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Maroc. Premières "Universités de l’eau" de l’ACME à Kenitra



Les premières "Universités de l’eau" du Maroc se sont tenues du 23 au 25 mai 2014 à Kénitra à l’initiative de l’Association pour un Contrat Mondial de l’Eau (ACME) du Maroc en association avec l’Office National de l’Electricité et de l’Eau potable (ONEE).

Invités par notre ami Mehdi Lahlou nous avons pu assister au débat et y faire une présentation critique du prétendu "modèle français de l’eau" que les entreprises privées françaises et les pouvoirs publics et politiques qui les accompagnent s’efforcent de diffuser afin d’accaparer les marchés de "l’environnement" dans les pays en développement et en particulier au Maroc.

l’ACME Maroc pour le droit universel à l’eau.

Depuis 1997, de nombreuses personnalités (Mario Soares, Riccardo Petrella, Danielle Mitterrand, Susan George, Vandana Shiva...) et des ONG se mobilisent à travers le monde pour promouvoir un "Contrat Mondial de l’Eau". Cette mobilisation s’est traduite par la création dans de nombreux pays d’Associations pour un Contrat Mondial de l’Eau (ACME).

Le mouvement se structure après le premier Forum Alternatif Mondial de l’Eau (Fame) tenu à Florence en 2003. Des ACME existent depuis en France, en Italie, au Maroc et au Canada.

L’ACME Maroc s’est fixée comme objectifs :

- La reconnaissance juridique explicite locale et universelle du droit inaliénable de toute personne à l’eau et à l’assainissement.

- La reconnaissance du statut de l’eau comme bien public universel.

- L’adoption d’un cadre juridique consacrant la propriété publique de l’eau et sa non privatisation.

- La prise d’initiatives citoyennes et le recours au processus démocratique particulièrement en matière de genre pour toutes les décisions touchant au domaine de l’eau. La protection de l’eau, en particulier l’eau potable, et la revitalisation des ressources aquatiques.

- L’usage durable de l’eau notamment par la lutte pour l’économie de l’eau et contre toutes les pollutions et tous les gaspillages qui l’affectent et ce dans tous les domaines : agriculture, industrie, tourisme, services, loisirs, etc...

- La promotion de projets éducatifs et pédagogiques ainsi que d’actions de sensibilisation des enfants et des jeunes aux questions relatives au droit et à la gestion de l’eau.

- La promotion de la solidarité Nord Sud et du partenariat entre les collectivités et services publics et entités communautaires locales pour le financement des projets d’accès à l’eau et d’assainissement en faveur des populations démunies.

L’un des objectifs de cette première "Université de l’Eau" a été de faire la promotion de ces propositions.



La situation de l’eau au Maroc.
Extrait de la plaquette d’introduction remise aux participant(e)s.

La situation de l’eau au Maroc, quoique moins inquiétante que dans les autres pays du Maghreb, est pour autant loin d’être satisfaisante.

Une situation de pénurie.

Le Maroc, en effet, avec désormais moins de 700 m3 d’eau par habitant et par an, se trouve déjà en état de stress hydrique. Les précipitations y deviennent de plus en plus irrégulières avec le changement climatique, et ont tendance à fortement baisser sur le long terme.

Entre 80 et 85% des ressources hydriques mobilisées - soit à peu près 12 milliards de m3 - sont utilisées par le secteur agricole, lequel est aujourd’hui incapable de satisfaire les besoins alimentaires de base de la population. En outre, près de 60% de l’eau allant vers l’agriculture est gaspillée dans les réseaux d’irrigation obsolètes et souvent mal entretenus.

Les précipitations sont très inégalement réparties dans le pays, et un déséquilibre très prononcé existe toujours entre les villes et le milieu rural en matière d’accès à une eau de qualité. Et à ce niveau aussi, on estime qu’entre 30 et 45% des eaux distribuées dans les centres urbains sont perdues dans des canalisations vétustes et/ou insuffisamment entretenues.

Une forte pollution.

Une bonne partie des eaux de surface est fortement polluée de même que celles des nappes phréatiques, dont la plupart baissent dangereusement en raison de sur-exploitation, désordonnée et hors contrôle.

Le rejet des eaux usées domestiques et industrielles, sans traitements préalables, affectent la potabilité de l’eau dans certains bassins. Sur les 500 millions de m3 d’eaux usée simplement rejetés annuellement par les ménages en milieu urbain, plus du quart est tout simplement rejeté dans le réseau hydrographique ou répandu sur le sol.

La même tendance est relevée dans l’assainissement solide. Ainsi sur les 10.800 tonnes de déchets ménagers produits chaque jour en milieu urbain, 2% seulement de déchets collectés sont soit recyclés soit mis en décharge contrôlée. Le reste est déchargé dans la nature, contribuant fortement à la pollution des ressources en eau. Les périphéries de certaines de nos grandes (ou petites) villes présentent un paysage lunaire - insupportable à la vue et à l’odorat - à force de rejets à ciel ouvert de déchets et rebuts non traités.

