L'ancien directeur régional de la Lyonnaise des Eaux dans l'Est a expliqué mardi, devant le tribunal correctionnel de Nancy, avoir recruté deux attachés parlementaires successifs de Christian Pierret, quand celui-ci était député socialiste des Vosges, pour mieux s'implanter dans les villes de gauche. "Dans l'Est de la France, nous étions assez bien implantés dans les municipalités de droite. La direction commerciale a jugé utile de se renseigner un peu sur ce qui se passait à gauche", a déclaré Olivier Stasse.
Poursuivi pour corruption et abus de biens sociaux, il s'est néanmoins défendu d'avoir été directement à l'origine de ces embauches et d'avoir su précisément ce que faisaient ces employés. Jacky Homel et Dominique Gerber, les deux attachés parlementaires, ont de leur côté peiné à justifier du contenu précis du travail accompli entre juin 1988 et mars 1989 pour le premier, de mars 1989 au 30 juin 1990 pour le second. "Ce qui les intéressait, c'était de connaître les résultats futurs de la gauche, de faire des projections", explique Jacky Homel, ancien syndicaliste agricole. Le travail se résumait à quelques coups de téléphone et à des rencontres régulières "dans un bar", avec les commerciaux de la Sogest, une filiale de la Lyonnaise dans l'Est. "Quelques coups de téléphone pour 15.000 francs (2.300 euros) net par mois ?", s'étonne la présidente Catherine Hologne. "Toutes ces informations pouvaient servir dans le cadre d'un lobbying", a expliqué Dominique Gerber qui assure avoir signé son contrat de travail "dans le bureau de Christian Pierret". Quatre mois après que ce dernier fut devenu maire de Saint-Dié à l'occasion des élections municipales de mars 1989, la Lyonnaise des eaux s'était vu concéder la distribution et le traitement de l'eau par la municipalité. Christian Pierret qui est poursuivi pour corruption et complicité d'abus de biens sociaux dans ce dossier a nié toute relation entre les contrats de travail de ses collaborateurs dont il n'était pas "organisateur" et le marché obtenu par la Lyonnaise. "Je ne l'aurais pas laissé faire", a-t-il assuré. Le procès doit se terminer mercredi.