|
|
||
|
MEXICO 2006
Eau : Vers la fin du pactole - La jurisprudence NeufchâteauAlors que s'ouvre à Mexico le quatrième Forum mondial de l'eau, contesté par les altermondialistes, le dogme de la privatisation des services de l'eau commence à être sérieusement ébranlé. En Amérique latine, notamment, mais aussi en France, berceau de ce modèle, où les marges pratiquées par les multinationales incitent des élus au retour à une gestion en régie municipale.Il y avait une volonté d'opacité délibérée.
Jacques Drapier le répète volontiers il ira jusqu'au bout, le pot de terre contre le pot de fer jusqu'à la Cour européenne des droits de l' homme s'il le faut. Le petit, c'est la ville de Neufchâteau, une coquette bourgade vosgienne de 8 500 habitants, le gros est Veolia eau, premier opérateur mondial des services de I'eau, 67 800 collaborateurs dans 55 pays, et quelque I0 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel. A la suite d'une procédure entamée en septembre 2004, sa filiale Compagnie de l'eau et de l'ozone (CEO) réclame 7,5 millions d'euros à la ville pour le manque à gagner et la « perte d'image » occasionnée par la rupture unilatérale du contrat qui la liait à ce prestataire de services.
Pour Jacques Drapier, maire PS élu en 1989, la délégation de quinze ans qu'il accorde en 1993 a la CEO pour la gestion de I'eau était une opération de bon aloi : la ville qui dispose de peu de ressources, se délestait d'une activité peu valorisante et coûteuse, et empochait un « ticket d'entrée » de 300 000 mille euros investis dans la construction d'un aménagement routier. « Content de moi, mais naif 'Mes confrères m'ont fait comprendre que j'aurais pu obtenir dix fois plus » La pratique du ticket d'entrée était alors parfaitement légale, et ces contrats étaient peu contrôlés. Les relations se dégradent vite entre le maire et la compagnie. Les prix de l'eau augmentent, de quelque 30 % en une demi-décennie, l'affectation de fonds provisionnés pour l'entretien et le renouvellement reste confidentielle. « Quand je demandais des explications, on me répondait :" passez nous voir au siège, à Metz, à 120 kilomètres, il y avait une volonté d'opacité délibérée." Ils prennent les élus pour gogos et prétendent regner sur la France
ville de Neufchâteau
En 2000, la ville décide alors de se payer un audit. Deux ans de travail d'un expert de haut vol, ex-cadre à la Lyonnaise des eaux, qui délivre son verdict : le prix de l'eau, qui a été facturé aux Neocasmens jusqu'à 4 euros environ le mètre cube pourrait être ramené à 2,90 euros, soit une reduction de près de 30%. Les tensions s'exacerbent et le maire, qui convient désormais que la délégation de service est une erreur dont il doit réparation à ses concitoyens, parle d'un retour en régie municipale.
La CEO ne l'entend pas de cette oreille, et, au nombre de ses pressions envoie un jour un émissaire proposer à Jacques Drapier un voyage d'agrément privé. Le vase déborde brutalement "je l'ai mis à la porte". Ces gens-la sont d'un mépris total, ils prennent les élus pour gogos et prétendent regner sur la France'" . Il entreprend dès le lendemain de résilier le contrat, décision entérinée par le conseil municipal malgré le refus de I'opposition. Une première nationale, en tout cas pour une petite municipalité comme Neufchâteau. Coup d'éclat, certes, mais monumentale erreur, jugent des édiles et des fonctionnaires du département - complexité technique, poids des investissements, etc. Au parti socialiste, on lui fait « des remarques » La régie, municipale fonctionne pourtant dès 2001. Atout précieux la municipalité est parvenue à embaucher une partie des techniciens qui travaillaient précédemment sur le réseau de Neufchâteau. Le pas est franchi
Pascal Cabley, Maire de Certilleux, directeur de la Reane
Mais pourquoi ne pas aller plus loin, suggère alors Joel Reisser, directeur général des services de la municipalité « C'est-à-dire détacher ces services pour en faire une "régie autonome", comme y oblige d'ailleurs une loi de 1927 »
Le pas est franchi en 2004, avec la création de la Régie Autonome des eaux et de l'Assainissement de Neufchâteau (Reane), qui a la charge de la production de l'eau potable, de sa distribution, de son assainissement ainsi que de la facturation. La première structure du genre en France, semble t-il. Elle possède son autonomie financière, et son conseil d'administration, comporte, aux côtés de six élus et d'un représentant des salariés, deux particuliers représentants de consommateurs, qui participent notamment à la fixation du prix de 1'eau. Le prix est aujourd'hui de 3,13 euros le m3 (après être tombé à quelque 2,90 euros), et les investissements engagés, des fonds dégagés par les recettes, ont permis de réduire de 500 m3 par jour les fuites du réseau - 20 % de la consommation journalière. Quant aux dépenses globales de fonctionnement, elles ont chuté de 35 % « Et sur la transparence des comptes, c'est le jour et la nuit», s'exclame Pascal Cabley, directeur de la Reane. Dernière touche, un contraste spectaculaire, qui déprécie sérieusement les prestations de la CEO : Depuis le retour en régie, Neufchateau a pratiqué trois forages pour se doter de prises d'eau supplémentaires, sécurisant un approvisionnement qui ne reposait jusque là que sur une seule source, qui avait connu en 1997 une pollution accidentelle obligeant à l'arrêt de la production pendant plusieurs jours. «Je n'imagine pas qu'il s'agisse d'incompétence de la part de ces puissantes entreprises", commente le maire. "Dans le domaine de I'eau, ce sont les despotes des temps modernes » Le principe de l'intérêt public : la jurisprudence Neufchâteau
Reste la plainte de la CEO, qui le laisse « relativement serein ». II a fait voter un budget municipal 2006 où n'apparait aucune provision pour couvrir le risque d'une éventuelle condamnation.
