L’affaire fera date. Une quinzaine de « hauts cadres » des multinationales françaises de l’eau, membres du Parti socialiste, s’organisent en « collectif militant » pour défendre la délégation de service public, et les profits de leurs entreprises, au sein du premier parti de gauche français, candidat à l’alternance en 2012… Le « Laboratoire des idées » du même PS vient il est vrai de créer un groupe de réflexion sur la gestion de l’eau, et ceci explique en partie cela. Courant et « contre-courant », remous assurés…
C’est un article du quotidien français Le Monde, paru dans son édition du 29 décembre 2009, qui révèle l’affaire. Car c’en est une.
Intitulé « Au sein du PS, un collectif "A contre-courant" sur la gestion municipale de l’eau », l’article de Jean-Michel Normand exprime sans ambages le véritable chantage auquel se livrent les membres du « collectif militant » organisé par Veolia et Suez au sein du PS :
(...) " Vilipendés lors des réunions de section un jour et sollicités le lendemain pour des emplois et des formations", les animateurs du collectif "A contre-courant" se disent parfois victimes d’un "procès en sorcellerie" (...)
Nonobstant pareil débordement atteste de la panique qui gagne nos amis :-)
Il sera donc intéressant de suivre les inévitables rebondissements de cette ténébreuse affaire dans les tous prochains mois…
Lire ci-après l’article du Monde qui en dit plus long sur l’exception française en matière de gestion de l’eau que des milliers de thèses de doctorat…
"Au sein du PS, un collectif "A contre-courant" sur la gestion municipale de l’eau"
« Membres du Parti socialiste, ils sont une quinzaine à avoir constitué un "collectif militant" intitulé "A contre-courant". Ce nom de baptême témoigne de leur volonté de réagir aux "critiques systématiques" adressées par "certains camarades" contre le principe de la délégation de service public au secteur privé.
"Le PS est le parti des services publics mais cela ne signifie pas qu’il doit se penser uniquement comme le parti de la défense de la fonction publique", écrivent-ils dans un petit opuscule adressé à tous les parlementaires ainsi qu’aux maires socialistes de villes de plus de 10 000 habitants.
Cadres exerçant le plus souvent des responsabilités élevées au sein de sociétés privées (Saur, Veolia ou Suez) "concourant au service public local", les animateurs de ce collectif veulent "promouvoir un débat que les postures internes et les discours convenus ont trop souvent occulté". Inquiets de voir ressurgir, notamment dans la presse interne du PS, un discours qui entretient "le doute systématique autour de ce qui ressemble au privé", ils dénoncent "la confusion, parfois loin d’être involontaire, entre service public, fonction publique et entreprise publique".
Sans les nommer, le collectif s’en prend à ceux qui privilégient l’affichage de "marqueurs de gauche" au détriment de "la vision et du projet politique". Ses responsables rappellent que le projet socialiste pour la présidentielle de 2007 prévoyait de "donner aux élus locaux la possibilité de choisir entre la gestion publique et la gestion privée". Et glissent au passage que le retour à la régie municipale pour le service des eaux à Paris "se fera sans aucune diminution du prix au consommateur".
Lobbying ?
"A contre-courant", qui souligne que 1 700 communes de gauche (dont Lyon, Lille, Rennes, Montpellier, Dijon, Evry ou Lens) ont choisi de déléguer au privé leur service public de l’eau, appelle de ses voeux la création "d’autorités indépendantes capables de comparer les niveaux de prix et de service". Et souhaite en finir avec "le principe sacro-saint du moindre coût" qui s’inscrit "toujours au détriment des salaires et des droits" du personnel des entreprises prestataires. Le collectif souhaite aussi contribuer à une réflexion sur "le rôle de l’entreprise dans la vie démocratique" en "posant la question du partage des gains de productivité entre les clients, les salariés et les actionnaires".
"Vilipendés lors des réunions de section un jour et sollicités le lendemain pour des emplois et des formations", les animateurs du collectif "A contre-courant" se disent parfois victimes d’un "procès en sorcellerie".
