau régime n'ont pas
encore été entièrement évalués.
Les perspectives du 21e siècle comportent beaucoup d'incertitude quant
à des facteurs comme la consommation future, les extractions à petite échelle de l'eau
et le réchauffement climatique de la planète. Malgré cette incertitude, selon les
indications actuelles, ces trois facteurs exerceront probablement des pressions à la
baisse sur les niveaux de l'eau. Bien que l'on manque de données et que la compréhension
scientifique soit insuffisante pour qu'on puisse estimer les répercussions de ces
pressions, celles-ci pourraient être importantes. Pour cette raison - et en raison de la
possibilité que de nouvelles interventions humaines entraînent des effets cumulatifs
néfastes - il faudrait faire preuve d'une extrême prudence au moment de gérer les
facteurs d'utilisation de l'eau qui sont sous le contrôle des gestionnaires du bassin.
V Changement climatique
Aujourd'hui, après 20 années de débats actifs menés depuis la Conférence mondiale
sur le climat de 1979, les opinions sont encore très divergentes quant à la vitesse à
laquelle le changement climatique découlant de l'activité humaine surviendra, à son
intensité, au danger qu'il posera pour les écosystèmes, y compris les systèmes
socio-économiques, et à l'énergie que devrait déployer la communauté mondiale pour
tenter d'atténuer le problème. Néanmoins, on s'entend raisonnablement bien pour dire
que les bases scientifiques sont bonnes et "que la preuve prépondérante tend à
suggérer qu'il y a une influence perceptible de l'homme sur le climat global".
Ces dernières décennies, les scientifiques s'inquiètent de plus en plus des
changements qui se produisent dans l'atmosphère, en particulier de l'augmentation des
concentrations de gaz à effet de serre. À mesure que la fin du XXe siècle
approche, on a des indications croissantes que la nouvelle composition de l'atmosphère
commence à influer sur des éléments particuliers du cycle hydrologique, même s'il
n'est pas encore possible de distinguer ces effets de la variabilité naturelle des
niveaux des Grands Lacs. Depuis plusieurs décennies, les tendances des variables
hydrologiques à l'intérieur ou à proximité du bassin correspondent généralement aux
changements prévus par les modèles du changement climatique, en termes de hausse des
températures, des précipitations et de l'évaporation. Dans l'ensemble, ces résultats
de recherche concordent avec ce à quoi l'on peut s'attendre du réchauffement dû à
"l'accroissement de l'effet de serre".
On s'est servi de modèles informatisés du climat pour explorer les répercussions de
ce facteur sur divers secteurs d'activité liés à l'eau, sur l'hypothèse de scénarios
probables des concentrations atmosphériques futures des gaz à effet de serre. Selon la
plupart des modèles, le réchauffement de la planète se traduira par une baisse des
approvisionnements en eau et des niveaux des lacs, ainsi que par une réduction des
débits sortants du bassin. D'après les prévisions obtenues à l'aide de plusieurs
modèles de pointe, les experts de la National Oceanic and Atmospheric Administration
(NOAA) des É.-U. et d'Environnement Canada croient que le réchauffement de la planète
pourrait entraîner une baisse des niveaux des lacs pouvant atteindre un mètre ou plus
d'ici au milieu du siècle prochain, ce qui pourrait avoir de graves répercussions
économiques, environnementales et sociales dans toute la région des Grands Lacs.
Cependant, étant donné les grands écarts observés dans certains des résultats des
modèles, il demeure un haut degré d'incertitude quant à l'ampleur des changements
potentiels et au moment où ceux-ci pourraient survenir.
Il faut donc se demander, relativement aux niveaux moyens des Grands Lacs, si
l'augmentation à long terme de l'évaporation dépassera de beaucoup l'augmentation des
précipitations et réduira ainsi les approvisionnements nets en eau. Bien que la plupart
des indications scientifiques suggèrent que ce sera le cas, il est impossible pour le
moment de distinguer de façon définitive la variabilité naturelle à court terme de la
tendance à long terme. Les niveaux des Grands Lacs et les secteurs d'activités qui y
sont liés sont extrêmement sensibles à la variabilité du climat, comme l'illustre
l'impact des niveaux élevés survenus au début des années 50 et au milieu des
années 80 et des faibles niveaux enregistrés dans les années 30 et au milieu
des années 60. La variabilité restera significative, que le changement climatique
dû à l'activité humaine se superpose ou non aux fluctuations naturelles. En ce qui
concerne les politiques, cette incertitude ne modifie pas le risque que pose le changement
climatique.
