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PRIVATISATION DANS LE MONDE
KENYA : LA FAMINE PAR LA CORRUPTION Nous sommes une Terre assoiffée de promesses videsAlors que le nord du Kenya subit la plus grave sécheresse depuis 20 ans, les citoyens pointent la corruption du Gouvernement
NAIVASHA, le Kenya -
Sur le bord d'une petite route sèche de campagne pleines d'ornières, Marie Ciira, 25 ans, travaille vite sous le soleil chaud pour vendre ses mangues aux passants. Les perles de sueur roulent sur son front alors qu'elle explique comment elle essaye de gagner assez d'argent pour déplacer sa famille du nord du pays, où la sécheresse a asséché les rivières, a transformé les champs verts en poussière et a laissé quelques 3.5 millions de Kenyans dans la famine. Ciira, une diplômé d'université au chômage, explique qu'elle n'a jamais pensé que sa famille puisse aussi désespérément avoir besoin de son aide. Pourtant elle avait mis sa confiance dans le Président Mwai Kibaki, élu en 2002 sur des promesses de lutte contre la corruption, de développement d'emplois et d'aides aux fermiers du Nord souvent négligés. Mais ces promesses se sont évaporées. Le gouvernement kenyan peut à peine se permettre d'alimenter ses citoyens affamés, encore moins tenir ses engagements de campagne, en grande partie parce que des differentes administrations, l'une après l'autre, passées ou présentes, ont pillé la trésorerie du pays révélés dans des scandales de corruption. Nous sommes une terre assoiffée de promesses vides
D'autres pays connaissent des épisodes de sécheresse et vous ne voyez jamais leur peuple mourir," remarque Ciira dans cette ville située à 50 milles de Nairobi au nord-ouest. Alors qu'elle parle, des gens se réunissent autour d'elle, quelques copies d'un des quotidiens du Kenya, la Nation, à la main, avec la diffusion sur trois pages détaillant les plus grands scandales.
"Regardez-nous vendant des fruits aux intersections quand nos leaders remplissent leurs nids et leurs estomacs," s'écrit-elle. "Bien sûr, je suis rempli de larmes." La semaine dernière, des détails spectaculaires de deux des plus grands scandales qui ont impliqué des fonctionnaires de haut niveau, ont révélé qu' un total de 1.3 milliards de $ avaient été détourné des fonds publics, qui devait servir, d'après la rumeur, à l'irrigation et aux projets de route pour aider à protéger les fermiers des effets dévastateurs de la sécheresse qui se reproduit. Alors que la sécheresse la plus mauvaise qu'ait connu le pays depuis 20 ans sévit, beaucoup de Kenyans blâment, pour leur sinistre situation, la corruption gouvernementale et non Mère nature. La crise met en évidence la façon dont la fraude gouvernementale et une mauvaise gestion peuvent empirer et, dans quelques cas même, créent des famines. Vendredi, des milliers de Kenyans ont protesté dans les rues de Nairobi, la capitale, exigeant la démission des fonctionnaires liés aux scandales. "Notre argent, notre argent! Mettez à la porte nos leaders," ont-ils crié du Parc central d'Uhuru. "Personne ne blâme le gouvernement de la sécheresse, mais il est coupable de cette situation de famine," a dit Billows Kerrow, un député d'opposition, dans un interview du magazine "le Tambour", dont la couverture la semaine dernière s'intitulait "la Famine : un Désastre Artificiel ?" Dans la controverse la plus récente, connue comme "le scandale du bail anglais", on a attribué plus de 300 millions de $ dans des contrats pour des passeports à l'épreuve de contrefaçons, des laboratoires légaux modernes et d'autres projets afin d'améliorer la sécurité. Mais l'argent a disparu et les membres supérieurs de la présidence ont été accusés d'avoir mis ces fonds dans leurs poches . L'ancien tsar de l'anti-corruption du pays, John Githongo, a secrètement enregistré une conversation dans laquelle il explique qu'un ministre de haut niveau a essayé de bloquer l'enquête dans les millions disparus. Dans l'enregistrement, que Githongo a récemment donné à la B.B.C., un homme essaye de ralentir l'enquête et dit à Githongo que le remboursement du prêt que son père a reçu d'un représentant gouvernemental "pourrait aller lentement, si vous allez lentement sur l'enquête." Githongo s'est enfui en Grande-Bretagne et a quitté son travail l'année dernière après avoir reçu des menaces mortelles. Les révélations sont arrivées alors que le Programme Mondial d'Alimentation de l'ONU commençait instamment à lancer un appel pour obtenir 225 millions de $ d'aide alimentaire. "C'est en réalité une bonne chose pour le pays" d'après Killian Lugwe, 40 ans, directeur d'hôtel. "Nous sommes entrain de compter tous ces millions volés en regardant ceux qui souffrent au Nord. Nous devons nous insurger