Leur initiative, cependant, ne risque-t-elle pas d’être assimilée à un plaidoyer pro domo, voire à une forme de lobbying ?
"Nos prises de position sont tout à fait autonomes", se défend Pierre Victoria, délégué aux relations institutionnelles internationales chez Veolia-Eau.
"Nous travaillons au sein d’entreprises françaises qui sont des leaders mondiaux dans la gestion des villes. Les socialistes devraient-ils en avoir honte ?", s’interroge-t-il. »
Jean-Michel Normand.
Une figure du lobby de l’eau. Pierre V...
jeudi 5 février 2009, par Gérard Borvon
L’eau. Un milieu où affaires et politique se marient. Un univers où les lobbies décident et où les politiques, dans leur grande majorité, suivent.
Nous ne sommes plus dans la grande époque de la corruption généralisée, des dessous de table, des financements occultes et des emplois fictifs, même s’il est probable que la méthode est encore largement utilisée, en particulier dans les pays exploités.
En France, aujourd’hui, les politiques reconvertis au business privé travaillent réellement pour leur employeur. Ils leur sont même extrêmement utiles et dévoués dans le cadre du développement des "Partenariats Publics Privé", c’est à dire de la privatisation généralisée de l’ensemble de la sphère publique.
Ils ne perdent évidemment pas le contact avec leur employeur quand ils retournent à la politique. Ils sont d’ailleurs nombreux, de gauche comme de droite, à mener les deux activités en parallèle.
Tout cela se fait, aujourd’hui, à visage découvert, dans une société devenue peu regardante en matière d’éthique.
Certaines hommes et certaines femmes illustrent particulièrement ce nouveau comportement.
Parmi eux, Pierre V...
V comme Véolia.
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Un cadre de Véolia
Pierre V... y occupe la fonction de "délégué aux relations institutionnelles internationales".
Relations, institutions, international... Un poste taillé sur mesure pour cet ancien parlementaire.
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Un coup d’Œil dans les différents paniers où puise notre modèle :
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Le panier politique.
Wikipédia ne présente Pierre V... que comme homme politique français. Il est vrai que l’homme est plutôt discret quant à son activité professionnelle.
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Pierre V... est un homme politique français, né le 22 août 1954 à Carhaix (Finistère).
Il est membre du Parti socialiste.
Élu comme suppléant de Jean-Yves Le Drian lors des élections législatives de 1988, il fait son entrée à l’Assemblée nationale le 18 mai 1991 comme député de la cinquième circonscription du Morbihan, suite à la nomination au gouvernement d’Édith Cresson de ce dernier.
Malgré la non-reconduction au gouvernement de M. Le Drian le 2 avril 1992, il assumera son mandat de député jusqu’à la fin de la IXe législature.
Mandats.
Député : 18/05/1991 - 01/04/1993 : député de la cinquième circonscription du Morbihan.
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Le panier "cercle de réflexion"
Le "Cercle français de l’eau" a été créé à l’initiative du sénateur Jacques Oudin.
Son but étant de faire se rencontrer, autour des entreprises françaises de l’eau, les élus, de droite comme de gauche, et les administrations concernées.
Dans cet objectif de réaliser un consensus le plus large, le "cercle" est muni de deux co-président : un sénateur et un député, l’un de gauche, l’autre de droite. Car comme chacun le sait : l’eau, comme l’argent, n’a, ni saveur, ni odeur, ni couleur... politique.
Actuellement le "Cercle" a un coprésident sénateur UMP et un coprésident député socialiste.
Jean-François Le Grand : Président
Né le 8 juin 1942 à Lessay Docteur vétérinaire
Fonctions électives :
Sénateur U.M.P de la Manche depuis 1982
Président du Conseil Général de la Manche depuis 1998
Conseiller général de Lessay depuis 1976
Pierre Ducout : Co-président
Né le 12 décembre 1942 à Bordeaux Ingénieur. Polytechnicien promotion 1962
Fonctions électives :
Député socialiste de Gironde depuis 1988
Maire de Cestas depuis 1972
Conseiller général de Gironde de 1982 à 2001
Chacun imagine aisément que la situation de cumul de ces deux présidents ne doit pas leur laisser beaucoup de temps à consacrer à leur Cercle. Fort heureusement il se sont adjoint un permanent portant titre de "délégué général" : Pierre V...
