Le JOURDAIN, le fleuve Sacré du Moyen-Orient, meurt

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Ecrit par cocostar

POLLUTIONS DANS LE MONDE

Le JOURDAIN, le fleuve Sacré du Moyen-Orient, meurt

Il y a soixante ans, le fleuve transportait 13 milliards de mètres cube d’eau douce et faisait fonctionner une usine hydroélectrique. Mais aujourd’hui, le débit du Jourdain atteint à peine 1 milliard de mètres cube – Et maintenant, environ la moitié de l’eau qu’il transporte provient des égouts ou est salée.

Quelques portions de son lit sont si sèches, qu’on pourrait les traverser à pied. N’importe où, une telle détérioration est catastrophique, mais elle l’est davantage quand cela affecte un cours d’eau dont la résonance dans la culture des hommes est si profonde.

Effectivement, la moitié de l’humanité considère ce fleuve comme un lieu sacré, dit Gidon Bromberg, le chef israélien des Amis de la terre au Moyen-Orient du (FoEME). Cette drôle d’ONG réunit un groupe de Palestiniens, de Jordaniens et d’Israéliens afin qu’ils travaillent ensemble sur les problèmes qu’ils partagent.


Lors d’interviews téléphoniques obtenues séparément, Nader Khateeb comme Munqeth Mehyar, respectivement les chefs palestinien et jordanien de cette organisation, affirment qu’ils sont attentifs à la volonté de leurs compatriotes de ne pas avoir de contact avec des Israéliens (tant que le problème de l’occupation de la Palestine ne sera pas résolue). Pourtant la situation critique du fleuve ne peut plus attendre. « 

Personne ne nie la priorité de résoudre ce conflit, » dit Khateeb. « Mais quand les politiciens auront trouvé une sortie de crise au conflit, la dégradation environnementale sera telle que cette terre, pour laquelle nous nous sommes tant battus pendant des décennies, ne pourra plus abriter quiconque pour y vivre. »

Mehyar, le Jordanien, tient le même discours. « L’écosystème est si petit que n’importe quelle action, de n’importe quel côté, affecte les autres, » dit-il. « Vous ne pouvez pas dire que vous ne parlerez pas à l’autre camp – Agir ainsi c’est se faire seulement du mal.

Les méandres du bas Jourdain s’étirent sur 200 km entre la Mer de Galilée au Nord et la Mer Morte au Sud. Il forme le bord oriental d’Israël et des territoires reconnus internationalement comme ceux du futur état palestinien. C’est le bord occidental du Royaume de la Jordanie.

La Torah des juifs comme la Bible des Chrétiens font constamment référence à cette partie du Jourdain où Moïse s’est reposé et où Jean-Baptiste a baptisé Jésus.

Les Saintes Ecritures juives et chrétiennes sont aussi saintes pour l’Islam, une foi qui réunit environ 85 % des Palestiniens et presque 100 % des Jordaniens.

Bromberg dit, qu’aujourd’hui, faire le pèlerinage vers le lieu de culte du baptême de Jésus « présente des risques pour la santé. Vous allez probablement ressortir avec une éruption de boutons sur la tête. »

En courant sur des fonds en-dessous du niveau de la mer, les eaux du Jordain se réunissent à l’intersection naturelle de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe. Une large variété de flore et de faune, ont trouvé leurs limites Nord et sud dans cette vallée, tout comme la Gazelle des Montagnes de Palestine et l’Iris Jaune, et chacun des premiers hommes quittant l’Afrique pour d’autres contrées sont passées par-là.

Les fermiers ont d’abord cultivé le blé près de Jéricho, petite ville bien connue du livre biblique de Josué. Dans les années 1990, Jéricho est devenue la première partie de la Cisjordanie à être remise à l’autorité palestinienne par les autorités d’occupation. La baisse vertigineuse du niveau de la rivière a été accentuée avec le conflit palestino-israélien ininterrompu.

Israël détourne actuellement environ 60 % de l’eau douce étant en aval de la Mer de Galilée. La Jordanie a ouvert un canal principal qui détourne l’eau de la Rivière Yarmuk, le plus grand affluent du Jourdain. La Syrie a construit plus de 60 barrages en amont sur l’Yarmuk. Les communautés kibbutz et les villes israéliennes y rejettent illégalement leurs égouts sans les avoir traités.

