http://www.marsinfos.fr/2010/03/23/marche-de-leau-a-marseille-apres-yalta-la-guerre/
Ces 2 « soeurs ennemies » se sont spécialisées sur ces marchés de la sous-traitance pour les collectivités locales dans les domaines de la gestion de l’eau, du ramassage et recyclage des déchets, des transports… Ils se livrent depuis environ 30 ans une guerre sans merci pour gagner des appels d’offres, auprès des communes et des départements, de plusieurs dizaines de millions d’euros. Mais parfois,
plutôt que de s’entretuer, ils ont su également, s’assoir autour d’une table et dealer.
C’est notamment le cas à Marseille, (mais aussi à Saint-Etienne, Lille, Nancy ou Arles…)
où la Société des Eaux de Marseille est détenue à parité entre Suez et Véolia. Mais comme nous le raconte le quotidien économique les Echos de ce matin, toutes les bonnes choses ont une fin, et ces beaux mariages de raison ne sont malheureusement plus possibles.
Toujours selon les Echos, c’est le Conseil de la Concurrence qui, en 2002, avait le premier tapé sur la table, ne trouvant pas très normal ces petits arrangements entre amis. Bien sûr, rien n’a bougé pendant de longues années. Le Conseil d’Etat s’en est mêlé, l’Europe aussi, et la Ministre de l’Economie Christine Lagarde a dû faire les gros yeux, et menacer de sévères amendes, si les choses restaient en l’état. Bien malgré eux, Suez et Veolia ont fini par conclure un « yalta de l’eau » comme l’écrit joliment les Echos.
L’ensemble de ces participations croisées pesant près de 700 millions d’euros, 3 millions de clients et des contrats très complexes avec les collectivités locales, sans compter les nombreux cadavres dans les placards, on imagine que le détricotage de tout ça, n’a pas dû être une partie de plaisir.
En tout cas, à Marseille, l’accord semble finalisé. Veolia récupère 100 % de la Société des Eaux des Eaux de Marseille, qui gère aussi Marignane, Vitrolles, Cassis, La Ciotat et aussi la société qui gère l’eau à Arles. Suez de son côté prend 100% de la SERAM, filiale de la SEM qui s’occupe d’assainissement (les égouts pour faire simple). Le problème est que l’encre à peine sèche sur ces beaux accords, les associés d’hier, en reprenant leur liberté, vont pouvoir se battre à nouveau. Car les positions actuelles restent incertaines et fragiles.
Ces marchés marseillais, sans doute les plus beaux de France, de l’eau et de l’assainissement arrivent dans quelques mois à échéance, 2012 pour la Seram précisément et 2013 pour la SEM. Le tout dans une ambiance où les élus locaux, sous la pression de plus en plus forte de leurs administrés, demandent à ces industriels de faire de très gros efforts pour que la facture d’eau de leurs concitoyens baisse de façon substantielle (comme récemment à Bordeaux ou à Toulouse), menaçant parfois ces groupes de la bombe atomique : la remunicipalisation de la gestion de l’eau, comme Delanoé vient de le faire à Paris…
La bagarre qui s’annonce va donc être terrible. D’autres multinationales, notamment étrangères, seront également sur les rangs pour essayer de conquérir ces fabuleux marchés. Tous les coups seront-ils permis ? Certains voient dans le climat délétère qui règne actuellement sur les marchés publics locaux (ouverture d’enquêtes judiciaires suite à des dénonciations anonymes, grèves récentes dans les poubelles…), le début de la guerre pour la conquête de ces marchés. On ne prête sans doute qu’aux riches, mais n’oublions pas que aussitôt après avoir signé les accords de Yalta, Staline les violait.
En tout cas, nous, à Marseille, on ne souhaite qu’une chose, c’est que tout ça profite au final au consommateur, et que notre facture d’eau puisse baisser, comme c’est le cas dans les autres grandes villes de France.