contre cela et supporter ces douleurs pour nettoyer le Kenya. Peut-être alors, les prochains leaders y penseront à deux fois avant de voler." Après que les bandes ont été rendues publiques, le gouvernement Kibaki a rendu public un rapport attendu depuis longtemps sur un cas de corruption des années 1990, impliquant des fonctionnaires des gouvernements précédents et actuels. Dans ce scandale, l'affaire Goldenberg, l'argent des contribuables a été utilisé pour des sociétés bidons pour financer l' export de diamants et d'or kenyans inexistants. Le pays a perdu des centaines de millions de dollars payés à Goldenberg International, une fausse société kenyane. Dans les dernières semaines, trois fonctionnaires kenyans ont démissionné, tout en se disant innocents, mais pour laver leur honneur. En même temps, deux fils de l'ancien président Daniel arap Moi, un leader autocratique et corrompu qui a gouverné le pays pendant plus de deux décennies, et 20 fonctionnaires ont été aussi impliqués dans le l'affaire Goldenberg et ont été forcé de rendre leurs passeports et leurs armes à feu. La corruption
Dans la plupart des pays africains, la corruption est le premier souci des citoyens ordinaires, beaucoup vivent dans l'extrême pauvreté tandis que leurs leaders politiques conduisent des voitures de luxe, profitent d'hélicoptères personnels et vivent dans des villas gigantesques. Le problème est aigu au Kenya, où l'agriculture de subsistance est un mode de vie pour la majorité de la population et où juste une saison sans pluie peut signifier l e développement de la famine.
"Ces endroits au Kenya ressemblent à des zones de guerre. Je n'ai jamais vu autant d'animaux morts. Et il n'y a aucune raison à cela. Chaque ministre devrait dépenser l'argent de l'Etat à des projets de développement pour ses citoyens ," dit Tony Hall, l'ambassadeur américain à l'ONU, L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation, l'agriculture et le Programme d'Alimentation dans le Monde, et qui récemment visitait les secteurs les plus touchés par la sécheresse. "Ils ont certainement obtenu de l'argent ici. Les Kenyans ont le droit d'être mécontents et d'exiger tout ce qui est nécessaire pour que des millions d'entre eux ne souffrent pas de la faim tandis qu'il y a une corruption massive." Les groupes d'entraide disent qu'au moins 40 personnes sont mortes au Kenya à cause des maladies liée à la famine. Au Nord du pays et l'Est, 3/5 des enfants est sous-alimenté, un chiffre qui a triplé par rapport à la situation habituelle dans ces régions. Les troupeaux de bétail de la région - le stock de survie pour la plupart des familles - ont diminué de 70% à certains endroits, laissant plus d'un quart de millions de carcasses de vaches, de chèvres et même de chameaux, d'habitude plus résistants, pourrir au soleil. Dans un interview à Nairobi, le Colonel Shem Amadi, le directeur du Centre national des Opérations pour le bureau du Président, a expliqué que le pays cumulait les problèmes datant de l'ère "Moi". "Chaque jour, les Kenyans se réveillent et comparent 24 ans de règles à un système qui a seulement trois ans,"justifie Amadi, qui a aidé à coordonner des vols militaires pour livrer l'aide alimentaire. "Ce qui arrive aujourd'hui, au Kenya, s'est accumulé pendant des décennies. Il y a eu un écroulement des infrastructures, des changements météorologiques et le SIDA; on ne peut pas tout imputer à la corruption. Mais nous savons qu'elle est là et qu'il nous faut faire mieux pour protéger les moins chanceux." Le Kenya a le plus grand nombre de personnes dans le besoin en Afrique orientale, le manque d'eau et presque 15 ans de conflit armé en Somalie ont mis 1.7 millions de personnes dans le besoin d'aide alimentaire. En Ethiopie, ces 1.75 millions de personnes qui sont dans le besoin d'aide alimentaire avec 60 000 à Djibouti, selon le Programme d'Alimentation du Monde. Pour Peter Smerdon, le porte-parole du Programme Mondial d'Alimentation à Nairobi, si les appels aux dons restent sans réponse, le Kenya pourra se transformer en un autre Niger, où l'aide est arrivée seulement après un nombre très élevé de morts. "Nous devons exiger des projets d'irrigation et alimenter tout de suite ceux qui sont dans le besoin," rappelle Brendan Cox, le coordonnateur des secours pour Oxfam International, qui a travaillé dans les régions affectées. "Si la réponse n'est pas adéquate, cela pourrait être le plus grave manque d'alimentation de l'histoire moderne du Kenya. Ce qui est triste, c'est nous n'aurions jamais dû connaitre cette situation." Traduction bénévole Source : Le Washington Post Jeudi 23 Février 2006
Vendredi 31 Mars 2006
Par Emily Wax
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