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REVUE DE PRESSE
Marseille se prépare une belle bataille d’eau
En 2012, la ville devra se pencher sur la question du retour de l'eau du robinet dans le giron du public. Mais les acteurs sont déjà en ébullition, alors que les préparatifs de deux forums concurrents sur la question s'accélèrent.
« C’est une escroquerie : ce que l’on fait passer pour un forum de l’eau est un grand marché où l’on essaie de contaminer le reste de la planète avec notre soi-disant génie français. Imaginez un forum sur la faim dans le monde porté par les dirigeants de Nestlé ! » Ce qui vaut cette sortie tranchante de la secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot le 14 juin dernier dans un petit théâtre de Marseille ? Revenons quinze jours en arrière, à quelques pas du Vieux-Port. Dans le grand amphithéâtre du Palais du Pharo, plus de 300 délégués du monde entier se pressent pour le lancement officiel des préparatifs du sixième Forum mondial de l’eau (FME) qui aura lieu dans la cité phocéenne en 2012. A la tribune, le gratin politique local salue le savoir-faire marseillais en la matière et le modèle français. Un modèle « reconnu dans le monde entier », insiste Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l’eau (CME), la plate-forme d’ONG qui organise le forum du même nom. Rappelant que les maladies liées à l’eau sont la première cause de mortalité au monde, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno s’accorde avec lui pour appeler à un « forum de solutions », ouvert et participatif. Double casquette Alors, où est le problème ? Dans un simple cumul de fonctions. Car Loïc Fauchon n’est pas seulement président du CME, il est aussi le patron de la Société des Eaux de Marseille (SEM), filiale de Veolia et pilier du groupe Eaux de Marseille, présent dans toute la région et dans plusieurs pays du Sud. Or cette double casquette dérange. Dénonçant un conflit d’intérêt, les Verts et le Front de gauche défendent l’organisation d’un Forum social de l’eau (FSE) afin de « porter la contradiction ». Et sur le plan local, ils demandent la remunicipalisation de l’eau en 2013 et de son assainissement un an plus tôt, en 2012. Ça bouge au PS Deux batailles jumelles pour Cécile Duflot : alors que dans le reste du monde la gestion de l’eau est à 90% publique, « on a tartiné de privé chez nous [1]. Ensuite, quand les sociétés ont des marges et des moyens financiers suffisants, on se sert de cet appui pour piquer les marchés », lance-t-elle. A Marseille, la SEM gère la distribution d’eau et l’assainissement est confié à Suez via la Seram (Société d’exploitation du réseau d’assainissement de Marseille). Avec une marge confortable [2]... Le troisième mousquetaire, la Saur, n’est pas en reste avec l’exploitation de la nouvelle station d’épuration ultra-moderne de Marseille, la Géolide. Limpide. Mais si ce discours n’est pas nouveau chez les écologistes et à la gauche de la gauche, il l’est au Parti socialiste. Patrick Menucci, l’un de ses ténors locaux, s’est ainsi invité aux côtés de Cécile Duflot dans le petit théâtre du centre-ville de Marseille pour défendre la même ligne. En assurant au passage qu’« aujourd’hui, dans le parti, les choses ne sont pas claires comme de l’eau de roche mais elles évoluent ». Le Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, présidé par le PS, promet d’ailleurs une aide juridique et technique pour les communes qui souhaitent repasser au public et envisage même « une très forte participation au contre-sommet [de l’eau] avec un financement, voire une structuration de l’organisation ». Une prise de position qui « change la donne » selon Jean-Luc Touly de la Fondation France Libertés Danielle Mitterrand, président de l’Association pour un contrat mondial de l’eau et conseiller Europe Écologie en Ile-de-France. Car il n’était pas certain de pouvoir monter une « grand-messe » alternative à Marseille même, trois jours avant le FME. L’élu rappelle également que