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Le Monde 9 mars L'eau, source de vie ou de profit ?
La gestion de la distribution d'eau est actuellement un sujet de débat important dans toutes les collectivités. La polémique en cours pour la gestion de la distribution d'eau du Sedif (Syndicat des Eaux d'Ile-de-France) n'est que la partie la plus médiatique d'un débat plus profond. Dans ce contexte, le 30 décembre dernier, un collectif militant se créait au sein du PS pour défendre les grandes multinationales de l'eau contre le "procès en sorcellerie" qui leur serait fait au sein du Parti Socialiste. Passons sur le fait que ce collectif rassemble des cadres de ces multinationales, confondant peut-être ainsi lobbyisme et militantisme, pour aborder la question de fond : la gestion de l'eau peut-elle être confiée à un opérateur privé dont le but structurel est la réalisation d'un profit ? Que les grandes multinationales de l'eau aient l'expérience et le savoir-faire de la captation et de la distribution de l'eau, nul n'en doute. Qu'elles fassent mieux que des structures publiques, cela reste à démontrer. Les enquêtes des associations de consommateurs montrent qu'en moyenne, les prix sont supérieurs de 20 à 44% dans les communes qui ont délégué leur service d'eau et d'assainissement au secteur privé ! Quand on sait que 75 % des usagers français regroupés dans 60 % des communes sont alimentés par les 3 multinationales, on mesure l'ampleur de ce surcoût… Qu'elles soient en capacité de proposer une gestion durable de la ressource, il est permis d'en douter, car ces grands groupes n'ont structurellement pas cet objectif. L'objet ici n'est pas de les en blâmer : dans le système capitaliste, ce n'est tout simplement pas leur rôle. Leur rôle, c'est la réalisation d'un profit dans le cadre d'un service lucratif de distribution d'eau. Et c'est là le cœur du problème : l'eau doit-elle être une source de vie ou une source de profit ? Peut-on éthiquement accepter que l'eau serve à enrichir les actionnaires de ces grands groupes (essentiellement, en France, Véolia, Suez et la Saur) ? Surtout quand des familles n'ont pas accès au minimum d'eau nécessaire pour vivre et que cette ressource est loin d'être inépuisable sur la planète. On sait que la désertification continue sa progression et que l'eau se raréfie. Dans le même temps, la consommation progresse structurellement par le double impact de l'augmentation de la population et de la croissance de nos besoins liée, notamment, à notre mode de production alimentaire. Dans ce contexte, aujourd'hui, 1,5 milliards de personnes n'ont pas accès à l'eau potable, 2 milliards n'ont pas d'installation sanitaire et 2,5 milliards consomment de l'eau polluée. Le retour sur l'histoire de cette gestion de l'eau apporte un éclairage intéressant, puisque ce système n'a connu qu'une expansion assez récente hors de France, au moment de la "révolution" conservatrice et néo-libérale des années 80 avec notamment l'attribution du marché de l'eau à des compagnies privées au Royaume-Uni de M. Thatcher et au Chili d'A. Pinochet ! L'argument premier en était donc bien l'idéologie de la suprématie du marché. Alors, s'il doit y avoir un débat sur ce sujet (en France en général et au sein du PS en particulier), et en ce sens nous nous joignons à "à contre courant", nous affirmons aujourd'hui : Que le droit à un minimum d'eau est un droit fondamental et universel, quel que soit son pays ou ses moyens. Nous appelons donc à la mise en place de la gratuité des premières tranches d'eau, financée par une élévation progressive du coût des tranches suivantes et calculée en litre d'eau par individu préservant ainsi les familles nombreuses. Ce principe allie justice sociale et écologique, puisque les gros consommateurs payeront pour ceux qui sont économes de la ressource, le mésusage finançant l'usage. L'Afrique du Sud a déjà constitutionnalisé ce principe, fournissant à sa population 25 litres par personne et par jour. A nous de suivre ce mouvement. Que l'eau est un bien universellement partagé et qu'il ne peut donc faire l'objet d'un quelconque profit. Nous appelons donc à sa gestion par un système de régie publique ou une SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif), permettant d'unir consommateurs et responsables politiques dans une gestion collective et raisonnée de la ressource. Il n'y a dans ces prises de position nul procès ou nulle méfiance a priori, mais une réflexion éthique alliée à un souci pragmatique de répondre à un enjeu planétaire de ce XXIème siècle : gérer l'eau en conciliant justice sociale et écologie. Alexandre Fabry, porte-parole d'Utopia au PS, Nicolas Pagnier, Secrétaire National d'Utopia, Nathalie Perrin-Gilbert, Secrétaire Nationale au Logement, Gérard Poujade, Maire du Séquestre et 1er fédéral du Tarn, Barbara Romagnan, Conseillère générale du Doubs, Géraud Guibert, porte-parole du pôle écologiste, Michèle Fournier-Armand, Vice-Présidente du Conseil Général du Vaucluse, Jean-Marc Vayssouze-Faure, Maire de Cahors et 1er fédéral du Tarn, Fleur Skrivan, Conseillère régionale Provence-Alpes-Cote d'Azur, Jean-Paul Chidiac, membre du Conseil National Mercredi 10 Mars 2010
Mercredi 10 Mars 2010
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