C’est grâce à cette "couverture" que le "délégué aux relations institutionnelles internationales" de Véolia pourra s’introduire dans toute une série d’organismes nationaux et internationaux concernés par l’eau.
A commencer par le Conseil Mondial de l’Eau, le panier international.
--------------------------------------------------------------------------------
Le panier "organisations internationales"
Le "Conseil Mondial de l’Eau" basé à Marseille, se présente comme un "centre de réflexion international sur l’eau" regroupant plusieurs centaines d’organisations dans le monde, acteurs des secteurs publics et privés, agences des Nations Unies, Banque Mondiale et même ONG.
Il s’affirme héritier de la Conférence sur l’Eau organisée par l’ONU en 1977 à Mar del Plata. En fait, comme l’OMC, c’est une organisation privée au service d’intérêts privés.
Son siège est à Marseille. Son actuel président est Loïc Fauchon, PDG du "Groupe des Eaux de Marseille". Ce groupe marseillais, principal initiateur du Conseil Mondial de l’Eau, est un de ces êtres à deux têtes régulièrement dénoncés pour entente anticoncurrentielle : il est constitué, à parts égales, par Veolioa Eau et la Lyonnaise des Eaux.
Le "Conseil mondial de l’Eau" est donc une structure idéale pour permettre aux deux multinationales françaises de se lancer conjointement à la conquête du monde.
Sa fonction essentielle est d’organiser les "forums mondiaux de l’eau" dont le cinquième va se tenir en mars 2009 à Istanbul.
Ces forums sont de véritables tribunes pour les entreprises françaises de l’eau. Pour intervenir de tout leur poids dans ces forums, elles se sont dotées d’une organisation, le Partenariat Français pour l’Eau (PFE).
Elles ont surtout réussi à faire voter une loi, la loi Oudin-Santini, permettant, par le prélèvement de 1% sur les factures d’eau des consommateurs français, d’alimenter les opérations de promotions des entreprises françaises sous couvert d’aide au développement.
Au premier rang des promoteurs de cette loi : le Cercle français de l’eau dont le délégué général, Pierre V..., a été expédié dans les provinces du royaume de l’eau pour en faire la promotion, en particulier auprès de ses anciens collègues socialistes, élus de l’Ouest.
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En mission dans l’Ouest
Dans un article publié par Ouest-France, on pouvait lire un article de Pierre V... "Délégué général du Cercle Français de l’Eau".
La présentation de l’article n’oublie pas de rappeler que Pierre V... était encore, il y a peu, une figure politique connue localement. Il a, en effet, été conseiller régional socialiste et député socialiste de Lorient.
Le message ? Après une introduction sur la demande d’eau dans le monde, vient la solution : " Jacques Oudin, l’ancien sénateur de Vendée, a fait adopter une loi permettant aux collectivités locales de prélever un centime par mètre cube d’eau pour l’aide aux pays du Sud. Il faut mobiliser les élus sur cet enjeu."
Ce que le journaliste a oublié de signaler c’est que P... est, surtout, le cadre de Véolia auteur de l’argumentaire distribué par Véolia pour contrer les altermondialistes qui s’inquiétaient des opérations de privatisation de l’eau menées par son entreprise en Afrique (Les Altermondialistes et l’eau : réponses de Veolia).
C’est donc, dans les faits, un responsable de haut niveau de Véolia qui vient, en Bretagne, inviter les élus, sous couvert de coopération, à aider son entreprise dans "la conquête de marchés" mondiaux.
Message entendu ? On peut le penser quand on apprend que le Conseil Régional de Bretagne organise le 12 décembre 2005 un forum dont l’objectif est la mise en œuvre de la loi "Oudin-Santini".