Le changement climatique laisse craindre qu'il se produira au moins une certaine baisse
des niveaux de l'eau. L'équipe d'étude formée par la Commission s'est penchée sur ce
sujet et a trouvé que les facteurs énumérés ci-après pourraient donner une idée des
répercussions qui seraient importantes pour l'économie, la structure sociale et
l'écosystème de la région des Grands Lacs, si cette baisse des niveaux avait
effectivement lieu. Il faut noter que l'adoption de mesures d'adaptation atténuerait
certaines de ces répercussions.
- Il y aurait diminution de la production d'hydroélectricité. Bien que loin d'être
aussi graves que les prévisions du changement climatique, les baisses record des niveaux
et des débits enregistrées dans les années 60 ont causé des pertes de production
hydroélectrique variant entre 19 pour 100 et 26 pour 100 dans la
rivière Niagara et le Saint-Laurent. Une faible proportion de ces pertes serait
compensée par la réduction des coûts de chauffage, qui serait à son tour atténuée
quelque peu par des hausses des coûts de climatisation.
- Les coûts de la navigation dans les Grands Lacs augmenteraient de façon importante en
raison de la réduction des hauteurs d'eau dans les chenaux de navigation et de la hausse
des coûts de dragage. Au moins certains de ces coûts pourraient être compensés par
l'allongement de la saison de navigation.
- Les dommages causés par les inondations dans les zones riveraines diminueraient, dans
la mesure où l'on ne permette pas aux nouveaux développements d'empiéter sur le nouveau
terrain exposé.
- Il y aurait des effets néfastes importants sur la navigation de plaisance et la pêche
sportive.
- Les infrastructures riveraines connaîtraient des problèmes semblables à ceux qui sont
survenus dans les années 60; notamment les scènes panoramiques seraient moins
attrayantes, les installations d'accostage inaccessibles, et il faudrait modifier les
prises d'eau et les bouches d'évacuation des eaux usées.
- Le réchauffement du climat pourrait entraîner une réduction de la fréquence de
renouvellement de la colonne d'eau, facteur d'une importance particulière pour la
qualité de l'eau. Dans ces conditions, la distribution des nutriments et de l'oxygène
dissous pourrait être affectée, ce qui aurait un impact sur les espèces de poisson et
leur habitat.
- Une baisse des niveaux d'eau dans le port de Montréal aurait un effet majeur sur toute
la navigation commerciale internationale. Comme mesure d'adaptation, on pourrait devoir
procéder à un dragage important du chenal.
- Finalement, il pourrait y avoir réduction des apports d'eau douce dans l'estuaire et le
golfe du Saint-Laurent, et au-delà, ce qui influerait sur les populations de poissons et
d'autres éléments des écosystèmes du Saint-Laurent et de l'Atlantique.
En supposant que le changement climatique ait lieu comme prévu et qu'il ait des
répercussions sur l'écosystème du bassin semblables à celles décrites ci-dessus, il
ne faudrait pas supposer que ces changements se feraient graduellement sur plusieurs
décennies. Le changement climatique dû à l'activité humaine se superposera à la
variabilité climatique normale et aux événements comme El Niño. La Commission est
donc d'avis qu'il faudrait faire preuve de beaucoup de prudence relativement à tout autre
facteur qui pourrait exercer des pressions à la baisse sur les niveaux d'eau et les
débits sortants.
VI L'eau souterraine
L'eau souterraine est une source d'approvisionnement pour de nombreux segments de la
population du bassin des Grands Lacs. Certains éléments de la communauté biotique,
p. ex. les poissons et les insectes cavernicoles, passent toute leur vie sous terre
et dépendent entièrement de l'eau souterraine. La contribution des nappes phréatiques
au débit des rivières est importante, car elle finit par influer sur les niveaux des
lacs.
