|
|
||
La fronde des Comités de bassinL’adoption du 9ème Programme pluriannuel d’intervention (PPI 2007-2012) par les 6 Comités de bassin français, qui jouent le rôle de néo-parlements locaux de l’eau depuis leur création en 1964, vient de susciter des mouvements de contestation sans précédent. Après les remous qu’a connu le Comité de bassin Loire-Bretagne le 30 novembre dernier, l’Agence de l’eau et le Comité de bassin Rhône-Méditerranée-Corse ont également vécu des journées agitées les 7 et 8 décembre 2006.
En dépit de la vulgate officielle chacune des 6 Agences de l’eau française a de longue date forgé sa doctrine, et aménagé ses pratiques, parfois sensiblement éloignées des grandes orientations impulsées par Paris.
Ainsi le bassin Rhône Méditerranée Corse, et dans une moindre mesure le bassin Adour-Garonne, ont-ils plus fortement que leurs homologues pris à bras le corps les préceptes de la seconde loi sur l’eau de 1992. Passant d’une logique de moyens, et de construction d’ouvrages, à une logique d’anticipation de l’impact des politiques publiques sur les milieux aquatiques. En conséquence Rhône-Méditerranée-Corse et Adour-Garonne ont d’ailleurs éprouvé dès 2003 les conséquences d’une « réforme » anticipée. Soit une redéfinition imposée aux forceps de leurs missions et de leurs modes d’intervention, à moyens constants, qui a définitivement tranché deux points fondamentaux. Les règles d’aide ont été territorialisées et les crédits d’intervention ont été dévolus aux délégations régionales de l’Agence. EauRMC présente aussi une autre particularité : l’emprise des distributeurs d’eau y est moins prégnante qu’ailleurs, et notamment qu’à l’AESN (1) … A contrario, les industriels y ont longtemps pesé de tout leur poids, celui du fameux « couloir de la chimie » rhône-alpin… Ils y ont donc défendu becs et ongles les intérêts des grandes implantations chimiques de Lyon Sud, de la moyenne vallée du Rhône, de Grenoble Sud, de Fos-Lavera… au sein du collège « usagers » du Comité de bassin. Mais depuis quelques années les industriels apparaissent en recul au bénéfice des agriculteurs. Et surtout, élément majeur et principal point d’achoppement pour l’avenir, le problème de la gestion quantitative de la ressource en milieu méditerranéen dessine déjà les contours d’un affrontement croissant entre la « technostructure » de l’Agence, qui se sent peu ou prou abandonnée en rase campagne par ses autorités de tutelle, et le « lobby PACA », élus, acteurs économiques et société civile au coude à coude, qui exigent que l’Agence finance les transferts d’eau indispensables au développement économique et urbain du littoral de la Côte d’Azur. Ici on peut déjà voir les prémices d’un scénario « à l’espagnole »… Du coup la politique politicienne a fait une entrée en force au Conseil d’Administration du Comité de bassin, lors de son dernier renouvellement. Le Comité est présidé par le sénateur ardéchois Henri Torre (UMP), maintenu par les voix coalisées du MEDEF et des agriculteurs, coalition qui affronte les collectivités territoriales, majoritairement à gauche. Cette configuration confère au Conseil d’Administration, qui compte 11 élus de gauche, et un(e) représentant corse, toujours absent(e), et qui n’a conféré aucun pouvoir, toute l’allure d’un bateau ivre. De l’aveu d’un participant le fonctionnement des instances est resté en limite permanente de rupture ces dix-huit derniers mois… Du coup l’élaboration du 9ème PPI repose sur deux axes fondamentaux : le passage d’une logique de guichet à une logique de projet, basée sur un zonage fin des milieux récepteurs dans la perspective d’atteinte du bon état des masses d’eau à l’horizon 2015, (ou 2022 ?), une « isofiscalité » à périmètre constant : l’ensemble des nouvelles "missions" se finançant pour l’essentiel sur l’ensemble des recettes issues des nouvelles (ou extensions de) redevances LEMA, ainsi que sur une baisse des grands projets d’assainissement à financer. Il en découle qu’après un vote "à blanc" du 9ème PPI le 26 octobre 2006, qui avait vu un difficile 15 pour/14 contre - dont 13 voix de l’Etat, le vice-président usager, un agriculteur, et le représentant des consommateurs UNAF, puis une commission du programme très difficile avec de véritables oukases d’EDF et des distributeurs d’eau, le Conseil d’Administration de l’Agence du 7 décembre 2006 a été … sportif. Le 9ème PPI y a finalement été adopté, avec une majorité de 20 voix : 13 de l’Etat, et 7 « usagers ». Mais 12 voix l’ont récusé : 10 élus, un représentant du personnel et un APN, tandis que l’on enregistrait plusieurs abstentions d’usagers… Le lendemain, au Comité de bassin, le 9ème Programme a été adopté, à main levée, avec 55 voix favorables, mais 21 votes « non ». Une première ! Il est vrai qu’en un peu plus d’un mois la technostructure de l’Agence a su donner au monde économique les garanties qu’il souhaitait. La séance a carrément revêtu une allure mélodramatique quand le président Torre a solennellement annoncé qu’il démissionnerait si la LEMA ne sortait pas en décembre ! Reste qu’au-delà du passage en force une question demeure ouverte. Le décalage qui subsiste entre ce qui devrait être fait et ce qui va réellement l’être au regard des objectifs de la DCE… Une question particulièrement aigüe pour Eau RMC. Les représentants du MEDEF au sein des différentes instances du bassin, et nul ne pourra les soupçonner de ne pas être informés, s’alarment de plus en plus ouvertement d’une information jusqu’ici demeurée très confidentielle. Hors impact des rejets des centrales nucléaires, la température du Rhône aurait enregistré une augmentation moyenne de près de 3 degrés dans les 10 dernières années… Si cette hypothèse d’un impact, jusqu’ici sous-estimé, voire totalement ignoré, du réchauffement climatique sur l’écosystême du Rhône se vérifie, les conséquences en sont aujourd’hui incalculables. La mise en œuvre du 9ème PPI par Eau RMC, qui va de surcroît se voir amputée de la Corse, promet donc force surprises et rebondissements. A suivre. (1) Sous l’égide de M. André Santini, député-maire d’Issy-les-Moulineaux et président du SEDIF, le 9ème PPI a été adopté le 30 novembre 2006 par le Comité de bassin Seine-Normandie après un vote digne de l’ère Ceausescu. Seules 2 voix, celles d’un élu du Val-de-Marne, et celle de la représentante de l’UFC-Que Choisir, ont refusé un programme qui emporte, en dépit de l’augmentation de la redevance de 27% en 5 ans, un gel brutal du financement de la réhabilitation des réseaux, au profit de la remise aux normes des STEP, légitimé par le retard catastrophique de l’application de la DERU 91. Mercredi 20 Décembre 2006
Mercredi 20 Décembre 2006
Marc Laimé
Lu 1759 fois
Dans la même rubrique :
|
||
|
Mentions légales
Pour une recherche d'articles par thèmes, cliquez sur le mot de votre choix !
actions juridiques
adhésion
affaires troubles
afrique
agriculture
algues bleues
algérie
angleterre
anti-gaspillage
argentine
asie
assainissement
assainissement non collectif
associations
associations en lutte
australie
banque mondiale
barrage
barrages
ben s'mim
bolivie
bordeaux
bretagne
brésil
canada
castres
cge
chili
chine
coca cola
cognac
colloque
colloque 2006
colloques 2006
compteurs
condamnation
contentieux
contrats
contrats en contentieux
corruption
corse
cyanobactéries
danasi
dessalement
droits de l'eau
eau embouteillée
eau potable
edf
enel
film
financements de projets
france-libertés
fuites
fusion
gabon
gestion alternative
grenelle de l'environnement
guerre de l'eau
inde
indonésie
investissement
islande
israel
japon
l'europe de l'eau
las vegas
les antilles
lille
lobby
lobbying
loi oudin santini
loi sur l'eau
luttes
lyon
maladies
mali
manifestations
marché de l'eau
maroc
mauvais rendement
messier
mexico 2006
mexique
mortalité
médicaments
neufchateau
niger
nitrates
nucléaire
observatoire parisien
paris
pascua lama
pauvreté
pauvretés
perou
pollution
pollution de l'eau
pollution de l'eau potable
pollution des nappes
pollution eau potable
pollution minière
pollutions
pollutions agricoles
pollutions de l'eau
pollutions des nappes
pollutions des rivières
pollutions industrielles
portraits
ppp
privatisation
prix de l'eau
proglio
pérou
pétition
que choisir?
que choisir? loi sur l'eau
quebec
quimper
radio
radioactivité
rechauffement climatique
remunicipalisation
renégociation
russie
réchauffement climatique
réunions publiques
santini
saur
sedif
services publics à vendre
solutions
suez
suisse
sécheresse
tentatives remunicipalisation
toulouse
touly
unesco
université de l'eau
uruguay
usa
varages
veolia
veolia orient, l'affaire
vietnam
vivendi
véolia
zimbabwe
écocide
émirats
|
||

Accueil
Ecrire
Contact
Forum
Annuaire
Livres


Une immense goutte d'eau pour le Sud