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EDITO

Mario Soares nous écrit

L’URGENCE DE L’EAU



Mario Soares nous écrit
La problématique de l’eau occupe de plus en plus une place importante dans l’agenda politique actuel, au niveau local, des régions, des pays, comme au niveau des continents et du monde. Et pour cause.

En raison des prélèvements excessifs et déraisonnés effectués ces 50 dernières années à travers le monde pour des buts agricoles (irrigation par pulvérisation), industriels (tous secteurs confondus), énergie (nucléaire : plus de 40.000 grands barrages construits depuis 1950) on ne compte plus les fleuves qui ne portent plus l’eau à la mer (le Colorado a été parmi les premiers), les mers intérieures (le lac Baïkal, la Mer morte, le lac Tanganyika…) en train de disparaître, les nappes phréatiques qui se vident et dont le niveau baisse dangereusement (notamment aux Etats-Unis, en Inde et en Chine, pays confrontés à des graves problèmes d’approvisionnements hydriques).




En outre, la pollution et la contamination de l’eau par des substances toxiques (ces dernières années, une importance accrue est prise par la contamination induite par les déchets humains d’une population vieillissante à forte médicalisation…) est l’origine d’une raréfaction croissante de l’eau potable saine.

Point n’est nécessaire de parler des dévastations des ressources hydriques liées aux conflits grandissants autour de l’eau entre Etats appartenants au même bassin hydrographique (exemples du bassin du Sénégal, du Niger, du Tigres et de l’Euphrate, du Jourdan, du Nil…), causés par l’affirmation abusive d’une souveraineté nationale sur les eaux traversant le territoire national et par le refus de traiter l’eau comme un bien commun.

Bref, loin d’être traitée et valorisée comme un bien essentiel et in substituable à la vie pour tous et dans l’intérêt de tous les habitants de la planète, l’eau est traitée surtout et principalement comme le nouveau « or du monde », l’or bleu, comme le pétrole a été et reste, pour l’instant, l’or noir du monde, cause donc de guerres.

Conséquence : nos sociétés considèrent que le droit à l’eau, le droit à la vie, n’appartient pas à tout le monde et que dans 20 ans il y aura encore des milliards de personnes qui n’auront pas accès à l’eau potable saine et aux services hygiéniques car ils seront pauvres… Qui plus est, au lieu de renforcer les capacités des pouvoirs publics, du local au mondial, à assurer une gestion durable et efficace de l’eau et de l’accès à l’eau pour tous, nos sociétés sont en train de privatiser les services de l’eau et réduire l’eau à une marchandise, comme toute autre boisson, laissée aux aléas des marchés et du profite des entreprises privées. On laisse faire du profit à partir de ce qu’est un droit humain. La fois dans la fable « le privé est beau », « le privé est efficace » est de retour, alors que le chemin à emprunter est celui de faire du public un public juste, efficace, transparent, démocratique.

Cette tendance est inacceptable et inadmissible à tous points de vue, surtout du point de vue humain, social. Je formule les vœux que votre colloque puisse affirmer avec clarté et rigueur le caractère de bien public de l’eau, de sa propriété, de sa gestion et de son contrôle, dans le cadre d’une réelle participation des citoyens. Je suis convaincu que le peuple corse dont la culture est fortement enracinée dans l’amour de la nature, de la terre, est en mesure de transmettre avec force ce message moderne et puissant, prophétique, d’amour envers l’eau, envers la vie.

Avec mes meilleurs vœux


par Mario Soares
Lisbonne, le 30 octobre 2004




POUR TOUT SAVOIR DE MARIO SOARES

Figure historique de l'opposition aux dictatures portugaises d'Antonio Salazar et de Marcelo Caetano, puis fondateur du Parti socialiste portugais, premier ministre et président de la République du Portugal, Mario Soares peut être considéré comme l'un des principaux artisans de l'adhésion de son pays à la Communauté économique européenne (CEE) en 1985.


Mario Soares naît le 7 décembre 1924 à Lisbonne. Après avoir étudié au Collège Moderne, Mario Soares obtient des licences de Sciences historiques, philosophiques et de droit à l'Université de Lisbonne. Etudiant, il s'engage dans la lutte contre le régime autoritaire de l' " Estado Novo ". Institué par Antonio Salazar en 1933, ce régime est caractérisé par l'hégémonie d'un parti unique : l'Uniäo Naçional. Après avoir adhéré en 1943 au MUNAF, le Mouvement d'unité national anti-fasciste, Mario Soares s'illustre au sein de divers mouvements qui contribuent à déstabiliser l'" Estado Novo ", dont le Mouvement de jeunesse du MUD (Mouvement d'unité démocratique) qu'il a fondé en 1946. A partir de 1957, Mario Soares exerce, parallèlement à son activité d'opposant, la profession d'avocat, ce qui lui permet de défendre de nombreux prisonniers politiques et de mettre en lumière le rôle joué par la PIDE, la police politique du régime de Salazar.


