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REVUE DE PRESSE

Bilan désastreux de la gestion de la Société d'exploitation des Eaux du Niger, filiale de Veolia

On parlait depuis longtemps de la privatisation de la Société Nigérienne des Eaux (SNE) comme d'une véritable braderie du patrimoine national.



Comment une société française de distribution d'eau escroque l'Etat du Niger et les travailleurs nigériens

Bilan désastreux de la gestion de la Société d'exploitation des Eaux du Niger, filiale de Veolia
Lors de la campagne qui a précédé cette privatisation, il était expliqué que si la distribution de l'eau est confiée à un privé de référence, il y aura non seulement un plus grand nombre de Nigériens qui auront accès à l'eau potable, mais aussi il y aura, avec moins de coupures, une eau de meilleure qualité et à moindre coût.

Depuis trois ans que la société française VIVENDI (devenue VEOLIA) a repris la SNE pour en faire la SEEN (Société d'Exploitation des Eaux du Niger), on attend toujours l'amélioration annoncée. Parce que, de notre côté, nous consommateurs, ce que nous vivons est loin d'être une amélioration ; si ce n'est pas pire qu'auparavant :

  • Le prix du m3 d'eau augmente régulièrement depuis la privatisation,
  • la qualité de l'eau potable reste toujours à désirer et
  • les suspensions dans la fourniture d'eau sont devenues encore plus fréquentes.

Les travailleurs de cette société, qui se contentaient au paravent de chuchoter dans les coulisses, sortent maintenant au grand jour pour expliquer comment eux-mêmes et l'Etat nigérien sont victimes d'une véritable escroquerie de la part d'un groupe de gens installés à Paris et à Niamey.

D'abord au niveau des investissements :
  • Lors de la reprise de la société, il était convenu que les repreneurs conservent à leur niveau 2,3 milliards, qu.ils devraient normalement verser à l'Etat nigérien, afin de réhabiliter les canalisations. A ce jour, il n'a été investi que 857 millions.

  • La direction de la SEEN dit avoir réalisé de nouvelles canalisations. Ce n'est pas vrai disent les travailleurs parce que ces nouvelles canalisations ont été réalisées par la Société de Patrimoine des Eaux du Niger (SPEN) avec un crédit accordé par la Banque Mondiale à l'Etat du Niger. Donc c'est l'argent du contribuable nigérien parce que c'est lui qui payera.

  • Des 11.688 branchements sociaux et 261 bornes fontaines dont parle la direction de la SEEN, c'est là aussi un travail du Projet sectoriel eau au financement du VEOLIA ne verse pas un franc, disent les travailleurs.

  • Coté informatique, la SEEN travaille toujours avec le système central installé en 1998. Les seules nouvelles acquisitions sont les logiciels de paie, d'immobilisations et de gestion de réseaux. Logiciels acquis à grands frais à travers des ..marchés entre amis français sans mise en concurrence nationale et sans aucune consultation, sans analyse des besoins, sans plan informatique.

  • Même les simples réparations de fuites se font toujours à l'aide des vieilles chambres à air et de morceaux de bois par un personnel dévoué et débrouillard.

  • Pour ce qui est de consolidation et de création d'emplois, c'est loin d'être le souci de la direction de la SEEN. 107 départs pour 83 recrutements.

  • Pour faire face à ses besoins de main d'oeuvre, la SEEN recourt au service des jeunes diplômes auxquels elle se contente de payer 15.000 F CFA de frais de transport par mois. Et ce pour une période de six mois renouvelable au besoin. Et comme ces jeunes travailleurs doivent manger pour pouvoir travailler, la SEEN fait appel au PIJD (c'est un projet de l'Etat nigérien qui assiste les jeunes diplômés à la recherche d'emploi) qui leur verse 50.000 F CFA par mois.

  • Un véritable comportement de colons, estiment les travailleurs. Des colons qui prennent soin de rapatrier en France aussi rapidement que possible tout ce que la société réalise comme bénéfice. Chaque année près de 400 millions de F CFA sont transférés à la Compagnie Générale des Eaux (CGE), une société française naturellement, pour des prestations dont la matérialité n'a jusqu'ici pas été vérifiée alors que les actionnaires nigériens n'ont perçu à ce jour que 49 millions de F CFA de dividendes sur les 3 années d'exercice.

  • Le plus choquant c'est de savoir que pour la reprise de la SNE, VIVENDI n'a apporté que 510 millions contre 490 millions pour les Nigériens. Si au moins VEOLIA a racheté à cent pour cent la société et qu'elle a investi de l'argent propre pour la faire tourner, on peut comprendre. C'est vraiment ça qu'on appelle prédation !

Si on sait que cette même société française ambitionne de s'emparer de la NIGELEC (la Société nigérienne ''électricité), il y a de quoi s'inquiéter.

En donnant ces informations, le personnel nigérien de la SEEN a fait son travail. Il appartient maintenant à l'Etat de prendre ses responsabilités.

Parce qu'il apparaît clairement que la SNE est mal privatisée.

Bilan désastreux de la gestion de la Société d'exploitation des Eaux du Niger, filiale de Veolia
Mais en attendant, ce personnel, regroupé au sein de deux syndicats (le SYNATREEN et le SYNISEN), s'est engagé dans un bras de fer avec la direction de la SEEN pour exiger un meilleur traitement salarial et pour que le personnel expatrié leur accord la considération qui leur est due.

Le salaire, ce n'est pas de la charité, il doit être proportionnel à la richesse créée par les travailleurs au sein de la société. Autant le personnel expatrié a le droit de loger dans des villas cossus de la capitale, de dormir sous climatiseurs, autant le personnel nigérien a le même droit.

Surtout qu'il s'est révélé qu'en terme de travail (donc de création de richesse), les travailleurs expatriés sont loin de valoir leurs homologues nigériens, estiment les syndicalistes. Présentement, le bras de fer continue.

Ce 29 mars, les deux syndicats ont déposé un préavis de grève. Il prendra effet à partir du lundi 3 mars, et durera cinq jours, si leurs revendications ne sont pas satisfaites entre temps. C'est le quatrième du genre. Une grève de cinq jours s'est achevée le vendredi 31 mars dernier.

Deux autres de 48 heures et de 72 heures avaient déjà été observées. Toutes ces grèves ont été suivies très massivement.

Journal " Le Témoin" du 30 mars au 5 avril 2006

Mardi 11 Avril 2006
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Le Témoin
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