Martine Aubry a lancé un groupe de travail sur la gestion de l’eau. « Tout ça, c’est de la fumisterie » Pour Loïc Fauchon aussi ce double soutien de poids rebat les cartes. Après avoir eu « les oreilles qui sifflent », il a profité d’une conférence à Marseille pour contre-attaquer ce mercredi : « La moitié des membres du CME sont des ONG et seuls 5 des 36 sièges du conseil d’administration sont occupés par des sociétés privées ». Et puis pourquoi faire un forum alternatif quand tout le monde peut avoir accès au FME ? Tout ça, c’est de la fumisterie : à Mexico, les opposants ont négocié afin de brûler une voiture de police – mais pas deux ni trois – parce que cela fait des images pour les télés. Et les 150 personnes qui étaient dehors pour le forum alternatif sont rentrées dans le FME le lendemain pour se mettre au travail. On peut parler de tout, y compris de la gestion de l’eau à Marseille. » Le journaliste Marc Laimé, auteur du livre Le dossier de l’eau, pénurie, pollution, corruption, voyait dans ce double dossier marseillais la lutte finale entre public et privé sur la question de l’eau. Avant d’imaginer demain une « Internationale de l’eau », il faut d’abord, pour les militants marseillais, envisager la phase « Groupons-nous » : ils lanceront ainsi un appel pour l’organisation du FSE le 23 juin auquel ils souhaitent rallier toutes les associations, les syndicats et les églises. [1] Les « Trois sœurs », Veolia, Suez et la Saur desservent 80% de la population française. [2] A 3,16 euros le m3, l’eau de Marseille est parmi les plus chères de France. En 2007, l’UFC-Que Choisir avait ainsi estimé la marge bénéficiaire à plus de 50%, mais cette enquête a été attaquée en diffamation.
Loic Fauchon, Empereur des Eaux de Marseille : l’humaniste incompris ?
«Je tiens à insister sur ce qui est la base de tous vos engagements : l’humanisme profond qui vous anime». Mercredi soir à l’Alcazar, Claude Valette, adjoint au maire chargé de l’urbanisme, ne tarissait pas d’éloges sur Loïc Fauchon, invité à donner une conférence sur le thème de l’eau. A sa suite, le directeur de l’Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise, organisatrice de l’événement, se prenait même à philosopher : «Dans la tradition bouddhiste, on dit que les chats ont plusieurs vies. Quand je vois le CV de Loïc Fauchon, je me dis qu’il doit être un chat pour passer de la fonction publique à la tête d’une très grande entreprise privée, avec en même temps un engagement humanitaire et des responsabilités internationales» Pas le monopole du coeur Pour rappel : Loïc Fauchon c’est l’ancien maire de Trets, ancien bras droit de Gaston Deferre et de Robert Vigouroux, le fondateur de l’association Trans-Sahara, le président de la Société des Eaux de Marseille (Sem), le président du Conseil Mondial de l’Eau (CME) et à ce dernier titre l’organisateur du fameux Forum mondial de l’eau (FME) que Marseille accueillera en 2012. Ouf. Avant d’expliquer pourquoi « le temps de l’eau facile est révolu », Loïc Fauchon n’a pas esquivé cette cinglante question sur l’étanchéité entre toutes ses vies. « L’humanisme dont vous parlez et qu’il faut revendiquer sans complexe est permis par un parcours varié. Je suis toujours étonné de l’acharnement qu’ont certains à opposer le public et le privé. Nul n’a l’apanage du service au public.» Mais s’il a sorti l’artillerie d’un débat d’élections présidentielles (merci Valéry Giscard d’Estaing), c’est aussi parce qu’il «a eu les oreilles qui sifflent lundi lors d’une réunion dans une salle du centre-ville». Noyé sous les critiques Loïc Fauchon serait-il troublé par une obscure réunion de militants altermondialistes ? Un peu plus que ça : c’est la secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot qui était venue expliquer au Théâtre Mazenod que le CME « est une escroquerie. Ce que l’on fait passer pour un forum de l’eau est un grand marché où l’on essaie de contaminer le reste de la planète avec notre soi-disant génie français. C’est comme