«C'est cohérent avec notre défense, nous nous battons pour démontrer que le principe de l'intérêt public, auquel nous avons oeuvré aujourd'hui, est supérieur à l'intérêt particulier d'une entreprise." Aujourd'hui, après les sarcasmes, la petite ville qui a osé refuser la tutelle de Veolia et briser le tabou de I'impossible indépendance suscite un intérêt grandissant « Je reçois des appels de toute la France, des maires de droite comme de gauche » , souligne Jacques Drapier, fortement soutenu par sa population. Les pouvoirs publics sont un moment restés perplexes devant la « colle » que leur posait la Reane, objet mal identifié. Une instruction du ministère des Finances est désormais en train de constituer une «jurisprudence Neufchateau» , reprenant point par point 1'expérience de la commune pour décrire l'art et la manière de créer une régie autonome.
Vendredi 17 Mars 2006
Mercredi 22 Mars 2006
Politis
Lu 6726 fois
Dans la même rubrique :
|
||
|
Mentions légales
Pour une recherche d'articles par thèmes, cliquez sur le mot de votre choix !
actions juridiques
adhésion
affaires troubles
afrique
agriculture
algues bleues
algérie
angleterre
anti-gaspillage
argentine
asie
assainissement
assainissement non collectif
associations
associations en lutte
australie
banque mondiale
barrage
barrages
ben s'mim
bolivie
bordeaux
bretagne
brésil
canada
castres
cge
chili
chine
coca cola
cognac
colloque
colloque 2006
colloques 2006
compteurs
condamnation
contentieux
contrats
contrats en contentieux
corruption
corse
cyanobactéries
danasi
dessalement
droits de l'eau
eau embouteillée
eau potable
edf
enel
film
financements de projets
france-libertés
fuites
fusion
gabon
gestion alternative
grenelle de l'environnement
guerre de l'eau
inde
indonésie
investissement
islande
israel
japon
l'europe de l'eau
las vegas
les antilles
lille
lobby
lobbying
loi oudin santini
loi sur l'eau
luttes
lyon
maladies
mali
manifestations
marché de l'eau
maroc
mauvais rendement
messier
mexico 2006
mexique
mortalité
médicaments
neufchateau
niger
nitrates
nucléaire
observatoire parisien
paris
pascua lama
pauvreté
pauvretés
perou
pollution
pollution de l'eau
pollution de l'eau potable
pollution des nappes
pollution eau potable
pollution minière
pollutions
pollutions agricoles
pollutions de l'eau
pollutions des nappes
pollutions des rivières
pollutions industrielles
portraits
ppp
privatisation
prix de l'eau
proglio
pérou
pétition
que choisir?
que choisir? loi sur l'eau
quebec
quimper
radio
radioactivité
rechauffement climatique
remunicipalisation
renégociation
russie
réchauffement climatique
réunions publiques
santini
saur
sedif
services publics à vendre
solutions
suez
suisse
sécheresse
tentatives remunicipalisation
toulouse
touly
unesco
université de l'eau
uruguay
usa
varages
veolia
veolia orient, l'affaire
vietnam
vivendi
véolia
zimbabwe
écocide
émirats
|
||

Accueil
Ecrire
Contact
Forum
Annuaire
Livres


Historique dressé par le Monde Diplomatique
Résumé du débat de la Bourse du Travail du 22 mars 07