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HISTOIRES
Règlements de comptes entre intermédiaires dans l'affaire Veolia.Le marché de l'eau en Arabie finit en baston au George-VLa bataille pour le contrôle de Veolia, le géant de l'eau, vire au pugilat, et ce n'est pas une métaphore. Plus question de table de négociations. Des intermédiaires en sont venus aux mains lundi soir dans les salons feutrés du George V, prestigieux hôtel parisien. La discussion musclée s'est achevée au commissariat du VIIIe arrondissement.Un conflit qui oppose Emmaunuel Petit à Véolia et Monsieur Alain Marsaud
Clickez sur L'article de Libération
Le conflit oppose des hommes de l'ex-Vivendi Environnement (et ex-Générale des Eaux) à Mohamed Ayachi Ajroudi , Franco-tunisien disant représenter d'importants intérêts saoudiens (Libération du 6 décembre). Il s'est vu accorder une interruption temporaire de travail (ITT) de sept jours. Les agresseurs présumés, deux proches d'Alain Marsaud l'ancien juge antiterroriste aujourd'hui parlementaire UMP après avoir travaillé pour Vivendi où il conserve un mandat d'administrateur au sein de Veolia , se sont retrouvés en garde à vue pour la nuit : Laurent Obadia , un ancien de Vivendi reconverti dans le conseil, et Alexandre Djouhri, homme d'affaires franco-algérien proche de dirigeants africains, par ailleurs «ami de longue date» d'Henri Proglio, PDG de Veolia. «Racket».
Il est plutôt rare qu'une négociation financière de haut niveau concernant l'une des principales entreprises françaises se termine en vulgaire baston.
Mais, depuis quelques jours, le ton était monté entre les deux camps, par presse interposée et dépôts de plaintes. Avec Emmanuel Petit , cadre de Veolia récemment licencié, Ajroudi dénonçait un supposé «racket» de la part de Marsaud, Obadia et Djouhri , dans le cadre d'une négociation concernant la création d'une filiale au Moyen-Orient, appelée Veolia Middle East (VEM).Dans une lettre envoyée en novembre aux autorités judiciaires, Petit dénonçait les trois hommes qui auraient «exigé d'obtenir 20 % du capital de la société sans contrepartie aucune». L'autre camp dénonce une cabale «totalement grotesque». Pour eux, Ajroudi est un bonimenteur faisant miroiter de fausses relations auprès des monarchies du Golfe, lançant aujourd'hui des accusations mensongères pour «se venger du fait qu'on ne l'a pas pris au sérieux». De fait, les négociations pour la création de VEM ont tourné court. Après une série de contacts ponctuée par un rendez-vous début juin, déjà au Georges V, en présence de Proglio, Veolia a coupé les ponts en octobre. «Il sentait la vinasse.»
Lundi, à 19h30, Marsaud, Obadia et Djouhri boivent un verre au bar du Georges V. Ils apprennent alors, par hasard, disent-ils, via un journaliste qui a rendez-vous avec Ajroudi, que ce dernier occupe une suite dans les étages (détail qui figurait le matin même dans Libération). Il est en compagnie de Petit et de deux autres personnes. Enervé par les accusations portées contre lui, Djouhri décide de monter. «Il sentait la vinasse», affirme un témoin.
De fait, l'ami du PDG de Veolia sera placé en cellule de dégrisement avant d'être mis en garde à vue en fin de soirée. «Il était énervé mais il n'avait bu qu'un verre de vin à ce moment-là», relativise Obadia. Ce dernier le suit quelques minutes plus tard, tandis que Marsaud reste prudemment en bas. Le ton monte rapidement. Selon la version fournie par Ajroudi et Petit, Obadia bloque l'entrée de la suite et Djouhri fonce sur Ajroudi en hurlant : «C'est quoi ces conneries que tu racontes aux journalistes ?» Et il donne des coups de pied et de poing, selon une source judiciaire. Ajroudi tombe deux fois par terre. Rien à voir avec une baston à coups de batte de base-ball on est quand même au George-V. Mais tout de même : transféré à l'Hôtel-Dieu, il souffrirait de contusions et hématomes. Le camp adverse relativise l'agression : Djouhri et Obadia étaient deux contre quatre, et les deux hommes se seraient seulement «poussés». «Vous me cassez les couilles.» Petit réussit à alerter la sécurité de l'hôtel qui averti aussitôt la police. En bas, Marsaud (non joignable hier soir) aurait fait barrage de son corps en excipant de sa qualité de parlementaire, expliquant aux flics qu'il ne s'agirait que d'un «petit différend». Puis monte à son tour à l'étage pour proposer la paix des braves en des termes peu diplomatiques : «Vous me cassez les couilles.» Ajroudi lui tombe dans les bras dans un grand moment d'émotion mais, plus tard, au commissariat, il se décidera avec Petit pour un dépôt de plainte. Obadia et Djouhri passeront la nuit en garde à vue (ils ont été relâchés hier). Le cas d'Alain Marsaud reste en suspens. «Il n'a pas participé physiquement à l'agression, souligne Emmanuel Petit. Il n'a agressé que verbalement, c'était surtout théâtral.» L'ex-cadre de Veolia a cru trouver l'explication des menaces reçues depuis sa dénonciation (croix et cercueils à son domicile) en s'entendant dire : «Tu vas voir ce que c'est d'être entendu par de vrais flics.»
Mercredi 8 Décembre 2004
Mardi 21 Mars 2006
Par Nicolas CORI et Renaud LECADRE
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