Pour ne pas augmenter le prix de l’eau, la Ville envisage de passer en régie directe en douceur. Et espère une mutualisation avec les communes de l’agglo.
Les élus de la majorité estiment trop coûteux de passer immédiatement en régie directe. La mutualisation des moyens avec d'autres communes est une piste que va explorer la ville.
" Saint-Pierre sera un exemple "
Comme l'avait promis Marie-France Beaufils lors du dernier débat sur l'eau, elle est revenue vers les habitants de Saint-Pierre-des-Corps, hier soir, avec les conclusions fournies par les multiples réflexions et consultations auprès des experts (lire ci-dessous). Certes, « prendre en régie la gestion de l'eau potable était l'un de mes engagements », a rappelé Marie-France Beaufils. Mais comment s'y prendre ?
Si la décision finale n'a pas été prise hier soir – il faut attendre le prochain conseil municipal – les élus ont présenté une option qui devrait être mise en place à partir de janvier 2013 : la prise en charge de certaines missions en direct (ex. : facturation de l'eau, conseils auprès des usagers…) tout en confiant les autres tâches à des entreprises à partir de marchés publics. Un système transitoire qui pourrait se maintenir dans les trois prochaines années.
Le prix de l'eau. Les élus de la majorité ont fait leurs calculs. Passer en régie directe du jour au lendemain, c'est coûteux. « Il faut accueillir les habitants, relever les compteurs, intervenir, organiser les astreintes… » Et, surtout, « il nous faut sept personnes et un responsable, c'est la part la plus importante du budget. »
La démarche transitoire retenue par la municipalité permet de ne pas augmenter le prix de l'eau. Nouveauté : la ville projette une nouvelle tarification en trois tranches : de 0 à 40 m3, de 40 à 120 m3 et au-delà de 120 m3.
> Une régie intercommunale ? Dans l'assistance, l'option envisagée par la ville séduit, même si, pour certains, il aurait fallu se diriger plus tôt et plus rapidement vers une régie directe : « Il faut aller voir François Hollande et lui demander un grand service public de l'eau. »
Marie-France Beaufils réfléchit également à la possibilité de mutualiser les moyens avec les autres communes de l'agglomération, dont les délégations de service public vont arriver à leur terme en 2015, 2016: « Elles ont tout à gagner de passer en régie à leur tour. »
Pascaline Mesnage
" Saint-Pierre sera un exemple "
Jean-Luc Touly, à mi-temps à la fondation France Libertés, et à mi-temps chez… Véolia.
Conseiller régional Vert d'Ile-de-France, responsable du secteur eau au sein de la Fondation France Libertés, Jean-Luc Touly est la figure de proue du combat pour la mise en place des régies publiques de l'eau.
Le 13 juin, au Sénat, il a rencontré Marie-France Beaufils, sénatrice-maire de Saint-Pierre-des-Corps. Les arguments qu'il a déroulés en faveur de la régie publique ont pesé de tout leur poids dans la décision annoncée hier soir par Marie-France Beaufils. Interview.
Qu'avez-vous expliqué au maire ?
« Je savais que Marie-France Beaufils était très attachée à la question du prix de l'eau car elle dirige une ville où il y a de nombreux habitants très modestes. Or, pour convaincre les municipalités de poursuivre les délégations, Véolia casse les prix.
« J'ai argumenté en disant que, si Saint-Pierre mettait en place une régie à marchés publics, avec des appels d'offres pour des marchés à durée plus courte, de deux ou trois ans, Véolia pouvait postuler pour ces marchés.
« J'ai dit qu'il y avait peu de risques que, d'un seul coup, Véolia se mette à proposer des prix beaucoup plus élevés que ceux qu'elle proposait dans le cadre de la délégation de service public (DSP) qui sont des contrats signés pour douze ans. »
Encore récemment, Marie-France Beaufils était très hésitante. Comment expliquez-vous ce revirement ?
« La population de Saint-Pierre semble attentive à cette question. D'ailleurs, la pétition en faveur d'une municipalisation de l'eau lancée par les élus d'Arial-les Verts et du NPA a reçu un écho très favorable.
