Véolia à Rennes : plongée en eaux troubles

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Ecrit par cocostar

Le Clébard (à sa mémère) n° 14 jette un nouveau pavé dans l’eau du robinet

Véolia est partout à Rennes : la distribution de l’eau, le tri sélectif, le recyclage, le chauffage urbain de certains quartiers, le transport aussi.

Pourquoi la Ville met tant d’œufs dans le même panier, celui de Véolia ? Est-ce vraiment dans l’intérêt supérieur des Rennais ?

Laguérite

Depuis 125 ans, Véolia distribue l’eau des Rennais. Ces dernières années, la multinationale a récupéré plusieurs autres délégations de service public. Pourquoi un tel monopole dans notre bonne ville ? Au moment de la reconduction de Véolia eau en 2004, certains élus avaient argué de l’impossibilité technique de faire autrement. Mais Le Clébard aime avoir le choix, il a donc gratté un peu plus profondément.


… Et ce qu’il a trouvé n’est pas forcément limpide comme l’eau du robinet. L’intérêt de quelques-uns ne primerait-il pas sur l’intérêt général ?

A Rennes, c’est bien connu, il fait bon « vivre en intelligence ». Avec les citoyens : déplacement rapide, moderne et ultra-contrôlé avec le métro, accès réel à la culture avec les maisons de quartiers et les Champs libres, conseils de quartier pour animer le débat politique sur le terrain. La recette fonctionne, la majorité de gauche reste en place. A Rennes, la Ville et Rennes Métropole peuvent même se targuer de n’oublier personne. Ici et depuis de longues années, les grands groupes industriels ont aussi droit à leur part de vie en intelligence. Surtout un.

Derrière les filiales, le même groupe. Pour le savoir, il suffit de vivre au quotidien dans la ville. Mettre des déchets dans sa poubelle. Pas de panique, les camions de Netra Onyx passent par là. S’engager à trier sélectif, pas de souci non plus, le centre de tri sélectif de l’agglomération(Netra Onyx aussi) se charge de recycler. Prendre soin de mettre ses petits papiers et journaux quotidiens au rebus, Netra Onyx est encore là pour la collecte. Depuis 2003, la filiale de Veolia environnement possède la quasi totalité de la délégation de service public concernant les déchets.

Ca fait froid dans le dos ? Il suffit d’activer le chauffage. Dans les quartiers de Beauregard-Villejean (secteur urbain Nord), la délégation de service public de chauffage urbain est concédée à la Sobrec, filiale de Dalkia, elle-même propriété de Veolia et EDF.

Et s’il fallait encore une goutte pour faire déborder le vase, l’eau qui s’écoule des robinets et reflue dans les chasses d’eau est elle aussi d’origine certifiée. Depuis plus de 100 ans, c’est Veolia Eau (anciennement Compagnie Générale des Eaux) qui possède la délégation de gestion de l’eau à Rennes. Encore une poupée russe.

Des marchés juteux. En Bref, Rennes est un marché juteux pour Veolia. Transport, via une partie de la flotte Illenoo du Conseil général d’Ille-et-Vilaine, énergie, eau, propreté, le groupe ne laisse rien passer. Véritable mastodonte mondial dans ces domaines, Veolia écrase les services de la Ville et de l’agglomération qui voudraient reprendre ces compétences à leur compte. Savoir-faire, économies d’échelle réalisées grâce à une activité florissante et une myriade de filiales, les arguments se veulent irréfutables. Pour preuve, l’échec de la remunicipalisation de l’eau à Rennes mise en débat après la dernière élection d’Edmond Hervé.

Et la politique, bordel ! Le phénomène Veolia à Rennes, son emprise sur les délégations de service public n’est pas un phénomène isolé. Dans le sud de la France, la presque totalité des services de transport en commun sont délégués à la Connex, filiale transport du géant.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au niveau mondial, 60% du chiffre d’affaire de Veolia environnement est réalisé auprès des collectivités locales. C’est-à-dire grâce à de l’argent public directement issu des impôts locaux. L’affaire n’en serait pas une si Veolia était irréprochable. A Rennes, le débat sur la remunicipalisation de l’eau a forcé Veolia à revoir ses coûts à la baisse. Depuis longtemps, des agents administratifs de la Ville, chargés de contrôler les dépenses, dénonçaient une opacité des comptes. Impossible de vérifier l’exactitude des dépenses faites et l’efficacité du service. Les économies réalisées depuis auraient pu être faites bien plus rapidement si la pression politique avait été plus active. Car enfin, c’est bien d’une délégation de service public qu’il s’agit et pas d’un marché ordinaire.

Développement durable ou maxi profits. A l’heure où les politiques découvrent et s’emparent du discours sur le développement durable, un tel monopole demeure surprenant. Les objectifs financiers d’un grand groupe ou d’une collectivité ne sont pas les mêmes. La seconde recherche l’équilibre. Comme une association, ellene cherche pas le profit. S’il advient, elle le redistribue. Un grand groupe cherche d’abord à se positionner sur le marché mondial et financier. Il a donc besoin de faire de gros bénéfices.

La multiplication des délégations de services publics est très contemporaine. Privatisation des échanges, intérêts des grands groupes supérieurs à celui des citoyens. Pourtant, plusieurs villes ont renoncé à ce système et ont repris leurs services publics en main.

Même les Trans s’y mettent! Pour l’anecdote, les organisateurs des Transmusicales ont l’air convaincus par la nécessité d’agir durable. Depuis l’année dernière, ils mettent en place un Agenda 21 : une liste d’actions censées aller vers un développement plus respectueux de l’homme, de l’environnement et d’une économie plurielle, c’est-à-dire pas seulement capitaliste.

Action de restauration pour « sensibiliser le public aux alternatives bio et équitables », « participer à la sauvegarde des environnements locaux ». Action de gestion des déchets pour maîtriser la chaîne des détritus.Pour mener à bien ces actions, Les Trans ont besoin de partenaires sûrs et locaux. Veolia est donc partenaire sur ces deux volets de leur Agenda 21. Y a pas à dire… Rennes et Veolia, c’est vraiment un bel exemple de relation durable.

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