Depuis la directive européenne de 1991, qui oblige les agglomérations à traiter toutes leurs eaux usées, l'Espagne figure parmi les pires élèves. Bruxelles, qui multiplie les rodomontades, a détecté à maints endroits une présence croissante de résidus organiques qui menace l'équilibre environnemental.
Après de longues années de réglementations ignorées par nombre de municipalités, Madrid n'a pu satisfaire le délai fixé en 2006. Si bien qu'aujourd'hui, alors que 18 000 versements d'eaux usées ne sont pas traités à l'échelle nationale, il paraît quasi impossible de respecter le calendrier communautaire obligeant à une «tolérance zéro» d'ici à 2015.
Le gouvernement de José Luis Zapatero a certes prévu d'injecter 17,5 milliards d'euros pour pallier ces carences, mais la plupart des spécialistes se disent pessimistes. D'autant que, souligne l'Agence andalouse de l'eau (AAA), les petites municipalités, ne bénéficiant pas d'aides financières, ne peuvent faire face à de tels frais. «Ce sont des dépenses impopulaires, car le traitement accroît le prix de l'eau», explique un responsable de l'AAA.
La mauvaise volonté des administrations locales n'est pas seule en cause. Depuis 2000, l'Espagne voit construire sur son sol environ 600 000 logements à l'année, soit davantage qu'en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne réunis. Une croissance vertigineuse du bâtiment et des travaux publics, due à la fois à l'immigration (4 millions d'étrangers en une décennie), au massif investissement espagnol dans la pierre, et à l'installation de centaines de milliers de Nord-Européens. On compte ici quelque 160 résidences secondaires pour mille habitants, soit deux fois plus que la moyenne communautaire.