Dominique PIN : Directeur des relations institutionnelles à SUEZ environnement
Comme la plupart des multinationales dont le métier est l'eau, SUEZ est la bête noire des altermondialistes. Comment prenez-vous ces attaques ?
Dominique PIN :Elles sont blessantes car souvent injustes. Sortons de l'invective réciproque et travaillons ensemble, c'est ce que nous proposons aujourd'hui à nos opposants. Encore faut-ils qu'ils cessent de nous voir comme le diable. Sinon ce n'est pas constructif. Pour nous aussi, la question du droit à l'eau est une préoccupation fondamentale.
Que pensez-vous de sociétés comme Nike qui n'hésite plus à publier la liste de leurs sous-traitants et à encourager les audits indépendants ?
Dominique PIN J'approuve à 100%. Cette transparence sur leur chaine de production me paraît indispensable. Ils ont tellement été malmenés !
Voyez-vous le mouvement altermondialiste s'essouffler à terme ?
Dominique PIN Son noyau radical, je l'espère. Mais globalement non, ce mouvement est bien parti pour durer. Il correspond à une vraie évolution de la société. de plus en plus, l'opinion publique se mêle des pouvoirs politiques et des institutions.
Aujourd'hui les ONG et les associations sont jugées beaucoup plus crédibles pour peser sur les débats, faire bouger les choses. En dix ans, les ONG sont devenues incontournables. Elles sont devenues un vrai contre-pouvoir. On n'a plus le choix, on faut discuter. Les entreprises qui n'accepteront pas de tenir compte de ce changement, ont du soucis à se faire.
Est-ce envisageable de voir un jour un stand aux couleurs de SUEZ planté au beau milieu d'un forum alternatif ?
Dominique PIN Pourquoi pas ? Mais essayons d'abord de dialoguer. Nous avons sans doute tardé à le faire. Le 4 novembre à Paris, nous avons rencontré des ONG, dont WATERAID, LES AMIS DE LA TERRE. On n'était pas d'accord sur tout. Mais il n'y a pas eu de sang sur les murs. Il faut y aller progressivement, briser d'abord la glace.