Noël Legaré, vice-président du Comité de défense des usagers de l’eau et de l’assainissement de la commune de Castres (1), par ailleurs conseiller municipal communiste d’opposition au maire RPR au début des années quatre-vingt-dix, revient sur les raisons qui conduisirent dès ce moment des citoyens, des élus, des usagers à s’intéresser de plus près au contrat déléguant la gestion de l’eau et de l’assainissement à la Lyonnaise des eaux. " Je m’étais opposé à la privatisation, mais il aura fallu l’examen minutieux des textes et la persévérance de citoyens comme Paul Latgé, Georges Carceller, président du comité, Jean Bonnet ou Jean Maynadier, pour petit à petit mettre au jour les mécanismes de ce racket. "
Retour sur un processus. Lorsqu’en 1990 la gestion des services d’eau et d’assainissement est livrée à la Lyonnaise, cette dernière verse à la ville, en trois ans, 96 millions de francs à titre de droit d’entrée. Cette somme, qui transite immédiatement du budget de l’eau et de l’assainissement vers le budget général de la ville, n’a rien d’une subvention. Elle constitue, pour la Lyonnaise, un prêt accordé à la ville, au taux de 8,76 %, remboursable sur 30 ans (soit trois fois la mise - NDLR) par le budget de l’eau, donc par la facturation des seuls usagers. Interrogé en 1996 par la Dépêche du Midi, au moment où se renégociait le contrat avec la municipalité, le directeur régional de la compagnie privée, Michel Pujol, dévoilait le procédé. " C’est clair, ces 96 millions n’étaient pas un don, affirme-t-il. Nous sommes rémunérés pour le financement que nous avons apporté (...) Étant très endettées, les communes souhaitaient obtenir du financement et le faire payer par le budget de l’eau. " Tout en " garantissant " aux administrés de la commune, que la facture " ne sera pas augmentée ".