si les dirigeants de Nestlé organisaient un forum sur la faim dans le monde ! En faisant en plus payer les collectivités locales.» Bouillant. D’autant plus que Patrick Mennucci, vice-président du Conseil régional, s’est invité à l’improviste rue d’Aubagne pour venir privilégier un soutien financier de la région à l’organisation d’un forum alternatif au lieu du FME, pour lequel elle est priée de débourser 2 millions d’euros. Ne manquerait plus que Jean-Claude Gaudin ne trouve pas les 4 millions d’euros demandés à la Ville… Peut-être est-ce d’ailleurs son Scud qui a sifflé aux oreilles du PDG de la Sem : «depuis 40 ans, on nous explique que s’il n’y avait pas la Sem on boirait dans les rigoles. Alors qu’on sait depuis que depuis toutes ces années on a surtout fait remonter les bénéfices et les cours de Bourse des sociétés propriétaires» (comprenez la Générale des Eaux, la Lyonnaise des Eaux et leurs descendantes successives) Fauchon en militant altermondialiste Pas de doute : pour Loïc Fauchon, le temps de l’eau facile est révolu. Lui, qui se considère pourtant «plus comme un militant associatif qu’un président d’entreprise privée» et qui considére Danielle Mitterrand (l’une de ses plus ferventes adversaires sur la question de l’eau) comme «sa marraine». Un représentant d’Attac s’étonne dans le public de ne pas le voir faire le pas entre la dénonciation de notre mode de vie «hydrovore» et le changement de notre modèle économique ? «Bien sûr que l’on passe facilement» de l’un à l’autre, assure-t-il, «mais ce n’est pas le rôle du président du CME» de le dire. Un peu plus et il se prononçait pour la décroissance «qui est une idée intellectuellement très brillante». Il rappelle d’ailleurs qu’il est «un des plus vieux actionnaires du Monde Diplomatique» et qu’il «lis ce qu’écris Attac sur l’eau, pas toujours avec sympathie, mais il y a beaucoup de choses que je partage.» Etre accusé d’être le lobbyiste en chef des multinationales de l’eau dans les pays du Sud, y’a plus de justice… Les pieds dans les poubelles Il est donc temps de doucher les critiques de Cécile Duflot et Patrick Mennucci. « A l’échelle de la planète, ce débat franco-français sur le public et privé est complètement déplacé. Quand vous amenez l’eau en Afrique Subsaharienne, ils ne vous demandent pas si vous êtes une association ou une entreprise, on nous dit merci », lance-t-il. Mais les faits sont coriaces : « 90% de l’eau dans le monde est confiée au public », décochait Cécile Duflot deux jours plus tôt. Revenons à notre bonne vieille ville alors. « Regardez ce qui s’est passé mardi : avec un comportement complètement irresponsables certains (le syndicat FO, ndlr) se sont permis d’empêcher les Marseillais de circuler, de se soigner… Nous n’avons pas eu un seul jour de grève à la SEM, vous imaginez si on coupait l’eau ? Si c’est ça le débat public privé je l’attend la tête haute.» Mais, Bronzo, artisan d’une grève des poubelles dantesque il y a quelques mois n’est-elle pas une filiale du groupe Eaux de Marseille ? Bon, Loïc Fauchon ne peut pas tout régler… Mais espérer par-dessus le marché « que les éboueurs ne fassent pas grève pendant le FME », n’est-ce pas un peu se prendre les pieds dans les poubelles ? On verra ce qu’en dit Eugène Caselli, président de MPM, qui a sur son bureau une demande d’audit pour alimenter le débat sur la fin de contrat en 2013 de la SEM. A quelques mois du renouvellement de son contrat la SEM fait baisser le prix de l’eau, magique, non ? par Marsactu.fr Marché de l’eau à Marseille, après Yalta, la guerre ? par Maractu.fr Forum mondial de l’eau, Nicolas Sarkozy présente les ambitions de la France sur actu-environnement.com Eau : Europe Ecologie réclame le retour en régie d’un bien commun sur lepoint.fr L’eau, bien commun de l’humanité, sur l’association France-Libertés de Danielle Mitterrand Le site de la Société des Eaux de Marseille Jeudi 17 Juin 2010
Vendredi 18 Juin 2010
JEAN-LUC TOULY
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