L'écoulement de l'eau souterraine est un important facteur déterminant de la
viabilité biologique des tributaires. Dans les zones non perturbées, l'écoulement de
l'eau souterraine durant toute l'année fournit un apport stable d'eau ayant une
concentration en oxygène dissous, une température et une composition chimique
généralement constantes. Dans les zones perturbées où, par exemple, l'utilisation des
terres a réduit de beaucoup l'écoulement de l'eau souterraine vers un cours d'eau, la
viabilité biologique peut être réduite dans certains tronçons du cours d'eau. Là où
les utilisations des terres apportent des contaminants, la viabilité des cours d'eau peut
également être diminuée.
Dans le bassin des Grands Lacs, le réseau de nappes phréatiques est alimenté
principalement par l'infiltration (la percolation) des précipitations. Si l'on prélève
de l'eau souterraine plus vite qu'elle n'est réalimentée, les niveaux d'eau dans les
aquifères baisseront et, si cette baisse est suffisante, l'eau pourrait être tirée des
rivières ou des lacs vers le réseau de nappes phréatiques, ce qui réduirait le
quantité d'eau évacuée dans les Grands Lacs. C'est là un indicateur du lien
inextricable entre l'eau souterraine et l'eau de surface.
À un certain nombre d'endroits, on prélève l'eau souterraine à des taux assez
élevés pour être mesurés. Le mieux connu de ces endroits est la région
métropolitaine de Chicago-Milwaukee où, en 1980, plus de 300 m3/s
(10 000 pi3/s) ont été prélevés du réseau d'aquifères
cambrien-ordovicien. Ce pompage à grande échelle a produit des cônes de dépression
dans les aquifères situés sous Milwaukee et Chicago, dont la chute des niveaux a pu
atteindre 114 m et 274 m (375 pi et 900 pi), respectivement. Depuis
1980, en raison de la réduction des taux de pompage, les niveaux de l'eau souterraine
dans la région de Chicago ont remonté de jusqu'à 76 m (250 pi) dans certaines
localités, mais ils continuent de baisser dans la partie sud-ouest de la région
métropolitaine de Chicago.
Les modalités de la consommation et de l'alimentation des nappes phréatiques dans le
bassin des Grands Lacs ne sont pas encore bien comprises, pour les raisons
suivantes :
- Il n'y a pas de cartographie unifiée et cohérente des unités hydrogéologiques
limitrophes et transfrontalières.
- Il n'existe pas de définition complète du rôle des nappes phréatiques dans le
soutien des systèmes écologiques.
- On manque d'information sur les activités de consommation.
- Il n'y a pas de méthode simplifiée permettant d'identifier les grands prélèvements
d'eau souterraine qui ont lieu près des limites des bassins hydrologiques.
- On a besoin d'estimations des effets produits par les changements d'utilisation des
terres et la croissance de la population sur la disponibilité et la qualité de l'eau
souterraine.
- On manque d'information sur l'évacuation directe de l'eau souterraine vers les cours
d'eau de surface et les Grands Lacs.
- Il n'existe pas d'estimation systématique des zones naturelles d'alimentation.
Malgré les grandes lacunes des connaissances sur l'eau souterraine, les incertitudes
n'empêchent pas la formulation de politiques concernant les niveaux des lacs. Que la
consommation se fasse dans les lacs, les tributaires ou les nappes phréatiques, l'impact
sur le niveau des lacs est pratiquement le même.
Les limites des bassins hydrogéologiques (aquifères) peuvent être très différentes
de celles du bassin d'eau de surface sous lequel ils se trouvent. En fait, plusieurs
bassins hydrogéologiques peuvent être superposés à différentes profondeurs, et chacun
peut avoir des limites qui ne coïncident pas avec celles du bassin d'eau de surface
sus-jacent. Une cartographie précise des bassins hydrogéologiques pourrait entraîner
des changements dans la façon dont nous gérons les prélèvements d'eau souterraine et
dans la façon dont nous gérons les eaux de surface, interreliées aux aquifères.