La lecture du programme nous apprend que le colloque est co-organisé par l’association "Green Cross International" présidée par Mikhaïl Gorbatchev et que l’ouverture du forum sera faite par Gérard Mével, vice-Président du Conseil Régional de Bretagne, Bertrand Charrier, vice-Président de Green Cross International et ... Pierre V..., délégué général du Cercle français de l’eau et, accessoirement, directeur des relations internationales chez Véolia.
Depuis cette date, ses amis politiques, s’emploient à convaincre les ONG de leurs communes de la nécessité de s’orienter vers les problèmes de l’eau en utilisant les moyens découlant du 1% Santini.
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Bienvenue au "Club"
L’eau fait des miracles. Comment en effet réunir :
MM. Guy CARCASSONNE, Professeur de Droit à l’Université de Paris-X Nanterre,
Zéphirin DIآBRE Chairman Division Afrique, Moyen-Orient d’Areva, ancien administrateur associé du PNUD, ancien Ministre de l’Economie du Burkina Faso,
Loïc FAUCHON, Président de la Société des Eaux de Marseille, Président du Conseil Mondial de l’Eau,
Patrice FONLLADOSA, Président de Veolia Water Afrique, Moyen-Orient, Inde,
Antoine FREROT Directeur Général de Veolia Eau, membre du Comité Exécutif de Veolia Environnement,
Charles JOSSELIN, ancien Ministre de la Coopération, Président de Cités unies France et Vice-président du Conseil Général des Côtes d’Armor,
Benoît MIRIBEL, Directeur de la Fondation Mérieux, ancien Directeur Général d’Action contre la Faim,
Gérard PAYEN, Président d’Aquafed, membre du Conseil Consultatif sur l’Eau et l’Assainissement, Président du Comité des affaires internationales de l’ASTEE,
Michel ROCARD, ancien Premier Ministre, député Européen,
Michel ROUSSIN, Président du Comité Afrique au MEDEF International et Vice-président du Groupe Bolloré,
Pierre-Frédéric TENIERE-BUCHOT Gouverneur du Conseil Mondial de l’Eau, Haut-Conseiller du Programme pour l’Environnement des Nations-Unies,
Tout ce beau monde fait partie du club (Re)sources
"Le Club a déjà organisé plusieurs séminaires de travail et d’échanges à Libreville en 2004, à Tanger en 2005, à Mexico à l’occasion du Forum Mondial de l’Eau en 2006. Le comité de pilotage réunit de hautes personnalités issues du monde politique et de celui des affaires."
Nous ne commenterons pas la composition de ce "club" dont plusieurs membres ont défrayé la chronique. Disons qu’il illustre à merveille la politique françafricaine.
Ce "club" a un coordinateur :
Pierre V... , Délégué aux Relations Institutionnelles internationales de Veolia Eau !
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La parole à l’auteur
C’est sans doute Pierre V..., lui même, qui explique le mieux sa fonction essentielle au sein de Véolia et des organismes dans lesquels il s’est installé :
obtenir que les institutions et entreprises françaises parlent d’une seule voix, la voix de Véolia.
--------------------------------------------------------------------------------
On peut aussi l’entendre
Mais en n’oubliant pas que cet habile discours de "missionnaire de l’eau", à faire pleurer dans les chaumières, est celui du responsable de Véolia qui se bat pour la mise en œuvre, sur le terrain de la "doctrine Santini" :
"donner aux communes, établissements publics de coopération intercommunale et syndicats mixtes, la possibilité de conclure des conventions de coopération internationale, est non seulement un moyen de permettre une exportation du modèle français de gestion de l’eau, mais aussi un moyen de compléter utilement la conquête de marchés par les grands groupes français."
à écouter, donc, en gardant le cerveau éveillé
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Pierre V et le Mouvement altermondialiste.
Il y a un grain de sable dans cette belle architecture : les altermondialistes !
Pierre V... n’aime pas leurs campagnes contre la "marchandisation" de l’eau, c’est pourquoi il s’est donné la peine d’un contre-argumentaire, "Le mouvement altermondialiste. Quelles réponses" à diffuser au personnel de Véolia afin de les armer dans ce combat pour la mondialisation.
La CACE n’a pas manqué de lui répondre.