Et sur les deux rives, pratiquement tout le bassin fluvial est une zone militaire fermée, dont l’état de délabrement est caché par les blocus militaires israéliens et jordaniens.

Afin de mieux informer les communautés locales et internationales, « FoEME » a récemment tenté une nouvelle méthode : un voyage exploratoire le long du bas Jordain qui a été malheureusement gêné dans sa progression par l’armée israélienne. L’expédition, qui s’est durée du 26 au 29 novembre, a marqué l’anniversaire d’un voyage semblable, fait en 1848 par l’Officier De marine américain William Lynch. Une des nombreuses missions de recherches, patronnées par la Marine américaine à l’époque de l’expédition de Lynch, a recueilli des données qui sont toujours utilisées par la communauté scientifique. Au cours des prochains mois, FoEME les comparera à ses propres découvertes.

Mehyar, Khateeb et Bromberg, tous expriment une passion sincère pour ce fleuve et une profonde frustration concernant sa dégradation. « Nous sommes entrain de le perdre, » dit Khateeb. « Ce n’est pas seulement important pour nous ; c’est aussi très important pour le monde entier.« 

Au regard des projets d’ Israël, de Jordanie et de Syrie pour une nouvelle déviation du peu d’eau douce qui reste dans le fleuve, Mehyar s’inquiète : si rien ne change, « dans de deux ou trois ans …, il n’y aura plus d’eau qui circulera dans le lit du Jourdan, à l’exception des sources occasionnelles et des rejets de l’agriculture. Le lit du fleuve sera vide.

En fin de compte, FoEME espère que sa recherche scientifique attirera l’attention non seulement des communautés de la région, des gouvernements, mais aussi les Nations unies l’Organisation Scientifique et Culturelle (l’UNESCO). L’idée, d’après eux, est de restaurer le fleuve, en limitant son accès à des sections protégées et en développant des plans de gestion durables.

D’après Bromberg, le Jordain devrait voir au minimum 3 milliards de mètres cube d’eau douce couler entre ses rives protégées. « Sans cela, » dit-il, « le fleuve ne vivra plus. » Comme toutes choses dans cette partie du monde, cela dépend principalement de la politique.

La guerre 2006 entre Israël et le Hezbollah pourrait encore mener au rapprochement israélien avec la Syrie et ouvrir la porte aux pourparlers environnementaux régionaux ; d’autre part, une simple attaque palestinienne ou un raid israélien pourrait complètement renverser n’importe quelles petites avancées que fait le FoEME.

Tandis qu’ils reconnaissent cette incertitude, les chefs de FoEME affichent un certain optimisme.  » En réalité Le conflit augmente notre force, « explique Mehyar, » parce que nous pouvons saisir la folie de tout cela.

Khateeb fournit l’explication la plus directe : « dans notre région, » « vous ne pouvez pas renoncer, parce que si vous abandonnez, vous êtes finis. Nous devons sauver quelque chose pour nos enfants, pour qu’ils aient une vie meilleure. »

POUR EN SAVOIR PLUS

Traduction bénévole NT et SDT

The Sacred Middle Eastern River is Dying

Emily L. Hauser

Sixty years ago, it carried 45 billion cubic feet of fresh water and powered a hydroelectric plant. Today, only 3.5 billion cubic feet flow down the lower Jordan River—and of this, about half is sewage or salt water. Some stretches are so dry, you’d have to portage a kayak. While deterioration on this scale is appalling anywhere, it’s especially so when the body of water in question has such deep resonance in human culture.

“Half of humanity sees this river as holy!” says Gidon Bromberg, Israeli head of the tri-national Friends of the Earth Middle East (FoEME). The nonprofit is that rarest of Middle Eastern birds: a group of Palestinians, Jordanians and Israelis who work together on shared concerns. In separate phone interviews, both Nader Khateeb and Munqeth Mehyar, the Palestinian and Jordanian heads of the organization respectively, say they’re mindful that many believe they should have no contact with Israelis (at least until the occupation of Palestinian lands is resolved). But the river’s plight can’t wait.

