Association pour le Contrat Mondial de L'Eau

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Acme-Maroc Medhi LAHLOU
Président ACME-Maroc, Professeur INSEA, Membre fondateur de la Coalition mondiale contre la privatisation et la marchandisation de l'eau et du Forum alternatif maghrébin de l’eau. Membre fondateur de l’Université du Bien commun

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Des associations de défense de l'environnement contestent la version officielle sur la mort de milliers de poissons.


«Contradictoire», «incomplet». Ce sont les principales critiques lancées par des associations qui contestent le communiqué rendu dernièrement public par les commissions techniques de vigilance instituées par les gouverneurs des provinces de Nador et de Berkane sur la catastrophe écologique de Moulouya. Ce désastre a affecté une zone abritant un lieu sensible classé par la Convention internationale des zones humides, Ramsar.
Les associations locales, qui ont accusé la sucrerie de la commune de Zaïo d'être à l'origine de ce désastre entraînant en juillet dernier la mort de milliers de poissons et faisant perdre aux petits paysans leur bétail, contestent les conclusions de ce rapport, qui révèle que les résultats préliminaires des analyses toxicologiques sont négatifs. Un communiqué officiel a affirmé que «le phénomène de mortalité des espèces de l'ichtyofaune survenu le 17 juillet dernier dans l'Oued de la Moulouya a été constaté sur trois sites relevant des provinces de Berkane et de Nador et les résultats préliminaires des analyses toxicologiques sont négatifs». Et d'ajouter : «Les résultats préliminaires des analyses toxicologiques visant à déceler la présence de toxines dans les cadavres des poissons sont négatifs ».

En revanche, relève ce document, les analyses physico-chimiques des échantillons d'eaux prélevées, selon un dispositif d'échantillonnage rigoureux, ont démontré une teneur faible en oxygène dissous inférieur à 5 mgO2/l. « A l'état actuel des résultats disponibles, et dans l'attente des résultats des analyses des substances toxiques dissoutes, la seule explication de cet incident de mortalité anormale des poissons reste le déficit en oxygène provoqué vraisemblablement par une charge ponctuelle de matière organique survenue rapidement », ajoute la même source. Le document « fait remarquer que ce phénomène de mortalité a été enregistré deux fois dans les années 80 et 90, pendant la saison estivale correspondant à des températures ambiantes élevées et des débits d'étiages faibles d'Oued Moulouya». Voilà donc exposée la version officielle des faits. Que répondent les associations ? Pour Mehdi Lahlou, président de l'association Alliance pour le contrat mondial de l'eau (ACME-Maroc), «le communiqué censé expliquer les causes de la pollution qui a affecté l'Oued Moulouya, entraînant de très gros dégâts sur les poissons, la faune et la flore du périmètre concerné, est sujet à caution. Il n'est pas complet, n'a pas pris en compte toutes les hypothèses possibles en rapport avec l'origine de la pollution comme il n'a pas énuméré, et encore moins analysé, tous les éléments de nature à préciser l'ampleur de la pollution et ses multiples répercussions, à court et à long terme, sur l'environnement immédiat et plus lointain - y compris terrestre et marin - qu'elle a touché directement ou indirectement». Le président d'ACME-Maroc ajoute : «Ce communiqué émane de commissions techniques de vigilance instituées par des gouverneurs des provinces.