Arrêtons nous là pour le moment mais, sans doute, aurons nous encore l’occasion de vous parler de Pierre V.....
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On peut lire aussi :
Lobbying. Le mode d’emploi de Véolia.
Le succès du "Grenelle de Véolia-Environnement".
C’est un article du quotidien français Le Monde, paru dans son édition du 29 décembre 2009, qui révèle l’affaire. Car c’en est une.
Intitulé « Au sein du PS, un collectif "A contre-courant" sur la gestion municipale de l’eau », l’article de Jean-Michel Normand exprime sans ambages le véritable chantage auquel se livrent les membres du « collectif militant » organisé par Veolia et Suez au sein du PS :
(...) " Vilipendés lors des réunions de section un jour et sollicités le lendemain pour des emplois et des formations", les animateurs du collectif "A contre-courant" se disent parfois victimes d’un "procès en sorcellerie" (...)
Nonobstant pareil débordement atteste de la panique qui gagne nos amis :-)
Il sera donc intéressant de suivre les inévitables rebondissements de cette ténébreuse affaire dans les tous prochains mois…
Lire ci-après l’article du Monde qui en dit plus long sur l’exception française en matière de gestion de l’eau que des milliers de thèses de doctorat…
"Au sein du PS, un collectif "A contre-courant" sur la gestion municipale de l’eau"
« Membres du Parti socialiste, ils sont une quinzaine à avoir constitué un "collectif militant" intitulé "A contre-courant". Ce nom de baptême témoigne de leur volonté de réagir aux "critiques systématiques" adressées par "certains camarades" contre le principe de la délégation de service public au secteur privé.
"Le PS est le parti des services publics mais cela ne signifie pas qu’il doit se penser uniquement comme le parti de la défense de la fonction publique", écrivent-ils dans un petit opuscule adressé à tous les parlementaires ainsi qu’aux maires socialistes de villes de plus de 10 000 habitants.
Cadres exerçant le plus souvent des responsabilités élevées au sein de sociétés privées (Saur, Veolia ou Suez) "concourant au service public local", les animateurs de ce collectif veulent "promouvoir un débat que les postures internes et les discours convenus ont trop souvent occulté". Inquiets de voir ressurgir, notamment dans la presse interne du PS, un discours qui entretient "le doute systématique autour de ce qui ressemble au privé", ils dénoncent "la confusion, parfois loin d’être involontaire, entre service public, fonction publique et entreprise publique".
Sans les nommer, le collectif s’en prend à ceux qui privilégient l’affichage de "marqueurs de gauche" au détriment de "la vision et du projet politique". Ses responsables rappellent que le projet socialiste pour la présidentielle de 2007 prévoyait de "donner aux élus locaux la possibilité de choisir entre la gestion publique et la gestion privée". Et glissent au passage que le retour à la régie municipale pour le service des eaux à Paris "se fera sans aucune diminution du prix au consommateur".
Lobbying ?
"A contre-courant", qui souligne que 1 700 communes de gauche (dont Lyon, Lille, Rennes, Montpellier, Dijon, Evry ou Lens) ont choisi de déléguer au privé leur service public de l’eau, appelle de ses voeux la création "d’autorités indépendantes capables de comparer les niveaux de prix et de service". Et souhaite en finir avec "le principe sacro-saint du moindre coût" qui s’inscrit "toujours au détriment des salaires et des droits" du personnel des entreprises prestataires. Le collectif souhaite aussi contribuer à une réflexion sur "le rôle de l’entreprise dans la vie démocratique" en "posant la question du partage des gains de productivité entre les clients, les salariés et les actionnaires".
"Vilipendés lors des réunions de section un jour et sollicités le lendemain pour des emplois et des formations", les animateurs du collectif "A contre-courant" se disent parfois victimes d’un "procès en sorcellerie".
Leur initiative, cependant, ne risque-t-elle pas d’être assimilée à un plaidoyer pro domo, voire à une forme de lobbying ?
"Nos prises de position sont tout à fait autonomes", se défend Pierre Victoria, délégué aux relations institutionnelles internationales chez Veolia-Eau.
