Les inconvénients causés par les bactéries dans les tuyauteries ne sont apparus que progressivement. L'eau fossile contenant du sulfure était déjà corrosive par elle-même, mais l'action des bactéries avait tendance à aggraver le phénomène. En effet, elles produisent du sulfure d'hydrogène, une substance extrêmement destructive pour l'acier des tubages, qui a aussi la particularité de fixer le fer et donc, de former des dépôts. «C'est un cercle vicieux, note Ioannis Ignatiadis, car les dépôts sont eux-mêmes corrosifs». La réduction du diamètre des puits par les dépôts empêchait le bon fonctionnement des installations. La corrosion des tubages entraînant des fuites faisait aussi courir le risque de contaminer les nappes d'eau potable stratégique de l'Albien et du Néocomien susceptibles d'alimenter la Région en cas de crise nucléaire ou chimique grave (voir infographie).
Il a fallu plusieurs années de recherche pour mettre au point un système d'injection de produits anticorrosion et biocides au départ du puits de captage traitant ainsi latotalité de la boucle géothermale. Ioannis Ignatiadis estime que la pollution est très limitée car, dès que l'injection de produits est stoppée, les bactéries recommencent à proliférer à l'image des légionelles dans les tours aéroréfrigérantes. Les solutions ont été trouvées, mais cela n'a pas empêché Gaz de France d'acheter plusieurs installations géothermiques à la fin des années 1990 pour les fermer définitivement, comme ce fut le cas à Évry. Cette installation était alors la deuxième station géothermique d'Europe.
Aujourd'hui, des filiales de Gaz de France exploitent quatre sites (Meaux, Chelles, Le Blanc-Mesnil et Ris-Orangis) en couplant géothermie et recours au gaz. «Ce n'est plus du tout le même esprit qu'à l'origine. Ce qui compte pour eux, c'est avant tout le réseau de chaleur pour vendre du gaz», confie un ingénieur qui souhaite garder l'anonymat. Au salon des énergies renouvelables la semaine dernière à Paris, on reconnaissait sur le stand de l'Ademe qu'une vraie relance de la géothermie ne peut plus se contenter de déclarations. La technique est désormais très fiable grâce notamment aux tuyaux en matériaux composites et elle permet de ne pas émettre de CO2. Encore faut-il le vouloir.
Yves Miserey
20 juin 2006