Tout d’abord une parenthèse sur la revue de l’agglo Harmonie de juillet, titré « Montpellier pôle mondial de l’eau » avec au dos Mr Pouget déclaré « Maître de l’eau »…rien que ça !
Dans ce dossier, 2 choses : la publicité pour le livre d’Erik Orsenna « l’avenir de l’eau, petit précis de mondialisation », et le pôle mondial de l’eau.
Mr Orsenna en plus d’être écrivain académicien est aussi vice-président de la FARM « fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde » qui regroupe les PDG de Veolia, Suez, Crédit agricole, Limagrain et Carrefour…LA FARM soutient des projets agricoles désastreux sur le plan social et écologique (grandes fermes utilisant les techniques agro industrielles modernes). Le livre, très contestable en matière de précision méthodologique est aussi truffé d’erreurs historiques. P358 Orsenna vante le caractère séculaire des sciences de l’eau à Montpellier qui remonterait à l’époque romaine, or ce n’est qu’au XVIIIè que Montpellier développe ses compéténces en matière d’eau. Le service communication de l’agglo pourrait faire quelques réclamations à Mr Orsenna lequel soutient d’ailleurs sans aucune réserve le Pôle Excellence Eau de Montpellier…et invité de marque au 13è Congrès Mondial de l’eau qui s’est tenu au Corum en sept 2008…et qui a été dans la réalité une vitrine des entreprises de l’eau et financée par les collectivités locales. Questionnement là encore sur le financement de tels évènements par les collectivités.
Tout comme Veolia, E.Orsenna vante le compteur comme étant le meilleur ami de l’homme (p.326) : « le compteur n’est pas responsable de la tarification, il se contente d’afficher un volume ». Certes le compteur identifie une consommation mais les fuites liées à l’incurie des gestionnaires de l’eau échappent à cette mesure. D’ailleurs, dans le rapport DSP Veolia, les fuites atteignent 6M de m3 par an, soit 20% de l’eau produite…taux toujours trop élevé par cette multinationale qui vient de remporter le plus gros marché en IDF (SEDIF). 26% de fuites en 1989 (date signature contrat affermage) ; 20% 21 ans après, non ce n‘est pas acceptable pour un délégataire qui se présente comme l’opérateur privilégié des collectivités, tellement privilégié dans notre ville et maintenant agglomération que 72% du prix de l’eau va dans la poche de Véolia, alors que la moyenne est de 50%, ce qui est déjà beaucoup !
Autre point fort intéressant paru dans Harmonie, le Pôle compétitivité de l’eau. Evidemment, nous nous réjouissons de la mise en place d’un tel pôle de recherche sur un bien aussi noble et essentiel que l’eau. Mais là où le bât blesse, c’est l’organisation que j’estime douteuse du partenariat Public-Privé . En effet, Suez Environnement, Egis Eau, Nestlé Waters, Danone, et d’autres multinationales se regroupent au sein de ce pôle avec à leur tête le directeur régional de Véolia : Mr Jean Pierre Buchoud, interview retranscris dans Harmonie. Ces entreprises privées comptent parmi les plus puissantes sur le plan mondial, et certaines ont été sujettes à des dérives éthiques par le passé. Dans ce secteur de l’eau, bien commun et vital de l’humanité, associer ces entreprises et les équipes universitaires aboutit à mettre sous tutelle privée la gestion de l’eau. Il y a largement de quoi s’interroger sur les possibles conflits d’intérêt : les intérêts particuliers des entreprises ne vont-ils pas guider les recherches menées par les équipes de Montpellier ? voilà un débat qui mérite d’être posé.
Dernier point enfin : dans le rapport financier du délégataire, on note que les produits de traitement ont baissé de 19% -tant mieux- et les analyses de 43%, et là je m’inquiète. En effet, on note également que l’achat d’eau à BRL a augmenté de 27% en 2009, alors même que les analyses se réduisent ; quand on sait la déplorable qualité de l’eau du Bas Rhône, il y a de quoi se faire du souci. Est-ce la volonté du délégataire de faire des économies sur ce poste ?
Tous ces points nous rendent encore plus dubitatifs quant à une gestion transparente, démocratique de l’eau à Montpellier et dans l’agglo si elle reste aux mains d’une multinationale dont les intérêts financiers et économiques ont parfois peu à voir avec l’intérêt général. Nous voterons donc contre ce rapport tout comme nous sommes contre le principe de déléguer à un opérateur privé la gestion de l’eau.