"Nous travaillons au sein d’entreprises françaises qui sont des leaders mondiaux dans la gestion des villes. Les socialistes devraient-ils en avoir honte ?", s’interroge-t-il. »
Jean-Michel Normand.
Une figure du lobby de l’eau. Pierre V...
jeudi 5 février 2009, par Gérard Borvon
L’eau. Un milieu où affaires et politique se marient. Un univers où les lobbies décident et où les politiques, dans leur grande majorité, suivent.
Nous ne sommes plus dans la grande époque de la corruption généralisée, des dessous de table, des financements occultes et des emplois fictifs, même s’il est probable que la méthode est encore largement utilisée, en particulier dans les pays exploités.
En France, aujourd’hui, les politiques reconvertis au business privé travaillent réellement pour leur employeur. Ils leur sont même extrêmement utiles et dévoués dans le cadre du développement des "Partenariats Publics Privé", c’est à dire de la privatisation généralisée de l’ensemble de la sphère publique.
Ils ne perdent évidemment pas le contact avec leur employeur quand ils retournent à la politique. Ils sont d’ailleurs nombreux, de gauche comme de droite, à mener les deux activités en parallèle.
Tout cela se fait, aujourd’hui, à visage découvert, dans une société devenue peu regardante en matière d’éthique.
Certaines hommes et certaines femmes illustrent particulièrement ce nouveau comportement.
Parmi eux, Pierre V...
V comme Véolia.
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Un cadre de Véolia
Pierre V... y occupe la fonction de "délégué aux relations institutionnelles internationales".
Relations, institutions, international... Un poste taillé sur mesure pour cet ancien parlementaire.
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Un coup d’Œil dans les différents paniers où puise notre modèle :
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Le panier politique.
Wikipédia ne présente Pierre V... que comme homme politique français. Il est vrai que l’homme est plutôt discret quant à son activité professionnelle.
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Pierre V... est un homme politique français, né le 22 août 1954 à Carhaix (Finistère).
Il est membre du Parti socialiste.
Élu comme suppléant de Jean-Yves Le Drian lors des élections législatives de 1988, il fait son entrée à l’Assemblée nationale le 18 mai 1991 comme député de la cinquième circonscription du Morbihan, suite à la nomination au gouvernement d’Édith Cresson de ce dernier.
Malgré la non-reconduction au gouvernement de M. Le Drian le 2 avril 1992, il assumera son mandat de député jusqu’à la fin de la IXe législature.
Mandats.
Député : 18/05/1991 - 01/04/1993 : député de la cinquième circonscription du Morbihan.
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Le panier "cercle de réflexion"
Le "Cercle français de l’eau" a été créé à l’initiative du sénateur Jacques Oudin.
Son but étant de faire se rencontrer, autour des entreprises françaises de l’eau, les élus, de droite comme de gauche, et les administrations concernées.
Dans cet objectif de réaliser un consensus le plus large, le "cercle" est muni de deux co-président : un sénateur et un député, l’un de gauche, l’autre de droite. Car comme chacun le sait : l’eau, comme l’argent, n’a, ni saveur, ni odeur, ni couleur... politique.
Actuellement le "Cercle" a un coprésident sénateur UMP et un coprésident député socialiste.
Jean-François Le Grand : Président
Né le 8 juin 1942 à Lessay Docteur vétérinaire
Fonctions électives :
Sénateur U.M.P de la Manche depuis 1982
Président du Conseil Général de la Manche depuis 1998
Conseiller général de Lessay depuis 1976
Pierre Ducout : Co-président
Né le 12 décembre 1942 à Bordeaux Ingénieur. Polytechnicien promotion 1962
Fonctions électives :
Député socialiste de Gironde depuis 1988
Maire de Cestas depuis 1972
Conseiller général de Gironde de 1982 à 2001
Chacun imagine aisément que la situation de cumul de ces deux présidents ne doit pas leur laisser beaucoup de temps à consacrer à leur Cercle. Fort heureusement il se sont adjoint un permanent portant titre de "délégué général" : Pierre V...
