Danielle Mitterrand, présidente de France Libertés, lance samedi 5 juin la campagne des porteurs d’eau
D'où vient votre engagement en faveur de l’eau ?
Au départ, je me concentrais sur la défense du droit des peuples. Mais j’ai compris qu’il fallait se pencher au préalable sur la question de la vie, donc de l’eau. L’eau donne la vie et permet de la perpétrer, dont on ne peut pas la commercialiser. La politique actuelle de la gestion de l’eau tourne autour de la rentabilité. C’est un bien commun du vivant. Moralement et éthiquement, on ne peut pas faire de cette ressource un profit au détriment de la vie des autres.
Dans les ateliers des forums sociaux mondiaux, qui ont commencé à Porto Allegre en 2000, nous sous sommes mis d’accord sur une charte, signée à Caracas en 2006. Elle précise que l’eau n’est pas une marchandise, qu’elle doit être rendue dans un bon état pour les générations à venir, qu’elle doit être gérée par le service public dans le souci de l’intérêt général, et qu’elle est un droit de l’homme. Ce sont les principes de ceux qui adhèrent aux porteurs d’eau.
Vous lancez une campagne ce samedi, à l’occasion de la journée mondiale de l’environnement. De quoi s’agit-il ?
Pour se reconnaître, on a eu l’idée de créer un objet symbole, dessiné par Philippe Starck. On l’a appelé la feuille d’eau. Ce n’est pas une bouteille, mais un parallélépipède biseauté, à glisser dans sa poche ou son sac. C‘est un objet pérenne, qui répond aussi à la lutte contre les déchets en plastique. Elle est vendue 5 euros dans les magasins Agnès B. et sur le site de France Libertés pour financer les projets et initiatives qui respectent cette charte.
En chiffres
• 1,5 milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable
• 34 000 personnes, dont 5 000 enfants, meurent chaque jour du manque d'eau potable
• 2,6 milliards de personnes n'ont pas accès à un service d'assainissement
(Source : France Libertés)
En quoi consiste l’engagement d’être porteur d’eau ?
C’est plus qu’un symbole, cela implique votre responsabilité citoyenne. On peut adhérer aux porters d’eau à titre individuel, mais on accueille aussi des associations, comme la Ligue de l’enseignement, des Régions, des conseils généraux, des municipalités. Chaque fois que vous entreprenez quelque chose, il faut veiller à ce que cela n’aille pas à l’encontre de la charte. Par exemple, ce qui se passe en Louisiane, les poissons, les oiseaux qui meurent, c’est parce qu’on ne respecte pas l’eau. Pour le pétrole, on abandonne toute précaution.
Pensez-vous que l’eau doit être gratuite ?
La vie est gratuite, vous ne l’avez pas achetée. Pourquoi acheter de l’eau, qui est un élément constitutif de la vie, comme l’air, la terre, la lumière ? Un jour, il y aura bien un petit malin qui vendra de l’oxygène. L’eau, H2O, n’a pas de prix, mais le service, lui, a un prix. Une bonne gouvernance devrait donner un service gratuit pour quarante litres d’eau par jour et par personne, ce qui est la quantité recommandée par l’OMS. Ensuite, elle serait facturée. Actuellement, l’aberration, c’est que plus on dépense d’eau, pour l’agriculture ou l’industrie, moins on la paie.
Quels sont les pays où le problème de l’eau se pose avec le plus de force ?
Partout. Même quand il y en a beaucoup, l’eau est de plus en plus polluée, donc inutilisable. Un fleuve peut traverser huit ou neuf pays. Les sources de l’Himalaya irriguent toute l’Asie du Sud-Est. On ne peut pas traiter le problème en s’arrêtant aux frontières. L’eau est libre et universelle. Plus elle sera polluée, plus les conflits seront exacerbés. Dans certains endroits, elle disparaît, car si on irrigue els champs, le pays en aval n’a plus d’eau. C’est le grave problème qui se passe autour du Nil, ou du Jourdain et qui alimente le conflit israélo-palestinien. Je reviens du Brésil, où il y a énormément d’eau. Mais au barrage d’Itaïpu, il y a un véritable problème de pollution.
En 2012, un forum mondial de l’eau est organisé à Marseille. Qu’en attendez-vous ?
Nous considérons qu’il n’est pas légitime, car il n’a aucun mandat de l’ONU et n’est pas composé d’élus. C’est simplement une foire, un club de businessmen. Nous voulons une instance mondiale indépendante qui ait une observation universelle e la ressource pour un partage équitable.
Plus d'infos sur le site de la fondation France Libertés.
http://www.developpementdurable.com/technologie/2010/06/B4937/ile-de-france-les-poissons-de-la-seine-pollues-aux-pcb.html