Ses activités lui valent d'être arrêté 13 fois par la PIDE. Incarcéré pendant près de trois ans pour délit d'opinion, il est même déporté, sans jugement, dans la colonie portugaise de Sao Tome e Principe, en 1968. En 1970, il décide de s'exiler et part pour la France. Il y devient professeur d'université (Sorbonne et université de Vincennes) et ne reviendra au Portugal qu'après la " Révolution des œillets " du 25 avril 1974. Après avoir été envoyé dans les capitales européennes pour obtenir la reconnaissance du nouveau régime démocratique portugais, Mario Soares occupe le poste de Ministre des Affaires étrangères de 1974 à 1975. Pendant cette période, il amorce avec succès le processus de décolonisation des colonies portugaises. Il est élu député en 1975 et sera présent dans toutes les Assemblées législatives jusqu'à son élection à la présidence de la République en 1986.


Mario Soares participe également à la mise en place de l'opposition politique au régime. Fondateur de l'Action socialiste portugaise en 1964, Mario Soares participe, en 1973, à la création du parti socialiste portugais, dont il devient le secrétaire général après la " Révolution des œillets ", qui met fin au régime dictatorial du Portugal, jusqu'en 1986. Il participe à de nombreuses réunions de l'Internationale socialiste, qui lui donnent l'occasion de nouer contact avec plusieurs responsables des partis socialistes européens. Il en est le vice-président de 1976 à 1986. Il représente également le Portugal à la Ligue internationale des droits de l'homme.


Mario Soares accède à la présidence du gouvernement de 1976 à 1978 puis de 1983 à 1985. Pendant l'exercice de ses fonctions, il entame le redressement de l'économie portugaise et initie le processus d'adhésion à la Communauté économique européenne, en lançant les négociations en 1977. En outre, les gouvernements Soares lancent la réforme du secteur agricole portugais afin de le rendre plus compétitif vis-à-vis de ses partenaires européens.


En 1983, il dirige la coalition PS/PSD et est réélu au poste de député. Il mène l'économie portugaise sur la voie de la rigueur budgétaire, ce qui permettra, à plus ou moins long terme, de faciliter son entrée dans le Marché commun et d'atténuer le choc économique entraîné par celle-ci.


Mario Soares est élu en 1986 et réélu triomphalement en 1991. En 1986, sa volonté d'ancrer le Portugal à l'Europe, déjà très forte au temps de l'opposition au régime salazariste, se voit enfin récompensée : le 1er janvier, le Portugal entre officiellement dans la Communauté économique européenne. L'ouverture complète au Marché commun industriel et agricole doit s'effectuer après une période transitoire de 10 ans pour le Portugal. En 1992, le Portugal exerce pour la première fois de son histoire la présidence du Conseil des ministres tandis que l'économie portugaise affiche un faible taux de chômage et une croissance vigoureuse : le " pari européen " de Mario Soares, dont l'issue semblait incertaine 15 ans auparavant, est désormais gagné.


La fin de son mandat présidentiel en 1996 lui permet d'intensifier son activité au niveau international et européen. De 1997 à 1999, il exerce la présidence du Mouvement européen international et de 1997 à 1998, il est président du comité des sages du Conseil de l'Europe. Aux élections de 1999, il est élu député au Parlement européen sur la liste du parti socialiste portugais. Il représente le Parti des socialistes européens (PSE) pour l'élection à la présidence du Parlement, remportée par Nicole Fontaine, candidate du Parti populaire européen et Démocrates européens (PPE-DE). En outre, Mario Soares est membre de la Commission des affaires étrangères, des droits de l'homme, de la sécurité commune et de la politique de défense.


Mario Soares a reçu de nombreuses distinctions internationales, il s'est notamment vu récompensé, entre autres, du Prix international des droits de l'Homme en 1977, du Prix Robert Schuman en 1987 et du prix Simon Bolivar en 1998.

Il a créé, en 1991, la Fondation Mario Soares, dont il est aujourd'hui président. Celle-ci a pour fonction de réaliser, promouvoir et parrainer les actions de formation à caractère culturel, scientifique et éducatif dans les domaines des droits de l'homme, de la science politique et des relations internationales. Il a signé en 1999 l'appel solennel lancé lors du cinquantième anniversaire de la Convention de Genève qui garantit les droits de la personne en tant de guerre.



Mercredi 1 Décembre 2004
Jeudi 30 Mars 2006
JEAN-LUC TOULY
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