La situation écologique de l'Irak est encore désastreuse
LE MONDE | 09.11.05 | 16h42 • Mis à jour le
09.11.05 | 16h42
"Saddam Hussein se comportait comme un terroriste de
l'écologie." C'est d'un ton posé que la ministre de l'environnement du
gouvernement irakien, Narmin Othman, attribue à l'héritage du
"régime
précédent" une
"situation écologique de l'Irak exécrable" . Mais les
choses évoluent dans le bon sens, comme en témoigne le début de restauration des
marais du Sud irakien : ces marais, qui avaient presque disparu en raison des
travaux de drainage dans les années 1970, ont reconquis 40 % de leur surface
originelle, a annoncé pendant l'été le Programme des Nations unies pour
l'environnement (
Le Monde du 26 août).
Les ministres irakiens
de l'environnement, des ressources en eau, des municipalités, présents à Paris
pour une réunion du programme de restauration de ces marais, tenue les 7 et 8
novembre, dressent le tableau d'un pays écologiquement ravagé. Mais
l'administration travaille à sa remise en état, plus handicapée par
l'insuffisance des financements que par l'insécurité.
"Le régime précédent
avait drainé les marais, détruit des milliers de villages kurdes abattant
les maisons, mais aussi coupant les arbres et empoisonnant les sources et
rejetait effluents et déchets dans les rivières sans aucune épuration" , dit
M
me Othman. A l'époque, il n'existait pas de ministère de
l'environnement, qui a été créé en 2003. La guerre de 1991 a aussi laissé plus
de 300 sites contaminés par l'uranium appauvri utilisé par les armées
occidentales, tandis que la guerre de 2003 a entraîné le pillage de nombreuses
usines et stations d'épuration.
L'eau est le problème le plus urgent. Le pays compte environ 600 usines de
traitement d'eau. "Mais la plus récente date de 1982-1983, précise Nesrin
Barwari, la ministre des municipalités et travaux publics. Bien sûr,
l'embargo limitait les moyens d'investissement. Mais, avec les revenus tirés du
programme "Pétrole contre nourriture", le régime précédent aurait pu investir
dans ce domaine." Les stations d'épuration sont à peu près remises en état,
mais elles sont souvent arrêtées par des pannes ou par des coupures
d'électricité. Si seulement 60 % de la population recevait de l'eau en 2003, ce
chiffre est désormais monté à 67 % affirme les Irakiens. Pourcentage oprimiste ?
Les coupures d'eau existent et le tiers restant de la population est
approvisionné par des citernes acheminées dans les bourgs et villages.
La qualité de l'eau laisse à désirer : "D'après nos 96 points d'analyse
sur les rivières, l'eau n'est pas utilisable directement, dit Mme
Othman. Il faut que les gens la fassent bouillir d'abord." Selon un
rapport de 2004 du Programme des Nations unies pour le développement, plus de 10
% des enfants ont connu au moins un épisode de diarrhée.
MAUVAISE QUALITÉ DE L'AIR
Autre préoccupation cruciale : la quantité d'eau disponible. Si
l'approvisionnement pour les populations est suffisant, celui pour les autres
usages, notamment agricoles, est sévèrement contraint. Cela est dû à la position
du pays en aval de ses voisins, Turquie, Syrie et Iran, qui captent une grande
partie des eaux du Tigre et de l'Euphrate. "L'Irak recevait 30 milliards de
mètres cubes dans les années 1970, nous n'en sommes plus qu'à 10 milliards,
dit Latif Rachid, ministre des ressources en eau. Nous avons rouvert des
discussions avec la Turquie et la Syrie sur la question du partage de l'eau.
Mais il n'y a pas encore d'accord en vue. " Les eaux polluées et les déchets
solides sont par ailleurs rejetés presque intégralement sans épuration
préalable. Quant à la qualité de l'air, elle est également très mauvaise : les
usines ne disposent pas de filtre, les voitures d'occasion roulent sans pot
catalytique et l'essence importée ne subit aucun contrôle de qualité.
Les trois ministres irakiens affirment que l'insécurité n'empêche pas
l'administration de travailler ni les travaux de réparation de se poursuivre,
même si des attentats contre des usines ou des conduites d'eau ne sont pas
rares. "Il faut faire des lois et des projets sur l'environnement, dit
Mme Othman, mais l'éducation des jeunes est le plus important.
Pour les Irakiens, l'environnement est une question très nouvelle."