C’est grâce à cette "couverture" que le "délégué aux relations institutionnelles internationales" de Véolia pourra s’introduire dans toute une série d’organismes nationaux et internationaux concernés par l’eau.
A commencer par le Conseil Mondial de l’Eau, le panier international.
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Le panier "organisations internationales"
Le "Conseil Mondial de l’Eau" basé à Marseille, se présente comme un "centre de réflexion international sur l’eau" regroupant plusieurs centaines d’organisations dans le monde, acteurs des secteurs publics et privés, agences des Nations Unies, Banque Mondiale et même ONG.
Il s’affirme héritier de la Conférence sur l’Eau organisée par l’ONU en 1977 à Mar del Plata. En fait, comme l’OMC, c’est une organisation privée au service d’intérêts privés.
Son siège est à Marseille. Son actuel président est Loïc Fauchon, PDG du "Groupe des Eaux de Marseille". Ce groupe marseillais, principal initiateur du Conseil Mondial de l’Eau, est un de ces êtres à deux têtes régulièrement dénoncés pour entente anticoncurrentielle : il est constitué, à parts égales, par Veolioa Eau et la Lyonnaise des Eaux.
Le "Conseil mondial de l’Eau" est donc une structure idéale pour permettre aux deux multinationales françaises de se lancer conjointement à la conquête du monde.
Sa fonction essentielle est d’organiser les "forums mondiaux de l’eau" dont le cinquième va se tenir en mars 2009 à Istanbul.
Ces forums sont de véritables tribunes pour les entreprises françaises de l’eau. Pour intervenir de tout leur poids dans ces forums, elles se sont dotées d’une organisation, le Partenariat Français pour l’Eau (PFE).
Elles ont surtout réussi à faire voter une loi, la loi Oudin-Santini, permettant, par le prélèvement de 1% sur les factures d’eau des consommateurs français, d’alimenter les opérations de promotions des entreprises françaises sous couvert d’aide au développement.
Au premier rang des promoteurs de cette loi : le Cercle français de l’eau dont le délégué général, Pierre V..., a été expédié dans les provinces du royaume de l’eau pour en faire la promotion, en particulier auprès de ses anciens collègues socialistes, élus de l’Ouest.
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En mission dans l’Ouest
Dans un article publié par Ouest-France, on pouvait lire un article de Pierre V... "Délégué général du Cercle Français de l’Eau".
La présentation de l’article n’oublie pas de rappeler que Pierre V... était encore, il y a peu, une figure politique connue localement. Il a, en effet, été conseiller régional socialiste et député socialiste de Lorient.
Le message ? Après une introduction sur la demande d’eau dans le monde, vient la solution : " Jacques Oudin, l’ancien sénateur de Vendée, a fait adopter une loi permettant aux collectivités locales de prélever un centime par mètre cube d’eau pour l’aide aux pays du Sud. Il faut mobiliser les élus sur cet enjeu."
Ce que le journaliste a oublié de signaler c’est que P... est, surtout, le cadre de Véolia auteur de l’argumentaire distribué par Véolia pour contrer les altermondialistes qui s’inquiétaient des opérations de privatisation de l’eau menées par son entreprise en Afrique (Les Altermondialistes et l’eau : réponses de Veolia).
C’est donc, dans les faits, un responsable de haut niveau de Véolia qui vient, en Bretagne, inviter les élus, sous couvert de coopération, à aider son entreprise dans "la conquête de marchés" mondiaux.
Message entendu ? On peut le penser quand on apprend que le Conseil Régional de Bretagne organise le 12 décembre 2005 un forum dont l’objectif est la mise en œuvre de la loi "Oudin-Santini".
La lecture du programme nous apprend que le colloque est co-organisé par l’association "Green Cross International" présidée par Mikhaïl Gorbatchev et que l’ouverture du forum sera faite par Gérard Mével, vice-Président du Conseil Régional de Bretagne, Bertrand Charrier, vice-Président de Green Cross International et ... Pierre V..., délégué général du Cercle français de l’eau et, accessoirement, directeur des relations internationales chez Véolia.