Or ces commissions, telles qu'elles semblent avoir été instituées, ne peuvent pas disposer de l'indépendance requise qui leur permettrait de mener des analyses scientifiques rigoureuses, approfondies et donc inattaquables». Par ailleurs, Mehdi Lahlou lance : «Nous sommes face à une véritable catastrophe écologique dont les retombées sont très importantes et qui peuvent être durables, comme on est devant des hypothèses de pollution et de pollueurs, très sensibles d'un point de vue politique. Dans ce cas, seule une commission scientifique, multidisciplinaire, disposant de l'indépendance nécessaire doit mener toutes les analyses qu'il faut sur terrain pour permettre de déterminer l'origine véritable de la pollution ainsi que les responsabilités de chacun, y compris de l'administration, pour mesurer l'ampleur des dégâts et indiquer sur qui doit retomber leur réparation et, surtout, après cela pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.». Quant à Mohamed Benata, président de l'Espace de solidarité et de coopération de l'Oriental (ESCO), le communiqué publié par les commissions techniques de vigilance est contradictoire. « Au moment où le communiqué nous déclare en première ligne que l'analyse toxicologique est négative et que les cadavres de poissons ne contiennent aucune toxine, il nous informe un peu plus loin que les commissions techniques sont encore en attente des résultats des analyses des substances toxiques dissoutes dans l'eau. Pour pouvoir affirmer que les cadavres de poissons ne contiennent pas de toxines, il est tout à fait logique de faire les mêmes analyses pour l'eau. Nous sommes en droit de nous demander la nature des analyses qui ont été faites et par quel laboratoire, chose qui n'a pas été explicitée par le communiqué».

Toujours selon M. Benata, «les commissions techniques n'ont même pas relaté la mortalité du cheptel et des animaux sauvages qui a été déclarée par la population riveraine, car une simple pollution organique ne peut causer la mort des brebis, vaches, sangliers et détruire des cultures agricoles. En plus quel est le produit chimique qui a causé la perte des cultures par irrigation des eaux de la Moulouya.
Il est une aberration que l'administration n'ait pas pu, après trois semaines de cette catastrophe écologique, analyser et déterminer l'agent chimique qui a provoqué la mortalité des poissons, des brebis, vaches et sangliers et détruit les cultures agricoles irriguées par cette eau polluée». D'autre part, le président de l'ESCO s'interroge aussi « comment en absence des résultats d'analyse complets, les commissions techniques peuvent-elles affirmer que « la seule explication de cet incident de mortalité anormale des poissons reste le déficit en oxygène. » Et d'ajouter : «Il y a lieu de rappeler que la mortalité massive des poissons à eu lieu sur un tronçon déterminé de la Moulouya et à une date précise qui est le 15 juillet 2011. D'après les riverains de l'affluent Betha et de la Moulouya, cette nuit-là a eu un fort débit et une forte odeur s'est dégagée de l'effluent qui provient de la sucrerie qui déverse ses polluants dans la Moulouya. Il reste à déterminer seulement la nature du produit qui a déclenché cette catastrophe.

Rejets industriels
Le communiqué publié par des commissions techniques de vigilance instituées par les gouverneurs des provinces de Nador et de Berkane fait remarquer également que « ce tronçon fluvial est un milieu aquatique récepteur des rejets d'origines industrielles, agricoles et domestiques qui altèrent particulièrement ses qualités piscicoles. A cela s'ajoutent des ponctions illicites sur le débit sanitaire réservé à la biodiversité (…). » Les auteurs de ce document ajoutent : « Ce phénomène de mortalité a été enregistré deux fois dans les années 80 et 90, pendant la saison estivale correspondant à des températures ambiantes élevées et des débits d'étiages faibles d'Oued Moulouya (…).




Repères
Faune

L'ichtyofaune désigne la faune des poissons. Elle est l'objet d'études par l'ichtyologie. Elle concerne donc tous les milieux aquatiques.

Produit

Les responsables de la sucrerie de Zaïo ont indiqué que leur usine n'utilise qu'un seul produit naturel pour l'épuration

Rejets

Le désastre écologique de Moulouya intervient au moment où l'entrée en vigueur d'un arrêté de limitation des rejets liquides spécifiques aux sucreries est prévue pour ce mois d'août.


Par Rachid Tarik | LE MATIN

Acme-Maroc Medhi LAHLOU
Tags : pollution
Rédigé par Acme-Maroc Medhi LAHLOU le Vendredi 19 Août 2011 à 04:26

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