Pour télécharger le dossier en PDF CLIQUEZ ICILorsque survient une catastrophe, les victimes reçoivent en priorité des soins
médicaux, de l’eau potable, de la nourriture et un abri. Tout le monde s’accorde à
reconnaître que les soins médicaux, la nourriture et le logement relèvent des droits
économiques et sociaux dont chacun devrait disposer mais il existe encore des
personnes pour s’interroger sur la nature de l’accès à l’eau. Peut-on douter
aujourd'hui de l’existence du droit à l’eau ? Peut-on dissocier raisonnablement l’eau
des autres biens et services essentiels ?
Le droit à l’eau reflète une réalité incontestable : sans eau, pas de vie. S’il
existe un droit à la nourriture, il doit aussi exister un droit à l’eau. Pour mettre en
œuvre le droit à la santé, l’accès à l’eau potable est autant nécessaire que l’accès aux
médicaments.
Selon la Charte sociale de l’eau adoptée par l’Académie de l’eau en 2000, le
droit à l’eau est un droit imprescriptible, mais qui implique aussi des devoirs et même
des obligations :
- - Obligation de protection. L’eau, ressource naturelle précieuse, doit être
protégée contre le gaspillage et la pollution et préservée pour les générations future
et son usage s’effectuer dans de bonnes conditions d’hygiène.
- - Obligation de partage. L’eau, bien commun, doit être répartie entre tous et
disponible pour chacun.
- - Obligation de paiement. Les coûts des services de l’eau doivent être
couverts de façon pérenne par un effort de chacun selon le principe que « l’eau paye
l’eau ».
- - Obligation de solidarité. Les coûts de l’eau ne doivent pas être un obstacle
à l’accès à l’eau. Aussi faut-il les répartir de manière équitable entre riches et pauvres
grâce à la solidarité entre tous.
La communauté mondiale s’est engagée à réduire la proportion de personnes
sans accès à l’eau. A cette fin, elle se mobilise pour apporter l’eau partout où elle
manque et où les moyens financiers font défaut, car les objectifs de Johannesburg
ont été adoptés dans le cadre d’une action collective.
Ceux qui bénéficient de l’eau à leur robinet doivent penser à ceux qui n’ont ni
robinet, ni eau salubre. A cet effet, ne pourrait-on introduire au plan national ou
européen des mécanismes de financement novateurs ? Chaque facture d’eau pourrait
comporter une petite contribution pour l’accès à l’eau des personnes défavorisées
(de la même manière que, sur chaque facture d’électricité, il y a désormais en France
une contribution au service public de l’électricité). Cette contribution garantirait
l’eau aux concitoyens les plus démunis et favoriserait l’accès à l’eau aux populations
les plus misérables dans les pays pauvres.
Pour que cette mesure de solidarité puisse être mise en œuvre, de nombreuses
dispositions législatives doivent être revues de sorte que le droit à l’eau devienne
une réalité conformément à la proposition du Président Jacques Chirac demandant
que “l’accès à l’eau soit reconnu comme un droit fondamental”.
Le nouveau rapport de Henri Smets vise à montrer quelles sont les
incidences juridiques qu’implique la reconnaissance du droit à l’eau en droit interne
en se fondant sur un examen de la pratique des États dans ce domaine. L’Académie
de l’eau forme le souhait que cette étude contribue à une meilleure compréhension
de la portée du droit à l’eau. Elle remercie vivement Henri Smets pour ses analyses
des mesures qui contribuent à rendre l’eau accessible à tous en qualité et en
quantité.
Rendre justiciable le droit à l’eau devrait faire disparaître des situations
déplorables qui portent atteinte à la dignité de l’homme.
Pr. Marc Gentilini
Président de l’Académie de l’Eau
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