VII Conservation
La conservation est la première étape d'une bonne gestion des ressources et de
l'application de l'approche de prudence. Évidemment, le fonctionnement de l'élément
humain des écosystèmes impose une certaine consommation. À l'heure actuelle, la
consommation de l'eau du bassin des Grands Lacs est relativement faible et ne connaîtra
sans doute que de modestes hausses dans un avenir prochain. Cependant, il est probable que
le réchauffement planétaire augmentera et changera les tendances de la consommation;
notamment, une hausse des températures moyennes dans le bassin pourrait entraîner à
long terme une augmentation de l'activité agricole et de la consommation d'eau. En raison
de la tendance possible à la baisse de l'approvisionnement net du bassin au cours du
XXIe siècle, les pratiques de conservation de l'eau et de gestion de la demande
devraient devenir des éléments de plus en plus importants de toute stratégie globale
d'utilisation durable.
L'expérience a montré que la conservation de l'eau grâce à une utilisation plus
efficace est bonne du point de vue économique et environnemental, en raison notamment de
la réduction des coûts des infrastructures servant à l'alimentation en eau et au
traitement des eaux usées; l'utilisation de l'énergie est réduite; les rapports
coût-efficacité sont augmentés par la réduction des volumes d'eau et d'eau usée
traités; la résilience de l'écosystème est améliorée par la réduction des
prélèvements; et l'on fait preuve d'un comportement exemplaire.
À l'échelle du bassin, la mise en oeuvre du Programme coopératif de gestion des
ressources en eau du bassin, auquel les États et les provinces se sont engagés en vertu
de la Charte sur les Grands Lacs, pourrait fournir l'occasion de lancer une initiative de
conservation de l'eau. Le partage de l'expérience acquise en matière de conservation
entre les juridictions responsables du bassin devrait faire partie intégrante de
l'approche globale relative aux programmes et aux pratiques de coopération. Les
juridictions qui coopèrent pourraient souhaiter adopter au besoin certaines approches
communes dans le cadre de leurs plans de conservation de l'eau, y compris des mesures
visant à encourager les projets de gestion de la demande en eau et la mise en application
des meilleures techniques d'économie de l'eau applicables.
La gestion de la demande change la façon classique de penser, qui est de rechercher de
nouvelles sources d'approvisionnement en eau, en faveur d'une utilisation plus efficace de
cette ressource. Le concept de la gestion de la demande a pour principe central une
tarification qui fait varier les prix en fonction de la quantité d'eau utilisée pour une
activité. De telles mesures peuvent faire beaucoup pour améliorer l'efficacité de
l'utilisation de l'eau dans de nombreuses zones du bassin, notamment le recours au
comptage de toutes les fournitures d'eau et une transition plus dynamique vers le
recouvrement de la totalité des coûts des services d'alimentation en eau.
VIII Considérations juridiques et politiques
La gestion de l'eau dans le bassin des Grands Lacs est assujettie à une gamme de
régimes légaux, comme des instruments internationaux et des coutumes, des lois et
règlements fédéraux tant au Canada qu'aux États-Unis, les lois des huit États du
bassin des Grands Lacs et celles de l'Ontario et du Québec, ainsi que les droits des
peuples autochtones et des tribus indiennes aux termes de lois canadiennes et
américaines. La présente partie du rapport n'a pas pour objet d'épuiser toutes les
questions juridiques; elle est prévue plutôt comme une identification préliminaire de
certains aspects du régime légal qui influent le plus directement sur les questions
traitées dans le rapport.
Le contexte juridique international
Traité des eaux limitrophes. Le Traité des eaux limitrophes de 1909 est le principal
instrument juridique international qui régit l'utilisation des eaux du bassin des Grands
Lacs. Ce traité a établi certains principes de base pour la gestion des eaux limitrophes
et transfrontalières et créé la Commission mixte internationale dans le but d'aider à
appliquer certaines parties du Traité. Depuis 90 ans, le Traité aide efficacement
le Canada et les États-Unis à éviter et à résoudre les litiges touchant l'eau douce.