“Nobody denies the priority of solving the conflict,” Khateeb says. “But by the time the politicians are done, the environmental degradation will be so [advanced], this land that we’ve been fighting over for decades will not be suitable for living anymore.”

Mehyar sounds a similar note. “The ecosystem is so small that any action, by any party, affects the others,” he says. “You can’t say that you won’t talk to the other side—you’re only hurting yourself.”

The lower Jordan meanders for 125 miles between the Sea of Galilee in the north and the Dead Sea in the south. It forms the eastern edge of both Israel and lands recognized internationally as part of a future Palestinian state. It is the western edge of the Kingdom of Jordan.
Both the Hebrew Torah and Christian Bible are filled with references to the lower Jordan region, where Moses’ body was laid out and John the Baptist preached. American Christian and Jewish scriptures are also holy to Islam, the faith of some 85 percent of Palestinians and nearly 100 percent of Jordanians.

Today, Bromberg says, making pilgrimage to the traditional site of the baptism of Jesus “is a health hazard. You’re likely to come out with a rash on your head.”


Running along the lowest spot on Earth, the waters of the lower Jordan gather at the ecological intersection of Asia, Africa and Europe. A wide variety of flora and fauna, including the Palestinian Mountain Gazelle and the Yellow Flag Iris, find their northern and southern limits in the valley, and everyone from early humans leaving Africa to modern armies have passed through. Farmers first cultivated wheat near Jericho, a small city better known for its appearance in the biblical book of Joshua. In the 1990s, Jericho became the first part of the West Bank to be handed over to Palestinian rule by the occupying authorities.

The river’s steep decline has been exacerbated by the continuing Palestinian-Israeli conflict. Israel diverts some 60 percent of the fresh water heading downriver from the Sea of Galilee. Jordan maintains a major canal that diverts water from the Yarmuk River, the Jordan River’s largest single tributary. Syria has built more than 60 dams upstream on the Yarmuk. Israeli municipalities and kibbutzim illegally release untreated sewage. And on both banks, most of the river basin is a closed military zone, its failing state hidden from view by Israel’s and Jordan’s military blockades.

In an effort to better inform both the local and international communities, FoEME recently attempted a unique event: an exploratory journey down the length of the lower Jordan, but were limited in their travels by the Israeli military.
The expedition, held from November 26 to 29, marked the anniversary of a similar trip, made in 1848 by American Naval Officer William Lynch. One of many exploratory missions sponsored by the U.S. Navy at the time, Lynch’s expedition gathered data that is still used by the scientific community. Over the coming months, FoEME will be comparing its findings to his.
Mehyar, Khateeb and Bromberg all express a heartfelt passion for the river, and deep frustration over its demise. “We are losing it,” Khateeb says. “It’s not important only for us; it’s very important for the whole world.”
With an eye on projects planned in Israel, Jordan and Syria for further diversion of the river’s little remaining fresh water, Mehyar says that if nothing changes, “in a couple of years… there will be no more water going down the Jordan, except from occasional springs and agricultural run off. The river bed will have absolutely no water.”

Ultimately, FoEME hopes that its scientific research will capture the attention not only of the region’s communities and governments, but also the United Nations Scientific and Cultural Organization (UNESCO). The idea, they say, is to restore the river, providing limited access to restricted sections and developing sustainable management plans. At a minimum, Bromberg says, the Jordan should have 10 billion cubic feet of fresh water flowing between its hallowed banks. “Without it,” he says, “the river will no longer live.”

As with all things in this part of the world, much depends on politics. The 2006 war between Israel and Hezbollah could yet lead to Israeli rapprochement with Syria and open the door to regional environmental talks; on the other hand, a single Palestinian attack or Israeli raid could reverse any small advances FoEME makes.
While they acknowledge this uncertainty, the leaders of FoEME maintain some optimism. “Conflict actually increases our strength,” Mehyar says, “because we can see the foolishness of it.” Khateeb provides the most straightforward explanation: “In our area,” he says “you cannot give up, because if you give up, you’re finished. We need to save something for our children, so that they will have a better life.”
—Emily L Hauser

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