« D'autre part, le ralliement des élus PS, membres de la majorité, en faveur de la municipalisation, a eu un poids très important. Politiquement, Marie-France Beaufils n'avait pas intérêt à renouveler le contrat avec Véolia, deux ans avant les municipales. »
La décision de Saint-Pierre-des-Corps peut-elle avoir des conséquences ailleurs ?
« Certainement. Si Saint-Pierre abandonne vraiment la DSP, à six mois de la fin du contrat, ce sera un exemple. Cela peut peser lourdement, car beaucoup de délégations de service public vont arriver à échéance, dans plusieurs villes, d'ici trois ou quatre ans. » (NDLR : dans l'agglomération tourangelle, c'est le cas de Joué, notamment, où la DSP prend fin en 2015).
dates-clés
Depuis 2005, l'élu d'Arial-les Verts de Saint-Pierre-des-Corps réclame un retour en régie municipale du service de l'eau potable. En 2008, il est rejoint sur ce point par l'élu du NPA 100 % à gauche.
En 2008, Marie-France Beaufils s'engage à étudier la question.
Décembre 2010 : création de la commission municipale de l'eau.
2011 : rachat, par la Ville de Saint-Pierre, de tous les compteurs d'eau ; en été, signature d'un avenant d'un an au contrat de délégation de service public avec Véolia qui devait se terminer initialement fin 2011, pour « prendre le temps de la réflexion ».
Février 2012 : le PS se rallie au principe de la régie municipale.
Mars 2012 : Marie-France Beaufils a refusé le référendum local sur la question de l'eau potable, réclamé par les élus d'Arial et du NPA.
profil
Jean-Luc Touly, 58 ans. Employé chez Véolia, qui le licencie en 2006 pour déloyauté.
Véolia doit le réintégrer en 2010.
A écrit : « L'Argent noir des syndicats », avec Roger Lenglet et Christophe Mongermont, (Fayard, 2008) et « L'Eau desmultinationales : Les vérités inavouables », avec Roger Lenglet (Fayard 2006).
Recueilli par Magalie Basset
Les élus de la majorité estiment trop coûteux de passer immédiatement en régie directe. La mutualisation des moyens avec d'autres communes est une piste que va explorer la ville.
" Saint-Pierre sera un exemple "
Comme l'avait promis Marie-France Beaufils lors du dernier débat sur l'eau, elle est revenue vers les habitants de Saint-Pierre-des-Corps, hier soir, avec les conclusions fournies par les multiples réflexions et consultations auprès des experts (lire ci-dessous). Certes, « prendre en régie la gestion de l'eau potable était l'un de mes engagements », a rappelé Marie-France Beaufils. Mais comment s'y prendre ?
Si la décision finale n'a pas été prise hier soir – il faut attendre le prochain conseil municipal – les élus ont présenté une option qui devrait être mise en place à partir de janvier 2013 : la prise en charge de certaines missions en direct (ex. : facturation de l'eau, conseils auprès des usagers…) tout en confiant les autres tâches à des entreprises à partir de marchés publics. Un système transitoire qui pourrait se maintenir dans les trois prochaines années.
Le prix de l'eau. Les élus de la majorité ont fait leurs calculs. Passer en régie directe du jour au lendemain, c'est coûteux. « Il faut accueillir les habitants, relever les compteurs, intervenir, organiser les astreintes… » Et, surtout, « il nous faut sept personnes et un responsable, c'est la part la plus importante du budget. »
La démarche transitoire retenue par la municipalité permet de ne pas augmenter le prix de l'eau. Nouveauté : la ville projette une nouvelle tarification en trois tranches : de 0 à 40 m3, de 40 à 120 m3 et au-delà de 120 m3.
