A Toulouse, le prix de l’eau... baisse Catherine Pottier - 17:41
La ville a obtenu de Veolia une baisse du tarif de l’eau de 25%, soit une baisse nette pour le consommateur de 12,5% environ, car la part assainissement de la facture ne baisse pas.
En échange la ville conserve son contrat avec Veolia jusqu’en 2020. A cette date, l’eau reviendrait en régie directe. Si les consommateurs se réjouissent de cette décision annoncée pour le 12 février, certains élus verts, estiment que la ville rose aurait pu municipaliser son eau dès 2015, comme le montre le reportage de notre correspondant à Toulouse, Stéphane Iglésis.
Jean-Luc Touly a été cadre et ancien syndicaliste chez Veolia. Il est aujourd’hui président de l’association pour le contrat mondial de l’eau. Et détaille les enjeux du « deal » entre Veolia en la ville de Toulouse. Un « deal » qui aurait pu permettre une baisse atteignant les qu’à 40 % !
On dit que...l’eau pourrait baisser partout en France, à l’exemple de Toulouse. (5'47")
Pourquoi l’eau va coûter 25% moins cher à Toulouse ?
Ca fait des années que les rapports entre Toulousains et Veolia ne coulent pas de source, les Toulousains convaincus de payer leurs m3 trop cher. Or, la ville a obtenu hier cette baisse conséquente de 25%. Baisse sur le seul tarif de l’eau (l’assainissement n’est pas concernée). Ce qui devrait faire chuter la facture de 12,5% environ.
Mais, en échange, Veolia conservera la gestion de l’eau toulousaine jusqu’en 2020. Un arrangement contesté par les Verts...
Concrètement, ces 25 % de baisse équivalent à 42 centimes de moins par mètre cube, soit 50 € d’économies par an pour un foyer moyen.
Le maire socialiste de Toulouse Pierre Cohen s’était engagé lors de sa campagne municipale à tout faire pour baisser le prix de l’eau et revenir « dès que possible » en régie directe. Or, voici le marché conclu hier avec Veolia : la baisse de 25% des tarifs de l’eau contre la poursuite du contrat de Veolia jusqu’à son terme, c’est à dire 2020.
L’eau baisse de 25% à Toulouse Reportage de Stéphane Iglésis (1'48")
Toulouse avait confié à Veolia la gestion de son eau en 1990 et pour 30 ans. Un contrat dénoncé à maintes reprises par des associations environnementales et les élus verts. Eau Secours 31 notamment avait demandé et obtenu un audit. Audit, rendu l’été dernier qui confirmait diverses irrégularités et jugeait que les usagers pouvaient réclamer la restitution de charges indues sur leur facture d’eau depuis 1990.
En 2007, déjà, c’est le tribunal administratif qui avait reconnu que ces même irrégularités plombaient la facture d’eau des Toulousains de 30 % depuis 1990.
Pourtant, le maire de Toulouse a repoussé hier la remunicipalisation de l’eau. Arguments : rompre prématurément le contrat avec Veolia aurait coûté à la ville des pénalités, évaluées à 9 millions d’euros minimum et 41 millions dans le pire scénario. Il l’aurait privé aussi de sa redevance annuelle de 5 millions d’euros.
Les Verts y voient une trahison. La décision du maire doit être votée par la communauté urbaine le 12 février avant d’entrer en vigueur.
la Dépêche du midi
GRAND TOULOUSE
Retour de régie en eaux troubles
« Certains auraient aimé avoir le fromage et le dessert, sur la carte il y avait fromage ou dessert. » Entre un retour de la gestion de l'eau en régie municipale dès 2015 et une baisse immédiate des tarifs de 25 % pour les usagers, Pierre Cohen a opté pour la seconde solution. « Le choix de la raison », selon lui. C'est la conclusion de ses négociations avec Veolia, qui devrait donc conserver jusqu'en 2020 la délégation de l'eau potable de Toulouse. Le gestionnaire s'engage à mettre en conformité les stations de traitement de Pech-David et de Clairfont en matière de boues. L'évolution du prix de l'eau sera aussi plus en adéquation avec l'augmentation du coût de la vie. Depuis 1990, date de la concession, il a grimpé de 75 % quand l'inflation n'a pris que 42 %. « Au 31 décembre, le tarif d'eau potable et d'assainissement à Toulouse était de 3,37 euros TTC par m3. Cette baisse entraînera un gain de 42 centimes au m3, soit 50 euros par an pour une famille de quatre personnes », argumente Nicolas Tissot, adjoint au maire en charge du suivi des délégations publiques.
Mais pour les élus Verts de la majorité, le compte n'y est pas. « Le retour en régie dès 2015 est économiquement et juridiquement possible », assure Antoine Maurice, président des Verts au Grand Toulouse. « C'est la première fois que l'on voit une baisse des tarifs associée à la renégociation d'un contrat », s'étonne Lucien Sanchez, membre de l'association Eau Secours 31, favorable à une remunicipalisation d'ici à cinq ans. Pour Jean-Luc Touly, auteur d'un livre sur L'eau des multinationales, cela s'apparente même à « un chantage qu'aurait exercé Veolia », évoquant les cas de villes ayant rompu leur contrat et baissé leurs tarifs. Le débat continue.
Béatrice Colin la dépêche du midi