Enfin, selon Pierre Adam, ce tour de vis serait inutile et le cap de 2009 trop rapproché, car « même si on arrêtait toute activité agricole, on n'y arriverait pas ». En effet, « la rivière est alimentée à 56 % par des nappes de profondeur ». Et cette eau-là, même si tous les apports en azote cessaient brusquement, serait encore chargée pendant « cinq à sept ans », le temps que le stock se renouvelle.
Le monde agricole semble uni pour dénoncer un geste brutal de l'État, qui tranche avec une longue tolérance. La directive européenne en question date de 1975. Elle n'a été traduite en droit français que dans les années 1990.
Michel Tanné, élu UDSEA à la Chambre d'agriculture, rappelle que les efforts consentis depuis 10 ans en faveur de l'environnement se sont d'abord faits « sur la base du volontariat ». Même sentiment chez Pierre Adam : « L'État aurait dû réagir plus tôt, nous obliger à des mises aux normes. Qu'il paye les pénalités ». C'est mettre un peu vite de côté les vieilles résistances de la profession. Claude Guiavarc'h, conseiller général de Lannilis s'en prend lui au syndicat majoritaire : « la FDSEA a retardé les dossiers au maximum, dans l'espoir d'un revirement politique ».
Mais même l'association, Eau et Rivières, à l'origine de la plainte à Bruxelles, pour dénoncer le cas de la Bretagne, fustige la réaction de Paris, qui préfère « casser le thermomètre » en fermant des captages. Reste que c'est elle qui est la première visée par la colère des agriculteurs (saccage de bureaux à Brest), sans un mot de la préfecture ou de la chambre d'agriculture pour dénoncer le vandalisme. Aujourd'hui, l'association redoute de se trouver entre le marteau et l'enclume.
Sébastien PANOU.
Pompée à Kernilis, l'eau de l'Aber Wrac'h est traitée puis acheminée vers 36 communes dont 12 sont entièrement dépendantes.
Ouest-France