Association pour le Contrat Mondial de L'Eau

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Acme-Maroc Medhi LAHLOU
Président ACME-Maroc, Professeur INSEA, Membre fondateur de la Coalition mondiale contre la privatisation et la marchandisation de l'eau et du Forum alternatif maghrébin de l’eau. Membre fondateur de l’Université du Bien commun

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revue de presse

Mardi 4 Septembre 2007
INTERVIEW • Mehdi lahlou
Réduire les usages agricoles de l'eau à moins de 50 % des disponibilités du pays


LE MATIN : Vous venez de lancer la Charte pour l'environnement. Pourquoi avez-vous choisi ce moment précis pour prendre une telle initiative ?
MEHDI LAHLOU : C'est un document que nous voulions proposer au sein de l'ACME-Maroc dès la "Fête de l'eau", organisée par notre association le 20 mai dernier. Mais, cela tombe bien finalement qu'une charte d'une telle nature, comportant la référence à tant d'éléments qui engagent notre avenir, puisse également faire partie du débat politique, où à de rares exceptions, il n'est question que d'éléments économiques, sociaux et culturels, lorsque des thèmes comme celui de la survie de la forêt ou le défi de l'eau qu'affronte notre pays sont relégués à de simples questions techniques, sans interférence avec les programmes de la plupart des partis politiques pour les prochaines échéances électorales.

Celles-ci, qui devraient permettre au pays de disposer d'une majorité gouvernementale à même d'appliquer un programme pour lequel elle se serait engagée devant le peuple, doivent aussi permettre de reconnaître ceux qui travaillent pour le court terme, dans une approche partisane et souvent même personnelle, et ceux qui optent pour l'intérêt général du pays.

Au Maroc, la question de l'eau devient de plus en plus cruciale. Concrètement que proposez-vous pour éviter la catastrophe qui s'annonce ?

La question de l'eau ne se ramène pas au mode de facturation ou à la délégation au privé de la gestion d'une simple ressource naturelle renouvelable. C'est celle d'une denrée qui se raréfie par les usages, souvent inconsidérés qui en sont faits, les pollutions qui l'affectent et par l'incohérence des politiques publiques, notamment dans les secteurs agricole et touristique, basés d'une façon vitale sur cette ressource et le fait que dans des régions, et à certaines périodes, il n'existe plus d'eau.

Il y a lieu aujourd'hui de réduire - à terme prévisible - les usages agricoles de l'eau à moins de 50% des disponibilités du pays, contre 80% actuellement, tout en limitant les gaspillages liés aux modes d'irrigation souvent obsolètes. Dans le secteur touristique, il faudra parvenir à remplir les piscines des hôtels et à irriguer les dizaines de golfs déjà réalisés ou en projet grâce au dessalement de l'eau de mer ou au recyclage des eaux usées des villes.

Quant à la politique de l'eau, sa préservation et sa répartition entre ses différents utilisateurs, elles doivent être menées par une instance nationale unique, dotée de pouvoirs politiques et de moyens tels qu'elle ne soit au service d'aucun ministère et d'aucun secteur en particulier.

Pour enrichir le débat sur l'élaboration de la stratégie marocaine de développement durable, quelles sont vos suggestions ?

Le développement durable au Maroc, c'est d'abord l'école et sa réforme, notamment à travers des programmes d'ouverture sur le progrès et le futur et non sur le "retour aux sources".
En parallèle à l'école, la recherche scientifique doit nous permettre de faire face à nos problèmes et nos besoins pour l'avenir avec le moins de dégâts possibles pour la nature alors que la recherche agronomique doit nous conduire à assurer la sécurité alimentaire du pays en réduisant les pollutions et le recours à l'eau tout en augmentant les rendements.

Dans le même sens, encourager l'arboriculture traditionnelle de nos campagnes en y réintroduisant oliviers, figuiers et amandiers, en donnant aux paysans les moyens de leur entretien tout en organisant les marchés pour qu'ils en soient les premiers bénéficiaires. Faire de la généralisation des stations d'assainissement solide et liquide une priorité nationale et engager les sociétés (publiques et privées) à réduire leurs rejets et, en tous les cas, à les prendre charge.

De même obliger les entreprises minières à réhabiliter les sites où elles opèrent. L'Office chérifien des phosphates (OCP) doit jouer un rôle leader à ce propos en rendant aux cultures et à la forêt les espaces qu'il a exploités.
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Charte de l'environnement
L'Association marocaine pour le contrat mondial de l'eau (ACME-Maroc), créée en mai 2006 à Rabat, œuvre pour la reconnaissance du droit à l'eau et la promotion de la solidarité Nord-Sud. Cette association a pris la défense des habitants du village Bensmim au Moyen-Atlas lorsqu'ils ont été menacés par un projet de mise en bouteille de l'eau et donc la confiscation de leur source.

Pour contrecarrer cette opération, elle a lancé une pétition de solidarité à travers le monde qui a mis en échec ce projet. Mercredi 29 août, elle a lancé la Charte de l'environnement dans laquelle elle appelle gouvernement, partis politiques, société civile à s'engager dans la protection de l'environnement, la sauvegarde de la biodiversité du Maroc tout en créant les conditions d'un développement durable.

http://www.acmeeau.org/ACMEMaroc/



Propos recueillis par R.T | LE MATIN du 04 sept 2007

acme maroc
Rédigé par acme maroc le Mardi 4 Septembre 2007 à 18:24

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