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Le samedi 6 septembre 2003.
La polémique sur les taux de pesticides contenus dans les bouteilles de Pepsi et de Coca, a mis en lumière le problème des normes appliquées en Inde. Au regard des textes en vigueur, PepsiCo et Coca-Cola ne sont pas dans l’illégalité, malgré les risques sanitaires.
Militant pour l’information du public dans les domaines de la science, de la santé et de l’environnement, le CSE a testé 12 marques de boissons non alcoolisées, fabriquées et distribuées par PepsiCo et The Coca-Cola Company, à la recherche d’éventuelles traces de pesticides (16 organochlorés, 12 organophosphorés et 4 pyréthroïdes de synthèse) abondamment utilisés en Inde. En Europe, la directive 80/778/EEC précise les normes de qualité requise pour l’eau de boisson destinée à une consommation humaine : maximum 0,0001 mg/l par pesticide, pour un total maximum de 0,0005 mg/l (0,0001 mg/l à compter du 25 décembre 2003). L’adoption des normes de l’UE est actuellement à l’étude en Inde, et ce sont elles qui ont servi de référent au CSE : les normes indiennes, édictées par le Bureau of Indian Standards, se contentent de préconiser des résidus de pesticides " en-dessous de seuils détectables "... ce qui, bien entendu, dépend de la technique de détection employée.
La matière première en cause
Publiés en juillet 2003 par l’ONG, les résultats des tests se sont avérés accablants pour quatre pesticides : deux organochlorés, le lindane et le DDT, et deux organophosphorés, le malathion et le chlorpyrifos. 100 % des échantillons contenaient du lindane (jusqu’à 42 fois la norme européenne) et du chloropyrifos (jusqu’à 72 fois la norme), 81 % du DDT (jusqu’à 25 fois la norme) et 97 % du malathion (jusqu’à 196 fois la norme). Le poids moyen total de pesticides était de 0,0180 mg/l (36 fois la norme de l’UE) pour les marques PepsiCo, et de 0,0150 mg/l (30 fois la norme) pour Coca-Cola. Les deux entreprises ont immédiatement réfuté ces accusations (voir(1) ).
Pour le CSE, ces résidus proviennent de l’eau extraite des nappes phréatiques par les usines. La plupart des fabricants utilisent en effet cette eau, gratuite, comme matière première. Les moins regardants la pompent à 30 mètres, les plus précautionneux descendent à 150. Mais les pesticides, infiltrés dans les sols après épandage dans les champs, subsistent à ces profondeurs. L’ONG avait en outre démontré en février leur présence dans plusieurs marques d’eau en bouteilles, fabriquées (pour certaines, par PepsiCo et Coca-Cola) à partir des mêmes eaux souterraines. Seule la nanofiltration à travers de très fines membranes, permet d’épurer l’eau de ses particules en suspension, bactéries, virus et pesticides. Mais son coût élevé la marginalise. Et puisque aucune loi ne leur impose de normes impératives, les fabricants se contentent généralement de microfiltration, de désinfection au chlore ou d’irradiation aux UV.
L’or bleu en péril
Environ 40 % de la population indienne (plus de 400 millions de personnes) n’a pas accès à l’eau potable, et 20 % des urbains n’ont pas l’eau courante. Les Indiens doivent bouillir leur eau pendant 20 minutes, ou installer des purificateurs - à l’efficacité parfois douteuse. Si ce comportement permet d’éradiquer en partie bactéries et microbes, épidémies de diarrhée, dysenterie ou de gastro-entérite se succèdent néanmoins, et il demeure inopérant contre les pesticides et métaux lourds. Il y a quelques années, avant une visite en Inde, le président Clinton s’était d’ailleurs muni d’eau potable en quantité. L’eau et les boissons non alcoolisées en bouteilles représentaient donc, dans l’imaginaire collectif indien, pureté et sécurité sanitaire. Jusqu’à la publication des résultats des tests du CSE, et leur confirmation tempérée par le gouvernement le 21 août. Les appels au boycott et destructions de bouteilles se sont multipliés, les plus extrémistes allant jusqu’à brûler des portraits de stars de Bollywood qui prêtent leur image à PepsiCo et Coca-Cola. Les deux multinationales américaines dominent le marché des boissons non alcoolisées. Au début des années 90, les fabricants se sont massivement tournés vers les marchés émergents du Moyen-Orient, d’Europe de l’Est et d’Asie. PepsiCo a investi l’Inde en 1991, tandis que Coca-Cola, banni du pays en 1977, y est revenu en 1993. En mars 2001, le gouvernement fédéral indien a estimé le marché des boissons non alcoolisées à 1,2 milliard de dollars en valeur, et six milliards et demi de bouteilles en volume. Soit environ six bouteilles par habitant par an, contre 17 au Pakistan ou 21 au Sri Lanka. Le chiffre atteint 50 à Delhi.
Une agriculture intensive, par nécessité
Grande comme six fois la France, l’Inde compte près de 18 fois plus d’habitants. Nourrir tant bien que mal une telle population implique de recourir à une agriculture intensive, appuyée par les fertilisants et pesticides, souvent utilisés sans réel discernement. Le coton, qui n’occupe que 5 % des terres arables, représente ainsi la moitié des pesticides consommés en Inde. Mais ni les fabricants de pesticides, ni le gouvernement, ne prennent en charge la sensibilisation des agriculteurs. L’utilisation de produits biodégradables pourrait pourtant être une solution au problème de l’eau, qu’il faut traiter à la source. " Il ne faut pas avoir peur des pesticides ", a récemment déclaré au quotidien Times of India O.P. Dubey, directeur général adjoint du Conseil indien de recherche agricole. " Grâce à eux, nous sommes autosuffisants en nourriture ". Reste que ces produits présentent des risques pour la santé. Le DDT, toxique et carcinogène, fut interdit dans la plupart des pays occidentaux dès les années 70. Bien que le pays ait ratifié en 2001 une convention internationale prévoyant son interdiction (et celle de 11 autres pesticides, dangereux pour l’environnement), l’Inde en a répandu près de 7 000 tonnes l’an passé. Ses défenseurs allèguent qu’il protége les cultures et permet de contenir les épidémies de typhus et de malaria. Or, les insectes vecteurs de ces maladies ont, à la longue, développé une résistance (prouvée) au DDT, dont l’efficacité devient dès lors relative.