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La surexploitation des nappes et les luxueux hôtels drainent l'or bleu dans la touristique UdaipurJournée mondiale de l'eau - La Cité des Lacs, un paradis en périlL'Inde a connu en 2009 sa pire sécheresse en trente ans, pour cause de mauvaise mousson. Les dieux sont priés de faire pleuvoir cet été, sinon ce sera de nouveau la catastrophe pour de larges segments de la population, surtout ses agriculteurs. Le dernier de deux articles aborde le cas d'Udaipur, un paradis creusé de lacs que l'on cherche à protéger.
Udaipur, Rajasthan — Rajendra Singh Rathore est fonctionnaire au Public Health Engineering Department of Rajasthan. Il travaille au laboratoire d'analyse de la qualité de l'eau pour la région d'Udaipur. «Notre eau est généralement bonne», dit-il, assis parmi des montagnes d'ampoules et d'échantillons. Son laboratoire a l'air sorti des pages de Cent ans de solitude. Toiles d'araignées et fils électriques qui pendent, piles de dossiers empoussiérés, un nid de pigeons perché sur un ventilateur... La nature, combinée à ce détachement tout indien, conserve ses droits, ce qui n'empêche pas les huit employés de la maison de vaquer à leurs occupations.
Udaipur est une ville carte postale de 400 000 habitants dont la population se gonfle, de novembre à février, du passage de plus d'un million de touristes. Invasion économiquement primordiale. Ces derniers partis, on attend maintenant que la prochaine mousson vienne, de juin à septembre, remplir les lacs dont les niveaux baissent dangereusement. Avec impatience. «En 1993, les lacs s'étaient remplis en une nuit, rappelle Rajendra. On a eu d'autres grosses pluies en 2004, mais depuis, pas grand-chose. Les coupures d'eau sont incessantes. Mai et juin sont les mois les plus difficiles.» La pénurie d'eau est actuellement telle au Rajasthan que les autorités gouvernementales ont récemment annoncé que des milliers de villes et de villages, y compris Udaipur, devraient être approvisionnés par citernes. La région a pourtant le bonheur d'être dotée d'infrastructures de distribution exceptionnelles, historiquement choyé par une succession de princes précurseurs en matière de gestion de l'eau. À la fin du XVIe siècle, le prince de l'époque a le bon sens de faire draguer le lac Pichola, autour duquel s'est construit Udaipur, pour en faire une source d'irrigation agricole et d'eau potable pour la population. Cent ans plus tard est aménagé le lac Jaisamand, qui demeure à ce jour le deuxième lac artificiel d'Asie en taille (profondeur atteignant quelque 30 mètres, circonférence d'environ 50 km). À la fin du XIXe siècle est lancé un grand projet par lequel huit lacs, dont ceux de Jaisamand et Pichola, sont aujourd'hui interconnectés par un réseau sophistiqué de canalisations. La valeur de cet héritage est menacée. Non pas seulement à cause de la disette. Mais aussi parce qu'Udaipur, qui s'enorgueillit d'avoir été élue l'année dernière la «meilleure ville» à visiter au monde par la revue Travel & Leisure, est le terrain d'un développement économique sauvage. «Économisez l'eau, sauvez nos lacs, sauvez Udaipur», plaident les affiches de l'Udaipur Lake Conservation Society (ULCS). L'ONG se félicite d'avoir remporté quelques «victoires», si relatives soient-elles. Comme celle d'avoir convaincu les autorités d'agir contre le déversement des eaux d'égout dans le lac Pichola. Il y a six ans encore, six millions de litres d'eaux usées étaient jetés chaque jour dans le lac; le débit de cette pollution aurait été réduit de 60 %. Ce qui n'est pas rien dans le contexte de pollution généralisée des eaux de surface en Inde. Beaucoup reste à faire: des hôtels de luxe, comme l'Oberoi Udaivilas, qui a ouvert ses portes en 2000, et le Leela Palace, inauguré en avril 2009, sont installés à quelques mètres du rivage, au mépris des règlements sur la protection des berges, et siphonnent la ressource à leurs seules fins, dénonce l'ONG. En 2007, la Haute Cour du Rajasthan avait pourtant exigé du gouvernement qu'il prenne des mesures précises pour protéger les lacs. Rien n'a été fait. L'ULCS souligne un problème central: des autorités éminemment corruptibles... Surexploitation des nappes phréatiques Sous les effets réunis des pluies inégales et de la croissance des besoins, les Indiens puisent partout et de plus en plus abondamment dans les nappes phréatiques, au risque de les épuiser. En août dernier, une étude de la revue scientifique Nature établissait qu'en seulement six ans, de 2002 à 2008, les nappes phréatiques avaient diminué de 10 % dans les seules régions de l'Haryana, du Rajasthan et du Pendjab, grenier historique de l'Inde. Les rapports des agences gouvernementales compétentes martèlent qu'il y a risque de surexploitation. Mais en l'absence de contrôles effectifs, les agriculteurs ont foré à l'échelle du pays quelque 19 millions de puits. Or, ces eaux souterraines, qui constituent presque 40 % des ressources d'eau douce du pays, sont lentes à se renouveler. Dans ce contexte, les «guerres de l'eau» que livre l'Inde à ses voisins risquent de s'aiguiser: celle avec le Bangladesh pour le partage des eaux de la rivière Teesta. Les deux gouvernements se rencontraient ces jours-ci pour la première fois en cinq ans pour tenter de trouver un terrain d'entente. La guerre ensuite contre le Pakistan — par-dessus toutes les autres — pour le contrôle des cours d'eau du bassin de l'Hindus. Deux systèmes qui possèdent par ailleurs un important potentiel hydro-électrique. Mardi 23 Mars 2010
Mardi 23 Mars 2010
Guy Taillefer 23 mars 2010 : LE DEVOIR
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