D’une manière générale, on estime que les cours d’eau reçoivent directement 30% de la pollution domestique et industrielle rejetée, alors que le sol et le sous-sol en reçoivent environ 27%. Le Maroc est aujourd’hui classé parmi les pays d’Afrique où certaines pollutions liées à des Polluants organiques persistants (POP) sont les plus élevés du continent.

Une forte sur-exploitation.

Beaucoup de lacs naturels ont vu leur niveau se réduire dans de très grandes proportions ou ont tout simplement disparu en raison de la surexploitation opérée sur les sources en amont, du déboisement et de la déforestation des bassins versants et, dans tous les cas, à cause de l’absence d’un cadre légal clair, qui doit notamment prévoir des contrôles et des sanctions à appliquer naturellement par les autorités publiques sur les contrevenants à tous niveaux (aussi s’agissant de la pollution des eaux que de leur surexploitation).

Une gestion de plus en plus "déléguée" aux entreprises privées.

La "Gestion déléguée", opérée dans le pays à partir de 1997 (et qui a bénéficié principalement à des entreprises françaises, Suez, Veolia...) s’est faite en l’absence de règles de transparence dans la passation des marchés publics. En outre, en raison de l’incapacité institutionnelle et de l’insuffisance des pouvoirs - politique et financier - des collectivités locales, à faire respecter des cahiers des charges (qui n’ont jamais été rendus publics) ce mode opératoire n’a pas permis de rendre l’eau plus accessible et/ou à meilleur coût.

Il n’en a pas amélioré la qualité et n’a pas permis, comme cela était annoncé à l’origine, de disposer de ressources financières non publiques en mesure de garantir la réalisation d’investissements importants sur le long terme, de nature à éviter au pays une aggravation de la problématique de l’eau dans le futur.

9 Agences de bassins hydrauliques se partagent la gestion de l’eau au Maroc.


voir leur site

Des débats riches et animés.
Notons particulièrement :

- Une intervention d’un représentant du ministère de l’éducation insistant sur l’importance prise par l’éducation à la protection de l’environnement dans la formation des élèves.

- Une présentation de la problématique de l’eau au Maroc par des représentants de l’Office National de l’Electricité et de l’Eau potable (ONEE)

- Un bilan de la pollution par les pesticides par le professeur Mohammed FEKHAOUI, de l’Institut Scientifique de Rabat.

- Des échanges nombreux avec les participant(e)s.

Des intervention des invité(e)s venus de France :

- Sur le tarif social de l’eau par M. Henri Smets de l’Académie de l’eau et sur le projet de loi actuellement en discussion en France

- Sur la protection du littoral par Claudine Goichon, élue "Europe-Ecologie, les Verts" au Conseil régional des Pays de Loire, vice-présidente de la commission Aménagement du territoire - environnement.



- Sur une analyse critique du prétendu "modèle français de l’eau" et la volonté de conquête des "marchés de l’eau" dans les pays en développement par les grands groupes français (Veolia, Suez, SAUR), par Gérard Borvon président de l’association S-eau-S.



Une ambiance chaleureuse.

L’enthousiasme et le dynamisme des participant(e)s étaient sensibles. Le militant associatif français ne pouvait que constater la jeunesse de nombreuses et nombreux participant(e)s. Un gage de succès pour l’avenir.

A noter aussi la chaleur de l’accueil réservé aux invités. Des liens durables se sont noués.



Une visite du centre d’éducation à l’environnement de la réserve du lac de Sidi Boughaba a été particulièrement appréciée.

Visite à Ben Smim.
En complément de ces Universités de l’eau, notre ami Mehdi Lahlou nous a permis de rencontrer les acteurs de la lutte de Ben Smim.

Nous avons parlé, à de nombreuses occasions ici (*), de la lutte de ses habitants pour la sauvegarde de leur source. Malgré leur résistance une entreprise privée s’est installée sur leur site mais leur combat continue pour la reconnaissance de leurs droits.



L’usine de captation de l’eau au cœur de la vallée.

(*) Sur Ben Smim voir :

Au Maroc, Ben Smim refuse que sa source soit mise en bouteilles.

Guerre de l’eau au cœur du Moyen Atlas

Ben S’mim, une bataille de l’eau qui s’éternise
dans le Moyen Atlas marocain

Pour la protection du littoral : une réunion à Harhoura.
Avant l’Université de l’Eau nous avons pu assister, à l’invitation de son président Mounir Zouiten, à la réunion d’information sur la défense du littoral organisée par l’Association des Amis de la Forêt et du littoral de Harhoura.

Le littoral du Maroc est menacé par les pollutions et un urbanisme sauvage. La conférencière invitée était Claudine Goichon militante de Europe Ecologie- Les Verts, conseillère régionale des Pays de Loire, vice-présidente de la commission aménagement du territoire et de l’environnement.

Elle a vécu la tempête Xynthia qui a provoqué la rupture de digues en Vendée et la mort de 53 personnes et invite à éviter les mêmes erreurs sur le littoral du Maroc.



Les nombreux échanges avec le public ont témoigné de l’intérêt de la présentation.



Lundi 2 Juin 2014
Lundi 2 Juin 2014
JEAN-LUC TOULY
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