Depuis cette date, ses amis politiques, s’emploient à convaincre les ONG de leurs communes de la nécessité de s’orienter vers les problèmes de l’eau en utilisant les moyens découlant du 1% Santini.
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Bienvenue au "Club"
L’eau fait des miracles. Comment en effet réunir :
MM. Guy CARCASSONNE, Professeur de Droit à l’Université de Paris-X Nanterre,
Zéphirin DIآBRE Chairman Division Afrique, Moyen-Orient d’Areva, ancien administrateur associé du PNUD, ancien Ministre de l’Economie du Burkina Faso,
Loïc FAUCHON, Président de la Société des Eaux de Marseille, Président du Conseil Mondial de l’Eau,
Patrice FONLLADOSA, Président de Veolia Water Afrique, Moyen-Orient, Inde,
Antoine FREROT Directeur Général de Veolia Eau, membre du Comité Exécutif de Veolia Environnement,
Charles JOSSELIN, ancien Ministre de la Coopération, Président de Cités unies France et Vice-président du Conseil Général des Côtes d’Armor,
Benoît MIRIBEL, Directeur de la Fondation Mérieux, ancien Directeur Général d’Action contre la Faim,
Gérard PAYEN, Président d’Aquafed, membre du Conseil Consultatif sur l’Eau et l’Assainissement, Président du Comité des affaires internationales de l’ASTEE,
Michel ROCARD, ancien Premier Ministre, député Européen,
Michel ROUSSIN, Président du Comité Afrique au MEDEF International et Vice-président du Groupe Bolloré,
Pierre-Frédéric TENIERE-BUCHOT Gouverneur du Conseil Mondial de l’Eau, Haut-Conseiller du Programme pour l’Environnement des Nations-Unies,
Tout ce beau monde fait partie du club (Re)sources
"Le Club a déjà organisé plusieurs séminaires de travail et d’échanges à Libreville en 2004, à Tanger en 2005, à Mexico à l’occasion du Forum Mondial de l’Eau en 2006. Le comité de pilotage réunit de hautes personnalités issues du monde politique et de celui des affaires."
Nous ne commenterons pas la composition de ce "club" dont plusieurs membres ont défrayé la chronique. Disons qu’il illustre à merveille la politique françafricaine.
Ce "club" a un coordinateur :
Pierre V... , Délégué aux Relations Institutionnelles internationales de Veolia Eau !
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La parole à l’auteur
C’est sans doute Pierre V..., lui même, qui explique le mieux sa fonction essentielle au sein de Véolia et des organismes dans lesquels il s’est installé :
obtenir que les institutions et entreprises françaises parlent d’une seule voix, la voix de Véolia.
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On peut aussi l’entendre
Mais en n’oubliant pas que cet habile discours de "missionnaire de l’eau", à faire pleurer dans les chaumières, est celui du responsable de Véolia qui se bat pour la mise en œuvre, sur le terrain de la "doctrine Santini" :
"donner aux communes, établissements publics de coopération intercommunale et syndicats mixtes, la possibilité de conclure des conventions de coopération internationale, est non seulement un moyen de permettre une exportation du modèle français de gestion de l’eau, mais aussi un moyen de compléter utilement la conquête de marchés par les grands groupes français."
à écouter, donc, en gardant le cerveau éveillé
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Pierre V et le Mouvement altermondialiste.
Il y a un grain de sable dans cette belle architecture : les altermondialistes !
Pierre V... n’aime pas leurs campagnes contre la "marchandisation" de l’eau, c’est pourquoi il s’est donné la peine d’un contre-argumentaire, "Le mouvement altermondialiste. Quelles réponses" à diffuser au personnel de Véolia afin de les armer dans ce combat pour la mondialisation.
La CACE n’a pas manqué de lui répondre.
Arrêtons nous là pour le moment mais, sans doute, aurons nous encore l’occasion de vous parler de Pierre V.....
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On peut lire aussi :
Lobbying. Le mode d’emploi de Véolia.
Le succès du "Grenelle de Véolia-Environnement".