> Une régie intercommunale ? Dans l'assistance, l'option envisagée par la ville séduit, même si, pour certains, il aurait fallu se diriger plus tôt et plus rapidement vers une régie directe : « Il faut aller voir François Hollande et lui demander un grand service public de l'eau. »
Marie-France Beaufils réfléchit également à la possibilité de mutualiser les moyens avec les autres communes de l'agglomération, dont les délégations de service public vont arriver à leur terme en 2015, 2016: « Elles ont tout à gagner de passer en régie à leur tour. »
Pascaline Mesnage
" Saint-Pierre sera un exemple "
Jean-Luc Touly, à mi-temps à la fondation France Libertés, et à mi-temps chez… Véolia.
Conseiller régional Vert d'Ile-de-France, responsable du secteur eau au sein de la Fondation France Libertés, Jean-Luc Touly est la figure de proue du combat pour la mise en place des régies publiques de l'eau.
Le 13 juin, au Sénat, il a rencontré Marie-France Beaufils, sénatrice-maire de Saint-Pierre-des-Corps. Les arguments qu'il a déroulés en faveur de la régie publique ont pesé de tout leur poids dans la décision annoncée hier soir par Marie-France Beaufils. Interview.
Qu'avez-vous expliqué au maire ?
« Je savais que Marie-France Beaufils était très attachée à la question du prix de l'eau car elle dirige une ville où il y a de nombreux habitants très modestes. Or, pour convaincre les municipalités de poursuivre les délégations, Véolia casse les prix.
« J'ai argumenté en disant que, si Saint-Pierre mettait en place une régie à marchés publics, avec des appels d'offres pour des marchés à durée plus courte, de deux ou trois ans, Véolia pouvait postuler pour ces marchés.
« J'ai dit qu'il y avait peu de risques que, d'un seul coup, Véolia se mette à proposer des prix beaucoup plus élevés que ceux qu'elle proposait dans le cadre de la délégation de service public (DSP) qui sont des contrats signés pour douze ans. »
Encore récemment, Marie-France Beaufils était très hésitante. Comment expliquez-vous ce revirement ?
« La population de Saint-Pierre semble attentive à cette question. D'ailleurs, la pétition en faveur d'une municipalisation de l'eau lancée par les élus d'Arial-les Verts et du NPA a reçu un écho très favorable.
« D'autre part, le ralliement des élus PS, membres de la majorité, en faveur de la municipalisation, a eu un poids très important. Politiquement, Marie-France Beaufils n'avait pas intérêt à renouveler le contrat avec Véolia, deux ans avant les municipales. »
La décision de Saint-Pierre-des-Corps peut-elle avoir des conséquences ailleurs ?
« Certainement. Si Saint-Pierre abandonne vraiment la DSP, à six mois de la fin du contrat, ce sera un exemple. Cela peut peser lourdement, car beaucoup de délégations de service public vont arriver à échéance, dans plusieurs villes, d'ici trois ou quatre ans. » (NDLR : dans l'agglomération tourangelle, c'est le cas de Joué, notamment, où la DSP prend fin en 2015).
dates-clés
Depuis 2005, l'élu d'Arial-les Verts de Saint-Pierre-des-Corps réclame un retour en régie municipale du service de l'eau potable. En 2008, il est rejoint sur ce point par l'élu du NPA 100 % à gauche.
En 2008, Marie-France Beaufils s'engage à étudier la question.
Décembre 2010 : création de la commission municipale de l'eau.
2011 : rachat, par la Ville de Saint-Pierre, de tous les compteurs d'eau ; en été, signature d'un avenant d'un an au contrat de délégation de service public avec Véolia qui devait se terminer initialement fin 2011, pour « prendre le temps de la réflexion ».
Février 2012 : le PS se rallie au principe de la régie municipale.
Mars 2012 : Marie-France Beaufils a refusé le référendum local sur la question de l'eau potable, réclamé par les élus d'Arial et du NPA.
profil
Jean-Luc Touly, 58 ans. Employé chez Véolia, qui le licencie en 2006 pour déloyauté.
Véolia doit le réintégrer en 2010.
A écrit : « L'Argent noir des syndicats », avec Roger Lenglet et Christophe Mongermont, (Fayard, 2008) et « L'Eau desmultinationales : Les vérités inavouables », avec Roger Lenglet (Fayard 2006).
Recueilli par Magalie Basset

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