En vertu du Traité, les eaux limitrophes (c.-à-d. les eaux chevauchant la frontière)
sont considérées différemment des eaux des rivières ou des tributaires
transfrontaliers. Ainsi, le Traité ne vise pas toutes les eaux du bassin des Grands Lacs
de la même façon. Hormis certaines exceptions, l'article III prévoit que l'usage,
la dérivation ou l'obstruction des eaux limitrophes doivent être approuvés par la
Commission lorsqu'ils influent sur le niveau ou le débit de l'autre côté de la
frontière. Cependant, en ce qui concerne les tributaires des eaux limitrophes et des
rivières transfrontalières, l'article II stipule que chaque nation se réserve
"la juridiction et l'autorité exclusives quant à l'usage et aux dérivations".
Le Traité ne mentionne pas expressément l'eau souterraine.
Le Traité prévoit également que les gouvernements des États-Unis et du Canada
peuvent renvoyer des questions à la Commission mixte internationale afin que celle-ci les
examine et formule des recommandations dans le but d'aider les pays à résoudre et à
éviter les litiges le long de la frontière. Cette disposition du Traité a été
utilisée de nombreuses fois au cours des années pour régler des questions de qualité
et de quantité d'eau dans les Grands Lacs et ailleurs.
Charte des Grands Lacs. La Charte des Grands Lacs de 1985 est une entente entre les
États du bassin des Grands Lacs et les provinces de l'Ontario et du Québec. Bien que
cette charte ne lie pas les États et provinces, elle attire l'attention des États et des
provinces du bassin des Grands Lacs sur un certain nombre de questions liées aux
ressources et favorise la coopération entre eux. La Charte prévoit que la planification
et la gestion des ressources en eau du bassin des Grands Lacs devraient avoir pour
fondement l'intégrité des ressources naturelles et de l'écosystème du bassin. En
outre, elle stipule que les ressources en eau du bassin doivent être considérées comme
un système hydrologique unique qui transcende les frontières politiques du bassin. Les
dérivations nouvelles ou accrues et l'augmentation de la consommation des ressources en
eau des Grands Lacs sont qualifiées de sources d'inquiétude sérieuses, et la Charte
stipule que : "Les États et provinces signataires ont l'intention de faire en
sorte que les dérivations des eaux du Bassin ne soient pas permises si, individuellement
ou cumulativement, elles devaient avoir des effets défavorables appréciables sur le
niveau de l'eau des lacs, les utilisations des eaux à l'intérieur du Bassin ou
l'écosystème des Grands Lacs."
La Charte prévoit qu'aucun État ou province n'approuvera ni ne permettra une
importante dérivation ou consommation nouvelle ou accrue des ressources en eau du bassin
des Grands Lacs sans aviser et consulter tous les États et provinces du bassin des Grands
Lacs et tenter d'obtenir leur consentement et leur approbation. Le seuil fixé pour la
nécessité de notifier et d'obtenir le consentement des autres États et provinces du
bassin est une utilisation moyenne de 5 millions de gallons (19 millions de
litres) par jour pendant toute période de 30 jours.
La Charte des Grands Lacs fait également état d'un engagement pris par les États et
les provinces signataires de poursuivre le développement et le maintien d'une banque
commune de données et d'informations concernant l'utilisation et la gestion des
ressources en eau du bassin, l'établissement d'ententes systématiques pour l'échange de
données et d'informations sur l'eau, la création d'un comité de gestion des ressources
en eau, l'élaboration d'un programme de gestion des ressources en eau du bassin des
Grands Lacs et des efforts de recherche supplémentaires et coordonnés visant à fournir
de meilleurs renseignements pour les décisions futures en matière de planification et de
gestion des ressources en eau. Bien qu'ils ne soient pas entièrement mis en oeuvre, ces
engagements sont un premier pas vers le genre de coopération et de coordination qui est
nécessaire dans l'avenir.
Droit du commerce international. L'une des questions soulevées par les gouvernements
dans le Renvoi est de savoir si les obligations découlant du commerce international
pourraient influer sur la gestion des ressources en eau du bas